Les archives des Bulles

« Plus jamais ça » ?

jeudi 27 janvier 2005, par François Schreuer

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Il y soixante ans, l’armée russe libérait Auschwitz. Le monde se prenait en pleine face l’horrible vérité du génocide juif, la profondeur indicible de l’horreur nazie. Aujourd’hui, c’est rassurant, il semble qu’on n’a pas envie d’oublier. Les commémorations ont une large ampleur, sont amplement relayées par les médias, y compris les chaînes de télévision les plus décérébrantes.

Tout à l’heure, le temps d’un court trajet en voiture, j’entends à la radio un déporté juif survivant des camps de la mort raconter son histoire. Pendant ces quelques minutes où je l’entends, il raconte le début de son martyre. Ca se passe encore en Belgique : rafles, injures, fouilles corporelles les plus approfondies, sévices moraux et corporels (cachot, matraque,...),... Pas encore grand chose bien sûr par rapport à ce que sera la suite.

Mais ce récit me fait irréstiblement penser au sort que l’on réserve aux étrangers « en situation irrégulière » dans notre pays, ici même. Ca s’appelle les centres fermés. Et malgré l’action persistante d’une poignée de militants acharnés (et puis d’autres aussi), cette infâmie se poursuit, se banalise, s’incruste dans le paysage.

Pour le moment, une partie des détenus du centre fermé de Vottem ont entamé une grève de la faim. La réaction de l’Office des étrangers est éloquente [1].

Il est bien trop prématuré de parler d’une grève de la faim. D’autant qu’aucun contrôle n’est effectué quand aux prises de thé sucré ou encore au cours de la collation du soir. [...] Il s’agit plutôt d’un mouvement qui cristallise une série de problèmes individuels et relatifs au quotidien (repas pas assez cuits, rasoirs rarement changés, etc.)

On est ravi pour les détenus de Vottem — dont, faut-il le rappeler (parce que le régime pénitentiaire qu’ils ont à subir risque parfois de le faire oublier) le seul crime est d’avoir tenté la périlleuse aventure de l’émigration — de savoir que leur consommation de thé (sucré, le thé, hein, attention, sucré) n’est — elle — pas contrôlée.

Je discutais hier soir avec un ami chilien, militant de gauche exilé pendant la dictature de Pinochet qui me racontait son arrivée en Belgique au milieu des années septante et le bon accueil qu’il avait reçu. Il me disait combien il tremblait en voyant ce qu’aurait été son exil si la Belgique avait commencé à pratiquer son actuelle politique d’immigration quelques années plus tôt et s’il avait dû atterir dans un de ces centres de détention.

Sans chercher à comparer les centres fermés avec l’horreur nazie, ce qui serait déplacé, sans même entrer dans des réflexion sur la fascisation ambiante que l’extrême-droite parvient à imposer à notre vie politique, on peut quand même se dire que plutôt que de répéter jusqu’à la nausée des « plus jamais ça » la bouche en coeur, il serait peut-être préférable de se demander « où est-ce que ça redémarre ».

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Vottem

http://www.stopcentresfermes.be/

Notes

[1Cité dans Le Soir d’aujourd’hui.