Les archives des Bulles

Ecœurement

mercredi 21 mai 2003, par François Schreuer

Nous connaissons désormais l’intégralité des résultats des élections fédérales du 18 mai. Le moins qu’on puisse dire est que ça donne envie de réagir.

Quand l’extrême-droite wallone, en effet, gagne une représentation tant à la chambre qu’au sénat et que le Vlaams Blok progresse encore et toujours, quand Agalev perd son financement public (et doit licencier massivement son personnel) mais que le FN en gagne un,

Quand la victoire de la prétendue « gauche » flamande est surtout celle de l’alliance du blairisme de Franck Vandenbroucke, du nationalisme de Bert Anciaux, du sécuritaire de Johan Vande Lanotte et du populisme de Steve Stevaert,

Quand le PS triomphe, toute réjouissante cette victoire puisse-t-elle être, sans se rendre compte (ou en le cachant bien, alors) que la gauche recule et que, par conséquent (!), ce scrutin se solde d’abord la victoire de la droite (dût-t-elle se prétendre « du centre »), tout comme le plébiscite accordé aux sortants l’est à la politique de droite, notamment fiscale, menée par l’arc-en-ciel pendant quatre ans,

Quand Melchior Wathelet Jr, Denis Ducarme, Alisson De Clercq, Alain Mathot sont députés (mais que tant d’autres, tellement plus sincères, engagés, légitimes, ne le sont pas) sans avoir, aucun des quatre fait quoi que ce soit auparavant qui ait pu justifier les places d’honneur qu’on leur a accordées, quand Charles Michel fait, de très loin le meilleur score personnel du Brabant Wallon, tous soutenus par des partis qui ont, semble-t-il, décidé d’élever le népotisme au rang de discipline nationale en bradant honteusement la fonction parlementaire, quand aussi nombre d’électeurs marchent dans ce jeu, entre autres parce les réseaux clientélistes ont joué,

Quand un footballeur parfaitement inintéressé par la chose publique — fût-il au demeurant très sympathique — recueille sur son nom, sans du tout faire campagne, 109 954 voix, meilleur score au sénat sur le collège francophone derrière les présidents des trois partis traditionnels mais devant Philippe Moureaux ou Isabelle Durant,

Quand les candidats incarnant une radicalité à gauche piétinent (Pierre Galand) ou se ratatinent magistralement la face (la liste de l’alliance PC-RDS),

Quand les responsables d’Ecolo, Defeyt, Durant, — seuls avec leurs pauvres principes éthiques dont tout le monde sait qu’ils ne tiennent pas chaud l’hiver — se font humilier, sur un plateau de télévision, par de gras MR repus de la confiance que leur ont accordée beaucoup trop d’électeurs ou se font décrier dans une campagne de presse nationale menée depuis des mois, sur le registre de l’ignoble, par un des journaux les plus lus du pays,

Quand les élus confédéralistes (CD&V, une partie du VLD) ou carrément séparatistes (VB, NVA) deviennent majoritaires parmi les élus flamands à la chambre, annonçant de nouvelles réjouissances communautaires encore plus hard que tout ce qu’on a pu connaître,

eh bien, pour les gens de gauche, il n’y a franchement pas de quoi rigoler.