Bon, il faut chaud et même s’il faut travailler, c’est encore un peu les vacances.
Alors, je profite d’un moment de libre pour vous parler d’un truc assez marrant : le générateur de pseudonymes que Jean Véronis propose sur son excellent blog Technologies du langage |1|.
De quoi s’agit-il ? Simplement de générer une dizaine de pseudonymes qui sont l’anagramme d’un nom. Pas si facile à faire évidemment dans la mesure où le prénom doit être réaliste et le nom de famille prononçable.
Pour ceux qui aiment déchiffrer les anagrammes, une vingtaine d’anagrammes de noms de personnalités sont proposées en guise de démonstration du machin. Au passage, on lit un rappel de quelques pseudos de grandes personnalités littéraires : Alcofribas Nasier pour François Rabelais, Rose de Pindare sous la plume de Pierre de Ronsard, Pauvre Lélian chez Paul Verlain ou le splendide Bison Ravi du grand Boris (Vian).
Comme j’ai la flemme, j’ai fait la même chose. Vous trouverez ci-dessous le produit de mes essais avec le générateur, quelques résultats rigolos (j’aime beaucoup Burnie Fatalus), quelques-uns simplement inattendus. Comme, en ce qui me concerne, je suis nullisime à cet exercice (je n’ai d’ailleurs même pas essayé), je n’aurai pas la cruauté de vous cacher les solutions |2|.
| 1. | Unity Ba-Marre | Une personnalité politique |
| 2. | Lincoln Blit | Une autre |
| 3. | Freeman Decerne Pris | Une troisième |
| 4. | Burnie Fatalus | Encore une |
| 5. | Giacomo Itranne | Un éditorialiste |
| 6. | Golda Dived | Un écrivain |
| 7. | Ambrar London | Un acteur |
| 8. | Luke Manteman | Un philosophe |
| 9. | Mabelle Maternue | Une actrice |
| 10. | Fletch Miloucau | Un philosophe |
| 11. | Tristand Nifameroc | Une personnalité politique |
| 12. | Arno Penoiz | Un architecte |
| 13. | Parker Plop | Un philosophe |
| 14. | Sabina Purchoz | Un autre |
| 15. | Jacquie Scrach | Pas un philosophe |
| 16. | Alaryck Soisonz | Non plus |
| 17. | Antoni Tennquerit | Un réalisateur |
| 18. | Silvano Verlunn | Un écrivain |
| 19. | Gereron Whigges | Un compositeur |
| 20. | Shelden Womitir | Un dessinateur |
En jouant avec les mots comme ça — et surtout avec les noms de personnes —, je suis frappé de la tendance que j’ai à associer du sens à des bouts de mots, de relier de simples syllabes (voire certains lettres plus connotées que d’autres comme le k, le h ou le y) à des entités sémantiques, pas directement sans doute, par association, par généralisation abusive de signifiants phonétiquement proches,... Par exemple, il n’y a rien à faire, le mot Fabius évoque irrésistiblement chez moi un sénateur romain. Ou Chirac un paysan du midi (pour le premier, ça s’explique, pour le second, il y a manifestement un jeu de miroir ou d’aller-retour entre le réfèrent empirique et le jeu de l’association libre sur les sons et les inflexions du mot). Il y a des mots pour lesquels je n’arrive plus à savoir si le sens sous-jacent est venu d’abord ou s’il s’est greffé a posteriori en reflet des qualités d’une personne. Et puis d’autres où c’est la marque de la personne qui a clairement défini un sens que j’associe aujourd’hui automatiquement au signal sonore de son nom (« Jospin » pour « psycho-rigide », par exemple). L’univers médiatique est à cet égard impitoyable qui, en matraquant des images simplistes de manière répétitive, ancre assez facilement des associations sémantiques dans l’esprit humain.
Bien sûr, tout ça est assez volatile, insignifiant et pour tout dire il est même sans doute un peu vain de fouiller ces associations ; n’empêche que se trouve peut-être là (outre éventuellement de douloureuses vérités sur mon moi profond et refoulé) une explication de mon incapacité manifeste à déchiffrer des anagrammes : je me réfère aux unités de sens, aussi petites soient-elles et pas aux lettres, qui n’évoquent rien et sont donc nettement plus difficiles à manipuler.




