Les archives des Bulles

Sur les derniers égarements d’un ministre des affaires étrangères peu diplomate

mardi 26 octobre 2004, par François Schreuer

Dimanche soir, un peu par hasard, j’ai rencontré un Congolais, ami d’une amie. Etudiant dans la même université que moi, il était rentré du Congo quelques heures plus tôt. Il y avait été emprisonné arbitrairement pendant quarante jours dans un bled paumé de l’extrême nord du pays, alors qu’il poursuivait une recherche pour ses études en développement. Il s’est fait arrêter pour « trouble de l’ordre public », « incitation à la rébellion » et autres motifs du même tonneau, a subi peu de temps après un simulacre particulièrement expéditif de procès au cours duquel, sans même avoir eu l’occasion de se défendre, il a reçu une peine de plusieurs années de prison. Il s’est alors retrouvé enfermé, avec une quinzaine d’autres détenus, dans une pièce de 2 mètres du 2, sans possibilité même de s’allonger pour dormir. Il n’avait de nourriture que celle que ses proches pouvaient lui apporter. Sa femme, qui vit dans une autre région du pays, est donc venue s’établir à proximité de la prison pour lui fournir de quoi survivre dans ce trou infâme.

La principale raison de cet enfermement, m’a-t-il dit, était le fait que le potentat local avait un compte à régler avec son père, lequel, pasteur protestant, aurait eu des prêches aux accents trop pacifistes. Accessoirement, l’ordinateur portable avec lequel il se balladait a, semble-t-il, attiré les convoitises (et il s’en est bien sûr fait proprement délester, perdant au passage les résultats de plusieurs mois de recherche). Et s’il est arrivé en Belgique, c’est bizarrement grâce à l’armée, qui a dépêché un bataillon dans sa prison pour le libérer manu militari et le mettre dans un avion ; ceci après que les injonctions du ministre de la justice soient restées sans réponse parce que ce dernier n’appartient pas là au même courant politique que le satrape local. Maintenant, c’est la femme du bonhomme, restée au pays, qui est activement recherchée comme complice de son crime d’« incitation à la rébellion » et il a peur pour elle.

Bien sûr, ceci n’est « qu »’une histoire, peut-être me suis-je fait naïvement jouer par un propagandiste de l’opposition, ou que sais-je encore. Il n’empêche ; je ne peux m’empêche de me dire que les déclarations très peu diplomatiques de ce brave Karel De Gucht (faites, il est vrai, à Kigali, ce qui n’est pas très intelligent) doivent sans doute avoir un certain fondement, pour ne pas dire un fondement certain. Je ne suis dès lors pas certain que le procès que la presse fait aujourd’hui à Karel De Gucht soit la chose la plus intelligente qui soit. Enfin, voilà que je me mets à défendre des libéraux flamands, moi, il faut que je m’arrête.