Les archives des Bulles

Ubuntu, c’est sympa

dimanche 20 mars 2005, par François Schreuer

Depuis environ un petit mois, mon ordinateur (et moi-même par la même occasion) est totalement émancipé du logiciel propriétaire. Ca donne une agréable impression de légereté que j’ai envie de partager avec les quelques lecteurs qu’il me reste après le crash du mois dernier. Oui, c’est vraiment le mot, je trouve ça agréable, je me sens plus libre. C’est (très) loin d’être uniquement idéologique [1], financier [2] ou pratique [3], mais simplement ergonomique et esthétique.

Ca faisait des mois et des années que je disais que j’allais le faire (ben oui, j’avoue). J’avais déjà installé une Mandrake (il y quelque chose comme deux ou trois ans), mais je n’avais pas accroché, je trouvais ça pas pratique et puis OpenOffice ne rivalisait pas encore à l’époque avec les suites bureautiques commerciales (enfin, avec la suite MS Office, à l’usage de laquelle j’étais, comme tant de monde, complètement formaté). J’avais testé Suse, un moment, sans adorer. Puis, il y a quelques mois, j’avais mis une Fedora en bi-boot avec Windows, que j’avais trouvée plus sympa, mais sur laquelle je n’étais pas parvenu à reconnaître ma carte Wifi, qui est le moyen par lequel je me connecte à Internet. L’un dans l’autre (le bi-boot et l’absence d’Internet), dans les faits, j’étais resté à Windows (encore). Ma situation devenait franchement schyzophrénique [4] car entre-temps j’étais devenu un véritable idéologue du logiciel libre, j’avais participé à la fondation d’une association défendant le logiciel libre et exploitant un serveur web sous Debian, sur lequel j’avais appris une série de commandes de base puis deux ou trois autres aussi, j’installais sous Windows tous les logiciels libres possibles. Je lisais pas mal de littérature sur la question. Forcément, tout ça était un peu frustrant.

Car j’étais encore et toujours sous Windows. Et ça partait complètement en couille. Mon logiciel antivirus travaillait presque à temps plein à intercepter les saloperies qui menaçaient sans arrêt cette petite nature de Microsoft Outlook. Il n’était malgré tout pas parvenu à empêcher l’installation à mon insu de quelques spywares et d’un logiciel assez étrange, véritable plaie, dont l’action consistait à ouvrir tous les deux ou trois jours — en plein écran — la bande annonce d’un quelconque blockbuster hollywoodien [5]. Oui ! Bien sûr, je pouvais fermer la fenêtre puis refuser en quelques clics les quelques propositions commerciales qui suivaient, mais je n’étais pas parvenu à désinstaller cette abomination qui s’était littéralement incrustée dans les méandres du système d’exploitation. Je crois que ce programme cinéphile (?) s’était installé sur mon PC quand j’avais essayé d’installer Kazaa pour voir à quoi ça ressemblait (pour le désinstaller aussitôt, submergé par la publicité).

Bien sûr, il y avait des arguments pour différer mon passage à Linux : un certain nombre de documents encore encodés dans des formats propriétaires, la dépendance vis-à-vis d’un certain nombre de programmes disponibles uniquement dans le monde propriétaire et pour lesquels — indépendament même de leur plus ou moins grande qualité — j’avais consacré des heures d’apprentissage,... Ces arguments restent valables pour un certain nombre d’entre eux, mais ils ne font plus pencher la balance.

Car là, un dimanche soir où j’étais un peu moins pressé que d’habitude, devant la situation qui dégénérait (et qui allait de toute façon m’obliger à réinstaller complètement l’ordinateur), j’ai décidé de plonger. J’avais sur mon bureau un joli CD d’Ubuntu, commandé quelques semaines auparavant sur le net. Plusieurs amis, utilisateurs de cette distribution m’en disaient beaucoup de bien. J’avais un peu d’expérience de Debian grâce au serveur dont j’ai dit un mot plus haut. Bref, j’ai backupé tous mes documents et, le lendemain, je lançais l’installation. Rien de plus simple, en une bonne heure, tout fut en place. Interface agréable, reconnaissance immédiate de presque tous mes périphériques (écran, clé usb, souris usb,..).

Comme de bien entendu, j’ai eu quelques problèmes avec ma carte Wifi, mais comme j’étais au milieu du gué, j’ai passé les quelques heures nécessaires à demander de l’aide sur différents forums — et j’en profite pour remercier chaleureusement tous ces bénévoles inconnus qui ont consacré un peu de leur temps à m’aider à m’en sortir en répondant à mes questions sur le web — et à faire des essais dans tous les sens, pour finalement aboutir à la solution (un peu tarabiscotée, il faut bien le site) le mercredi soir. Et depuis ce jour, ma connexion internet (je dépends du wifi pour me connecter aunet) fonctionne nickel ; malgré un matériel identique, le débit que j’obtiens sous Linux est sensiblement supérieur à celui que j’avais sous Microsoft. Alors qu’avec Microsoft, la connexion se bloquait pour des motifs inconnus tous les deux ou trois jours, obligeant à recourir à des incantations magiques, à redémarrer l’ordinateur une fois, deux fois, trois fois, ici, je n’ai pas eu une seule panne. C’est un véritable bonheur. De manière générale, mon ordinateur va plus vite, dégagé qu’il est de toutes sortes de programmes inutiles mais plus ou moins désinstallables.

Que dire encore ? J’ai eu un peu de mal à identifier les programmes les plus intéressants dans la diversité proposée. Bon, bien sûr, OpenOffice, Gnome ou Firefox s’imposent tous seuls. Mais quel client mail utiliser ? Evolution ou Thunderbird ? J’ai finalement tranché pour le premier, malgré quelques défauts (particulièrement, je trouve qu’il tient difficilement dans les 1024 pixels qu’affiche mon écran — on dirait qu’il a été conçu pour des écrans de 1280 ou plus), malgré le fait aussi que je n’ai toujours pas trouvé la manière de gérer des abonnements à des newsgroups par son biais, ce que je fais donc avec Thunderbird. J’ajoute que l’ergonomie, la rapidité de fonctionnement, la finition de Evolution laissent Microsoft Outlook à plusieurs encablures. C’est tout simple : je prends moins de temps pour traiter une masse similaire de courrier électronique avec Evolution qu’avec tout autre client que j’ai utilisé jusqu’ici. Quel client Jabber ? Psi ou Gaim ? Psi semble plus ergonomique, mais est moins beau et surtout ne gère que Jabber alors que Gaim gère à peu près tous les protocoles de messagerie instantannée. J’ai donc finalement opté pour Gaim, qui me permet de converser facilement avec des amis utilisant MSN sans devoir utiliser une passerelle (qui, pour l’expérience que j’en ai, ralentit parfois beaucoup la vitesse de transmission des messages). Quel lecteur de musique ? Là, je sais pas encore. Pas plus que je n’ai encore pris le temps de trouver la manière d’utiliser mon lecteur de DVD, de graver un CD ou de de trouver un bon logiciel permettant de générer des fichiers mp3 ou ogg. Bref, j’ai encore de quoi m’occuper.

Bon, voilà, rien de vraiment intéressant à signaler donc — un petit cri d’enthousiasthme pour encourager et remercier les concepteurs de logiciel libre qui passeraient par ici —, si ce n’est que je trouve que le passage à Linux, pour peu qu’on soit prêt à y consacrer quelques heures et de passer un peu de temps à se familiariser avec de nouveaux outils (ce qui est de toute façon nécessaire aussi pour s’approprier le fonctionnement de Microsoft ; vous vous souvenez de vos premiers pas sous Windows ?), n’est plus du tout douloureux, même pour les afficionados de Microsoft Office qui se croient définitivement pris dans les rêts de la multinationale de Seattle et qui n’ont pas le temps ou le prétention de maîtriser à fond l’informatique mais seulement d’exploiter les facilités qu’elle offre. Si l’une ou l’autre personne se trouvant dans cette situation passe par ici, je lui suggère vraiment de se lancer. Tant que j’y suis, ça vaut la peine de souligner que l’entraide autour de Linux est un truc formidable. La comparaison entre les forums, newsgroups et autres mailing lists du monde linux avec les supports techniques téléphoniques payants déclare ces derniers perdants sur toute la ligne, de la convivialité à l’efficacité en passant, bien sûr, par le coût.

Et puis, le summum, le mieux de tout, c’est que votre principal outil de travail ne semble plus fonctionner pour vous extorquer de l’argent, vous bombarder de publicité, vous dissumuler tout de son fonctionnement dès lors que vous avez envie d’aller jeter un coup d’oeil sur le moteur, surveiller chacun de vos faits et gestes, vous assomer sous un discours technocrate qui vous explique que l’informatique est une affaire de profesionnels et que gare à vos doigts si vous prétendez faire autre chose que gentil utilisateur. Avec Linux — et je trouve que Ubuntu a vraiment atteint de bon résultats dans cette voie —, c’est tout le contraire. On a l’impression d’avoir un outil qui a été conçu prioraitement pour vous aider. Et ça c’est bien.

Notes

[1Oui, ça m’énervait passablement de contribuer au monopole de Microsoft sur le monde du logiciel.

[2Ca m’enrageait littéralement d’avoir une licence Microsoft ; car oui, j’avais (et je l’ai toujours, mais c’est la dernière) une licence Microsoft, qu’on ma vendue sans me demander mon avis avec mon PC portable.

[3J’ai une confiance plus grande dans les processus de production du logiciel libre que dans ceux, très secrets, des grandes entreprises fabriquant du logiciel propriétaire. Je sais qu’il y aura moins de virus, de spywares, et autres crasses sur mon ordinateur maintenant qu’il utilise Linux, et qu’il sera plus facile de les éradiquer.

[4Oui, je sais, on utilise à tort et à travers ce mot, mais il dit bien ce qu’il veut dire

[5Généralement, il s’agissait de titres dont on n’entend pas parler de ce côté-ci de l’Atlantique, ce qui — par comparaison et en supposant que seul le moins mauvais parvient jusqu’ici par les voies conventionnelles — donne une idée du niveau apocalyptique de ce qui s’affichait sur mon écran.

Messages

  • Tres beau temoignage, je vis sensiblement la meme chose, avec Ubuntu, Linux est maintenant accessible au commun des mortels, c’est certain qu’il ne faut pas denigrer le travail des Mandrake et autres qui ont deja beaucoup fait dans ce sens, mais Ubuntu a su a mon avis apporter la petite touche magique qui fait qu’on accroche.

  • Tu as raison, le terme "schizophrénique" est utilisé à tort ou à raison mais là je dis OK :-)
    Phil

    PS : je viens de rater mon permis et suis tout à fait d’accord avec toi...

  • Bienvenue dans le monde du Libre ! J’ai fais la même démarche que toi il y à trois mois maintenant (avec Fedora Core 2 qui traianit chez moi) et je ne regrette pas mon choix. Malgré des moments difficiles au début (wifi, découverte de nouveaux softs, utilisation de NVU pour éditer des pages web au lieu de mon soft propriétaire, etc.), je pense qu’il mesrait impossible de revenir sous Windows sans éprouver un sentiment de régression.

    POur le lecteur multimédia, si je peux me permettre un conseil, je te proposerai MPlayer, qui a l’insigne avantage de fonctionner soit en graphique, soit en ligne de commande (demande peu de puissance cpu) et comporte quasiment touts les codecs existants : www.mplayerhq.hu/ .

    Voir en ligne : http://www.mplayerhq.hu

  • Hep !

    Pour le moment je suis en phase de transition...
    J’ai installé une distribution Ubuntu en parallèle à XP sur mon labtop, ca tourne nickel et il chauffe moins... Mais une partie du matos reste encore à configurer proprement.
    Je me ballade sur le net à la recherche de programmes équivalents à ceux que j’utilise (dreamweaver, flash, photoshop, easyphp etc)... Certains ont des équivalents, d’autres n’en n’ont pas. En tout cas il y a une quantité énorme de programmes !!!

    Je me ballade aussi sur le net pour trouver des solutions aux problèmes auxquels je suis actuellement confronté. Par exemple partager des dossiers entre XP et Ubuntu... Avoir un seul dossier de mails pour Thunderbird afin de pouvoir à la fois consulter mes mails sous Ubuntu et XP sans devoir effectuer une synchronisation de dossier... Et je trouve des réponses, une communauté très réactive et sympathique !!!

    Et comme tu dis, je me sens également plus... je sais pas comment dire. Soulagé ? En harmonie ?

    J’avais aussi essayé d’autres distributions auparavant, sans être séduit...
    Mais avec Ubuntu, tout a fonctionné sans problème dès son installation. Linux avance, et j’en suis très heureux. Je vais faire le grand saut... Ho oui je vais le faire...

  • Tres bon choix ! C’est la distribution de linux qui me parait le mieux pour le moment... J’ai essayé, fedora et mandriva mais la simplicité d’Ubuntu l’a emporté !

  • ok avec toi pour le coté idéologique
    mais depuis que j’ai ubuntu j ai presque autant de merdes qu’avant et ma connexion internet s est ralentie... dommage ! si je n arive pas à passer mon disque externe en "can read and write" et ne retrouve pas un débit acceptable sous 2jours, je retourne à contrecoeur chez les proprios

  • Tu as oublié de dire qu’i y avait des supers jeux sous Linux, comme tuxracer ! Ubuntu est génial, et bravo pour ton site !

  • Moi aussi, je suis en train de basculer sur Ubuntu..
    C’est vraiment génial comme distribution. J’adore le fait de pouvoir avoir plusieurs utilisateurs et de basculer d’une session à l’autre avec chacun son environnement totalement perso.
    C’est vrai que ça donne une sensation de liberté et de fluidité.
    Le forum est particulièrement sympa est actif pour résoudre les problèmes ou trouver des solutions..

    Voici une liste de question que j’ai posé.
    http://forum.ubuntu-fr.org/search.php?search_id=1313774750

    J’avais principalement un souci pour faire des traductions automatiques que je faisais sous Windows avec un logiciel qui s’appelle reverso. Mais j’ai trouvé une solution.

    Il ne me manque principalement que la compta (sous EBP compta 2005) à faire basculer.. Mais c’est un peu moins pressé, car je n’en fais pas tous les jours.

    Ca redonne le goût de l’informatique une aussi belle distrib !