Les archives des Bulles

Nouveaux négriers, formule magique

mercredi 20 avril 2005, par François Schreuer

Je viens de trouver sur le net une info complètement hallucinante. Je n’ai pas trop de certitude sur la fiabilité de la source (la blogosphère américaine en parle pas mal, mais, semble-t-il, l’info est issue d’une seule source). Bref, à prendre avec des pincettes, mais même si c’est pas vrai, l’idée me marque tellement que je vais quand même en dire un mot. Si non e vero, e bene trovato.

Voilà l’histoire, elle est toute simple : un type, qui comme beaucoup d’autres cherche à faire du fric, s’est un jour dit que les lois sociales, le salaire minimum, les impôts et tout ce genre de trucs, ça faisait vraiment chier et c’était vraiment l’obstacle ultime au business, à la libre entreprise,.. à la réalisation de son être peut-être. Jusque là, rien d’original. En général, la solution, c’est d’aller s’implanter quelque part où ce genre de choses n’existe pas ou peu et où l’on trouvera une main d’oeuvre taillable et corvéable à merci. Ca s’appelle des délocalisations, ou de façon plus générique, dumping social. Fort bien, mais ce genre de manoeuvre pose quand même quelques problèmes, et notamment, en matières de services, celui de se retrouver fort éloigné du client, ce débonnaire consommateur final qu’on n’est pas encore parvenu à délocaliser, lui. Qu’à cela ne tienne, une solution existe, simplissime, il suffisait d’y penser : s’installer dans les eaux internationales — quelques miles nautiques, rien du tout, un quart d’heure en bateau rapide — au large de quelque mégapole, Los Angeles en l’occurence [1]. Olé !

Donc, notre petit génie du turbocapitalisme (j’aime bien ce mot) récupère une épave, y installe tout ce qui est nécessaire pour accueillir quelques centaines d’informaticiens recrutés dans le tiers-monde — sous-payés ça va sans dire — et s’apprête à concurrencer de manière irrésistible les sociétés établies sur la terre ferme qui, elles, crétines antédiluviennes manifestement dépassées par le progrès, vont crever d’une mort juste, car le marché, c’est là sa vertu, élimine sans pitié les attardés de la grande course à l’innovation.

C’est fascinant ; une sorte de récupération perverse des géniaux bateaux que les organisations féministes affrètent de temps en temps au large de l’un ou l’autre pays, Pologne, Portugal ou autre, où l’on interdit encore aux femmes d’avorter, pour donner à ces dernières cette liberté. A moins de revoir fondamentalement le droit international de la mer (enfin, je suppose ; j’y connais rien au droit de la mer, moi), le coup est plus ou moins imparable. Le truc (la raison pour laquelle je parle de ceci), c’est que même si l’info n’est qu’un poisson d’avril, ce poisson d’avril a un potentiel détonatoire qui justifie largement qu’on en parle (parce que, même si personne ne l’a encore réalisée, cette idée, là, maintenant, c’est sûr qu’elle a du faire naître quelques projets chez les capital-risqueurs d’outre-Atlantique ou d’ailleurs, de plus en plus ennuyés qu’ils sont par le nasdaq devenu sage).

Je trouve que ceci donne un nouvel horizon à cette grande figure imposée des romans d’anticipation qu’est la description de la ville du futur. Elle sera maritime, off-shore plus exactement, Aldous Huxley et George Orwell et même Enki Bilal avaient tout faux ! C’est pas dur à imaginer pourtant : par exemple, le jour où nos grands états démocratiques décideront (on peut rêver) enfin de pourchasser les paradis fiscaux, on s’aperçevra que les mutiples extensions construites par Reignier de Monaco sur son caillou étaient en fait... détachables et le caillou s’en ira voguer de par les flots, s’éloignant des 6 miles réglementaires pour pouvoir narguer tranquillement Nice, Cannes ou Saint-Raphaël,... où ne resteront que les déshérités, ceux qui n’auront pas trouvé places dans ces merveilleuses zones de non-droit pour riches que seront les îles flottantes, où l’être humain s’épanouira enfin hors de la portée des états agonisants.

Youpie !

Notes

[1Notez, si vous trouvez ça drôle de voir le modèle ricain partir en couille, que les promoteurs de ce projet grandiose comptent s’implanter au large de... l’Europe sous peu !