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L’adoption d’enfants par des couples homos, enfin

mercredi 8 juin 2005, par François Schreuer

J’ai un peu beaucoup maugréé ces derniers temps, mais aujourd’hui, j’aimerais dire un mot d’un fait qui me réjouit, voire me rend peut-être même un petit fier de vivre en Belgique (oui, je sais c’est un peu bête comme sentiment, mais on ne peut pas tout rationnaliser, on développe des affects vis-à-vis de son environnement, c’est comme ça).

Il semble désormais certain que le Parlement belge va voter une loi autorisant les couples homosexuels à adopter des enfants, au même titre que les couples hétérosexuels.

Et bizaremment, ça semble tout facile. L’opinion publique n’a pas l’air de trouver ça scandaleux, le courrier des lecteurs des journaux n’est pas rempli de gens qui s’arrachent les cheveux de rage, les partis politiques abordent le sujet calmement, posément, sans trop chercher les effets d’annonce. Il est devenu naturel pour la grande majorité de la population que les droits des homos soient les mêmes que ceux des hétéros. Les choses ont finalement avancé à une vitesse étonnante. Il y a deux ans, je vivais au kot-à-projet accueil homosexualité à Louvain-la-Neuve, nous avions organisé avec les membres du kot quelques causeries et débats sur le sujet, qui furent autant d’occasions de se rendre compte que le sujet perçait difficilement, qu’énormément de gens étaient très réticents à l’idée de voir des enfants confiés à des homos ; quelque chose de la sulfureuse réputation qui a accompagné l’homosexualité au cours des siècles restait, imprégnait le débat. Forcément, confier des enfants à des enfants était « quelque part » « malsain ».

Maintenant plus, on dirait. Même l’église catholique semble rester relativement zen sur le sujet. Bien sûr, avec le pape ultra-réac qui est aux commandes depuis quelques temps, les curés belges ne peuvent sans doute pas faire autre chose que de s’opposer formellement au projet, mais on ne les sent vraiment pas stressés, surtout si on compare la situation à la véritable guérilla que mène actuellement l’institution catholique espagnole contre les réformes du gouvernement Zapatero (notamment celles concernant les droits des homos).

C’est gai (si j’ose dire).

Pour terminer sur une note plus politique, je m’en voudrais de ne pas souligner que le parti qui est le plus ouvertement opposé à cette avancée législative n’est autre que le parti « libéral » (MR) dont les représentants (à quelques exceptions près, comme Philippe Monfils) expriment leurs réticences dans toutes les langues, en ce compris le président du parti Didier Reynders. Même les partis chrétiens expriment une position nuancée (pour le CDH, parti social-chrétien francophone) ou même une adhésion au projet pour le CD&V, le parti social-chrétien flamand pourtant particulièrement conservateur sur d’autres questions de société. On a même entendu un député libéral — Charles Michel, fils du commissaire européen, pour ne pas le citer — évoquer, pour justifier son refus de voter la loi, le « principe de précaution »,... principe que ce parti a depuis des années pour habitude de balayer d’un revers de main quand il s’agit d’environnement ou d’autres sujets où ce concept trouve à s’appliquer plus sérieusement qu’ici.

Un « libéralisme » qui s’exprime surtout en matière économique mais qui sur les matières sociales s’affilie sans trop d’états d’âmes à un conservatisme bien terre-à-terre, ça ne paraît pas très crédible.

Le logo est repris du site du PS.