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La grande bouffonnerie de l’UMTS continue

mardi 30 mars 2004, par François Schreuer

On en avait beaucoup entendu parler il y a quelques années quand les « opérateurs de téléphonie mobile » constatèrent que le nombre de leurs clients pourrait difficilement continuer à croître une fois que toute la population serait équipée de leurs téléphones. Par conséquent, s’il voulaient préserver une croissance à deux chiffres et le fantasme de la « nouvelle économie », il leur fallait faire preuve d’imagination. Sans que ce dernier objectif ait été particulièrement rencontré, il fut donc question de nouveautés technologiques, et notamment de transporter des données sur les réseaux sans fil. Depuis son téléphone portable, on pourrait bientôt naviguer sur Internet, envoyer des courriers électroniques, télécharger de la musique, et ce genre de choses. Il y eu donc le WAP, le GPRS et une bonne raison de continuer à faire payer très cher les téléphones portables. Si l’on en parla tant, à cette époque, c’est que la nouvelle économie, justement, n’était pas, mais alors pas du tout un fantasme.

On en a ensuite beaucoup entendu parler il y a quelques mois, un ou deux au maximum, quand il fut question que le gouvernement accorde auxdits opérateurs de téléphonie mobile l’autorisation de déployer un réseau « UMTS ». Si l’on en parla tant, à cette époque, c’est surtout que lesdites autorisations furent vendues — mises aux enchères même — auxdits opérateurs de téléphonie mobile et que l’on espérait en tirer de juteux revenus. C’était la dernière idée du gouvernement pour boucler son budget [1]. Idée fort peu originale au demeurant puisque c’est ce que firent tous les gouvernements voisins, qui en tirèrent, pour certains d’entre eux, de très substantielles rentrées. Ce ne fut pas le cas du gouvernement belge qui ne tira que des ressources moyennement substantielles.

Bref, on en parle maintenant parce que le service « UMTS » est enfin disponible. La société Belgacom est en train de tester le bidule dans quelques grandes villes, bidule qui sera disponible dans le commerce d’ici quelques semaines. Si l’on parle tant, c’est que pas grand monde ne dit ce qui est pourtant évident si l’on jette un œil à ses caractéristiques techniques : depuis toutes ces années, la norme « UMTS » est complètement dépassée. Elle coûte beaucoup trop cher. Elle permet de taux de transferts dérisoires. D’autres normes ont été développées qui sont très nettement plus efficaces. En particulier le Wifi offre des taux de transfert x fois supérieurs. Bien sûr, nos médias, inconsistants ou serviles comme à leur habitude, n’ont pas fait mention de cet élément. Ce serait quand même dommage de gâcher la belle fête de l’entrée en bourse de « notre » « fleuron » économique qu’est Belgacom (le « notre » concernant surtout l’armée de crétins qui a connu le bonheur insigne de devenir actionnaire du « fleuron »).

On peux se demander pourquoi le gouvernement taxe le déploiement d’un réseau utilisant un certain type d’ondes (l’UMTS) et pas l’autre (le Wifi). Sans doute parce qu’il ne pensait pas que le Wifi pouvait rapporter de l’argent et que, depuis, il est devenu complètement incontrôlable avec la multiplication des équipements domestiques l’utilisant. Quoi qu’il en soit, on se demande comment l’UMTS pourrait avoir la moindre chance de survie quand les bornes Wifi, permettant à quiconque se trouvant à proximité de se connecter à internet, se multiplient dans les villes, les hôtels, les gares, les aéroports et bientôt partout.

La rationalité capitaliste est décidément pleine de détours. Et celle des « opérateurs de téléphonie mobile » — ces entreprises qui ont pour objet d’installer en plusieurs exemplaires des réseaux dont un seul exemplaire suffirait — semble, elle, carrément tourner en rond. Celle des pouvoirs publics non plus n’est sans doute pas très bon état : la où le rétablissement d’un monopole public sur les télécommunications serait la solution la plus sensée, on s’obstine à poursuivre et à poursuivre encore la « libéralisation » de tout ce qui bouge. Quant à toi, lecteur de ces lignes, si tu te trouves être l’heureux détenteur d’un téléphone portable, un bon conseil : abonne-toi à un « opérateur de téléphonie mobile » qui n’a pas souscrit de licence UMTS. Mécaniquement, il semble que c’est le seul qui n’aura pas à te faire payer l’échec retentissant que ne pourra qu’être cette histoire [2].

Notes

[1Qui, comme chacun sait, suppose que l’on trouve chaque année un stock à sacrifier pour alimenter le flux du budget. Cette pratique, à défaut d’être très saine, a au moins le mérite très apprécié de fournir un argument pragmatique aux idéologues libéraux quand il sont à cours d’arguments économiques ou politiques pour justifier de nouvelles privatisations de services publics.

[2Bien sûr, étant en situation d’oligopole, il ne se donnera peut-être pas la peine de t’éviter cette dépense inutile, mais c’est là une autre affaire.