Les archives des Bulles

Mon blog

lundi 26 mai 2003, par François Schreuer

Bon, ça y est. Je m’y suis décidé. Je viens de lancer mon « blog ». Pour ceux qui n’auraient pas encore rencontré ce néologisme, il me semble, après googlage de la question, qu’on peut dire qu’il désigne, de façon assez vague encore – nous devons être en cours de…, de… stratification sémantique (ça se dit ?) –, une page web personnelle (ou pas), (plus ou moins) régulièrement actualisée, publiant un peu de tout mais en tout cas des textes d’opinion. Bref, une sorte de « journal de bord » (notez qu’on recense aussi les termes webillard (québecquois) et joueb, ainsi que la très laide transcription française weblogue). L’étymologie vient de « web » (la partie « surfable » d’Internet) et de « log » (registre). Je dois dire que j’aime bien l’expression, un peu ronde, presque l’onomatopée d’un rebondissement qu’on sent anarchique et pas pressé. Concrètement, ce « lancement » a pour seule conséquence d’habiter, à compter de ce jour, la page d’accueil du présent site web, jusqu’ici assez tristoune et en tout cas toute vide, de quelques textes de mon cru, sur un peu tout. En fait, j’ai commencé par reprendre quelques textes plus anciens qui traînaient sur mon ordinateur (et quelques autres vont probablement suivre).

Entendons-nous d’emblée, la lecture de tout ce qui se trouve ici ne vous est nullement imposée. Le web est suffisamment vaste pour vous permettre d’aller voir ailleurs si ceci ne vous plaît pas. Je m’efforcerai bien sûr d’écrire des choses qui puissent intéresser certains de mes contemporains, mais il n’y a aucune garantie. C’est là quelque chose que je trouve éminemment sympathique dans ce média qu’est le web : on peut potentiellement toucher des centaines de millions de gens aux quatre coins de la planète – et avec les moteurs de recherche, on finit même par transformer une petite partie de ce potentiel – mais d’aucune manière on ne s’impose à quiconque. Ceci sera donc le défouloir de mes envies d’écriture, la catharsis, partielle, partiale et irrégulière des opinions, des engagements, des débordements émotionnels de ma petite personne. Il n’empêche que si vous estimez que la prose que vous trouverez ici appelle réaction de votre part, ou simplement si vous en avez envie, courrielez-moi sans hésiter. C’est avec beaucoup de plaisir que je lirai tout ce que vous m’écrirez.

La première raison pour laquelle je me lance dans ce blog tient au fait que je crois que le monde est, entre autres choses – il y a tellement de manière de le considérer –, un gros tas d’injustices bien puantes. Et que même quand on est du bon côté de la barrière, il arrive qu’on ait envie de s’émouvoir. C’est de temps en temps mon cas (j’aurais spontanément envie de dire « assez souvent » mais je crains de tomber dans l’auto-censure). Qu’on subisse quelques unes de ces injustices ou qu’on en soit le spectateur indigné, et de manière générale d’ailleurs, je crois qu’il est très malsain de s’empêcher d’extérioriser les émotions fortes qui nous traversent. D’où l’idée, schématiquement, d’écrire une bonne diatribe bien sentie – et si possible drôle, histoire de satisfaire vos lecteurs – contre les enfoirés qui vous dépassent par la bande des pneus crevés dans les bouchons (et sur la perversion radicale du système d’écoulement du trafic à travers les goulots d’étranglement qu’ils induisent, remise en cause des conditions du vivre ensemble, du contrat social et tout ce que vous voudrez) plutôt que de ronger votre frein à mort au point de mettre en cause votre avenir nerveux ou cardio-vasculaire ou de céder vous aussi à la tentation de vous élancer dans la joyeuse pratique du dépassement par la droite avec franchissement de ligne blanche et tout et tout. Tout ceci n’empêche évidemment – surtout – pas de se battre, dans la réalité, contre les injustices, que ce soit par la disposition judicieuse de plots de béton dans la bande des pneus crevés des tronçons d’autoroute fréquemment embouteillés ou par tous autres moyens appropriés. Mais, je crois que ça donne une certaine distance qui est bienvenue, et dont, en ce qui me concerne, je manque assez souvent (j’aurais spontanément tendance à écrire « de temps en temps » mais….).

Deuxième raison, je suis convaincu, à la suite du grand Boileau, que s’il est possible que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, il est au moins autant avéré que ce qu’on a pris le temps de bien énoncer est mieux conçu. Que la verbalisation d’une opinion formalise les conditions d’émergence d’une rigueur dans le propos qu’on atteint beaucoup plus difficilement dans la seule oralité. Convertir des idées en texte, en sachant que celui-ci sera lu, fût-ce par quelques internautes insomniaque, oblige à s’interroger sur ce qu’on veut dire, à en épurer la formulation. Autrement dit encore, l’amalgame d’impressions floues, de préjugés, de mises en questions, toujours tellement partielles, de ces préjugés, et de tout le reste dont est construit une « opinion » ne peut souvent, dans mon chef, s’inscrire dans une dynamique cohérente, qu’à travers l’écriture. Si l’on ajoute l’irremplaçable rôle de l’écriture dans la mémoire – tellement volatile, infidèle, roublarde, en ce qui me concerne – et le fait qu’on ne peut, à mon sens, parler de cohérence que dans la durée, on tiendra pour acquis que la discipline de l’écriture constitue un progrès de l’esprit.

La troisième raison est bien sûr le plaisir d’écrire, de jouer avec les mots, mais est-il besoin de gloser là-dessus ?

Pour terminer cette introduction, disons un mot des contraintes à se donner, conditions nécessaires à faire autre chose que de la soupe. Elles viendront sans doute en bonne partie avec le temps. Il me semble néanmoins qu’une définition générale de l’approche à adopter est nécessaire. On pourrait être tenté de considérer son blog comme la somme léchée de sa pensée (?), sur laquelle on revient régulièrement, pour compléter, toiletter, épurer ses textes. Je ne suis pas de cet avis : le blog doit d’écrire d’un trait, ne pas être remâchage mais intention entière, être le reflet d’un instant, renoncer dès le début à toute prétention à l’exhaustivité. On l’écrit dans une période de temps limitée, une journée mais guère plus. On ne modifie jamais ce qui est déjà publié, ne serait-ce que par respect vis-à-vis des lecteurs. Pour la même raison est banni l’usage du « copier-coller » (et si on répercute une info, on la commente, sinon on met ça ailleurs dans le site). Les textes seront courts – maximum 10000 signes – mais suivis : il s’agit de parler français ; la langue, le style ne doivent pas être négligés. Un minimum de fréquence dans la publication est souhaitable : on visera deux textes par mois, mais en se donnant le temps de les écrire. Faut-il une restriction thématique ? Je n’en sais rien. On verra bien.

Bonne lecture,

FS