Les archives des Bulles

France : le RMI devient RMA

jeudi 29 mai 2003, par François Schreuer

Une application de plus de l’idéologie de l’employabilité ? Si ça pas y en être, ça y ressembler très fort. Parmi les (trop) nombreuses raffarinades du moment, la transformation du RMI (Revenu minimum d’Insertion) en RMA (Revenu Minimum d’Activité), si elle passe, risque fort de ne pas se limiter à un rafraîchissement de façade — « on prend une nouvelle appellation pour faire plus joli » — de la conception de l’aide sociale.

Les similitudes avec la réforme du Minimex, transformé voici presque deux ans en Belgique en « Revenu vital » par le SP.a Johan Vande Lanotte (voir ici pour plus d’info), sont fortes. Là aussi, on a transformé le citoyen à qui la collectivité se préoccupait de garantir la dignité d’un revenu minimum en un non-travailleur, coupable de ne pas avoir été capable de trouver du travail et responsable, sous peine de perdre l’assistance de l’Etat ou autres sanctions, de se plier à toutes acrobaties qu’un potentiel employeur se plaira à lui faire faire, d’accepter à peu près n’importe quel emploi. On a été pour cela jusqu’à déroger aux lois du travail.

Il s’agit tout simplement de la plutôt efficace construction d’un discours opérant le transfert de la responsabilité collective d’une société qui n’est pas capable de s’organiser pour répartir le travail entre tous les individus qui la composent vers une responsabilité individuelle de chaque individu conçu comme un agent sur un marché du travail hyper-compétitif. Et qu’importe que l’offre (les demandeurs d’emploi) excède la demande (l’embauche), rendant de fait impossible l’accès de tous au travail. Bref, ça se résume tout aussi simplement à la précarisation des travailleurs. De tous les travailleurs, car tout ceci ne va sans mettre par ailleurs en cause la stabilité d’emploi.

Que ça s’appelle « Etat social actif » ici ou autrement ailleurs, on peut résumer les choses en considérant qu’on crée une théorie de l’exclusion publique, votée, légale, en toute simplicité, dans les motifs évidents du « bon sens » et, perversion ultime, en utilisant une terminologie progressiste, habilement récupérée, qui complique, on l’a vu, la critique et sa vulgarisation.