Les archives des Bulles

Louvain-la-Neuve, avatars d’un embourgeoisement

mercredi 12 octobre 2005, par François Schreuer

Certains (les plus lucides ?) diront sans doute que c’était couru d’avance, que Louvain-la-Neuve, depuis le début (c’est-à-dire il n’y pas si longtemps que ça) était vouée à devenir ce lieu lisse et conforme qu’à rester dans les artères du centre on verra aujourd’hui ; ce lieu où s’incarne l’esprit supposé (par les promoteurs immobiliers) de la province dont les habitants disposent du revenu le plus élevé de Wallonie.

Il n’empêche, cette normalisation à tout crin, cet achèvement planificateur et pseudo-consensuel que vit aujourd’hui Louvain-la-Neuve est difficile à vivre pour tous ceux qui dans cette ville ont fait autre chose que passer [1]. C’est mon cas et je ne peux m’empêcher de m’appesantir, quelques lignes durant, sur le destin de cet endroit pas tout à fait comme les autres.

Il vaut la peine d’en dire un mot, de cette ville que mes lecteurs ne connaissent sans doute pas tous. Louvain-la-Neuve est une petite cité située dans la province du Brabant Wallon, à une trentaine de kilomètres au sud de l’agglomération bruxelloise. À bien des égards, Louvain-la-Neuve est un phénomène atypique. Elle est d’abord la première ville nouvelle construite en Belgique depuis plusieurs siècles [2] et à ce titre laboratoire de quelques idées urbanistiques variablement intéressantes, dont le très fameux concept de la « ville sur dalle » [3]. Construite de toutes pièces depuis les années septante, « lln » a donné lieu à quelques grandes réussites urbanistiques (l’ensemble de la place des Sciences, dû à André Jacqmain, est une merveille) et à quelques ratages monstrueux (telle cette « Aula Magna » de Philippe Samyn dont on reparlera). C’est aussi et surtout un produit des convulsions de l’histoire belge récente puisqu’elle a été créée à la suite de l’explosion de la vénérable université louvaniste, sise à l’époque dans la vieille ville de Louvain, qu’on n’appelle plus aujourd’hui que « Leuven » depuis que les Flamands en ont conquis le monopole en boutant aux cris de « Walen Buiten » (littéralement « Les wallons dehors ») les francophones hors des murs. Elle est chargée à ce titre d’une symbolique assez marquée.

Mais venons-en aux faits. Mercredi dernier, 5 octobre, a été inauguré à Louvain-la-Neuve un nouveau et mastodontesque centre commercial, nommé L’Esplanade (dont, soit dit en passant, les débuts sont d’ores et déjà tonitruants malgré la grève générale de vendredi). Cette inauguration a suscité un mouvement de contestation particulièrement virulent de la part des étudiants et des habitants de Louvain-la-Neuve, révélant me semble-t-il un malaise aigu dans le rapport à leur ville qu’entretiennent aujourd’hui ses principaux usagers.

Cette journée de mercredi dernier, il vaut la peine de la raconter dans le détail car il s’y est passé des choses assez peu banales. Je me fonde principalement dans le texte qui suit sur le récit de quelques témoins et la lecture de la presse ; les internautes qui passeront par ici pourront à loisir me compléter ou me corriger dans le forum en pied de page.

La journée débute, pour ce qui nous concerne, par la conférence de presse donnée par l’ensemble des promoteurs de ce projet immobilier, à savoir non seulement l’ensemble des « investisseurs » impliqués [4] mais aussi les autorités académiques de l’université et les autorités politiques en la personne du bourgmestre de la ville d’Ottignies-Louvain-la-neuve Jean-Luc Roland. Elle se déroulait dans les nouveaux cinémas UGC inaugurés voici quelques années et qui font partie de « L’Esplanade » (ou au moins de la propriété du groupe français Klépierre, heureux acquéreur de l’ensemble).

Il se trouve qu’assez fortuitement — sortant d’un cours, passant par là à l’heure du chocolat chaud et crois(s)ant quelques amis militant de la cause citoyenne qui s’apprêtaient à aller y mettre le souk — je me suis retrouvé, assis dans un de ces fauteuils trop mous [5] des cinémas UGC, assister à cette conférence de presse annonçant urbi et orbi la naissance du bébé. Je me suis rapidement demandé ce que je faisais là car, vous vous en doutez, il n’y fut guère donné d’autre information que de très techniques chiffrages et autres métrages carrés [6] ainsi que de très laudatives appréciations sur les uns et les autres, toutes choses fort prévisibles ou qui s’étalaient déjà depuis des mois dans les diverses publications promotionnelles qu’il est difficile d’éviter quand on passe de temps en temps par Louvain-la-Neuve. Je suis néanmoins resté sagement à écouter pérorer ces personnes qu’il convient, je pense, de désigner sous le terme quelque peu péjoratif de « capitalistes repus ». Ils ont durant un temps qui m’a paru extrêmement long exprimé de multiples façons combien la perspective de gagner de l’argent les contentait, en expliquant — avec lourdeur et componction à l’attention de « Messieurs les membres de la presse française » (paraît-il présente) — combien les habitants du Brabant wallon sont riches, très riches (plus riches que les autres Belges ou Wallons) et combien la « zone de chalandise » est grande, intéressante et, surtout, riche. Durant tout ce temps, ils n’ont cessé d’utiliser, pour dénommer leur projet, le vocable particulièrement odieux de « Louvain-la-Vie », montrant bien quel est leur véritable et abject projet d’appropriation par principe (et prouvant une fois de plus combien a raison la sagesse populaire qui depuis Poelaert (au moins) se méfie des promoteurs immobiliers).

L’expression exagérée de ces sentiments déjà particulièrement frustes était rendue véritablement obscène par la pesante légitimité sociale qui leur était accordée — incarnée par la présence, entre autres, du recteur de l’université, du bourgmestre de la ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve ou du pro-recteur aux affaires culturelles et régionales [7], le très médiatique Gabriel Ringlet, qui se sont tous acquittés en souriant de leur mission qui consistait à chanter les louanges du nouveau bazar local.

À la fin de la conférence de presse, une passionaria du monde non marchandisé posa quelques questions à M. Wilhelm sur la légitimité de sa prétention à imposer au peuple, au monde et à la ville de Louvain-la-Neuve son modèle consumériste écologiquement invivable et socialement très discriminant en y implantant ce ramassis de boutiques de luxe et autres fast-foods. M. Wilhelm, gros plein de vide sans doute peu porté sur ce genre de question franchement philosophique, botta en touche en ayant l’idée originale de demander au recteur de répondre aux questions... au motif qu’elles étaient posées par une étudiante. Celui-ci se fendit d’une réponse convenue et, légèrement irrité, eut l’idée de demander à la passionaria ce qu’elle pouvait bien fiche dans une conférence de presse puisqu’elle est étudiante et pas journaliste [8]. Mal lui en prit, car ce fut l’occasion pour cette dernière (et pour moi, ici, par la même occasion) de présenter le premier numéro d’une publication dont elle est une des rédactrices, « La Hache », et de faire rire les « vrais » journalistes qui avaient sans doute été aussi ennuyés que moi par la fastidieuse énumération des mètres carrés précédemment mentionnés. Cette « Hache » — dont je vous suggère instamment de vous procurer un exemplaire si vous êtes néo-louvaniste [9] — est un coup de gueule bien senti contre la bétonnisation du monde et ses dégâts collatéraux. On y trouve quelques papiers vraiment délectables, dont un de Daniel Hélin qui dit tellement bien ce qui se passe que je me demande pourquoi j’écris tout ceci. C’est aussi une voix bienvenue contre le consensualisme poisseux qui sévit trop souvent à Lln, consensualisme dont un des principaux représentants n’est autre que l’omnipotente association des habitants (en abrégé « L’AH » !), productrice du dernier bourgmestre et promotrice d’une certaine vision petite-bourgeoise de la vie en société, même s’il lui arrive d’exprimer quelques réticences par rapport à la manière dont vont les choses.

Le deuxième moment phare de la journée fut l’inauguration proprement dite, laquelle fut (littéralement) rythmée par un orchestre de percussions organisé à grands coups de casseroles par plusieurs centaines d’étudiants et d’habitants qui durant de longues heures mirent positivement le bordel dans cette belle inauguration (on imagine comme M. Wilhelm a dû être déçu) en dénonçant tout ce bastringue. Une démarche assez sympathique, pas vraiment très marquée idéologiquement et réunissant toutes sortes de gens qui vivent dans cette ville (même si un fort contingent était issu du monde dit « alternatif » de Louvain), finalement plus, me semble-t-il, pour conspuer les « pompeux cornichons », leurs flonflons et leur grossier étalage de fric. Comme l’explique une participante à la manifestation « C’est d’abord une manif d’étudiants et d’habitants à qui on ne laisse pas le droit de vivre comme ils veulent. Si c’était une manif altermondialiste, on aurait fait appel du renfort ailleurs, mais c’étaient uniquement des gens de LLN. Il se fait que ces personnes qui vivent de manière originale sont altermondialistes, puisque la logique commerciale est la logique mondialiste dominante. ».

Cette première manifestation ne fut cependant pas la seule, puisque le monde de la guindaille louvaniste avait réuni quant à lui un nombre particulièrement conséquent de manifestants, sans doute environ 2000, pour porter un message un peu moins compréhensible (mais néanmoins négatif) concernant le centre commercial et ayant pour principal objet de contester le règlement communal qui prévoit la fermeture des bars à 1h (régime normal) ou 3h (une fois par semaine) du matin. Cette seconde manifestation, dont l’ampleur aurait du faire l’événement majeur du jour mais que, bizarremment certains journaux (pas tous) se contentèrent de simplement mentionner, s’inscrit dans le cadre d’un assez curieux mouvement né voici trois ans environ [10] qui vise globalement à défendre le folklore et la guindaille. Quoiqu’en désaccord virulent avec ces gens sur le modèle de société qu’ils défendent implicitement, je ne peux ici qu’être d’accord avec eux sur la revendication concernant les heures de fermetures des bars ; j’y viens.

La manifestation conservatrice se dissipa tranquillement [11] sur un discours appelant tous les participants « à aller se bourrer la gueule » [12]. Pendant que les cerclards allaient donc se bourrer la gueule et se livrer à l’art jouissif et délicat du « gueule-en-terre » [13], la manifestation citoyenne/anti-consumériste, faisant preuve d’un peu plus d’insistance, continuait son concert cacophonique, se servant d’ailleurs en guise d’instruments de pots de fleurs métalliques (les pots, pas les fleurs) qui se trouvaient être là. Cela lui valut la matraque de la gendarmerie (oups, pardon, on dit police fédérale, maintenant), sans doute nerveuse vu l’ampleur du joyeux bordel qui la dépassait un peu (il semble que des renforts furent appelés d’urgence). D’après mes informations, cette réaction de la maréchaussée causa parmi les contestataires au moins un blessé sérieux qui se fit écraser la tête à coups de genoux par la flicaille et termina la soirée à l’hôpital tandis que, comme la manifestation refusait de se disperser, trois personnes ont fait l’objet d’une arrestation administrative, de façon, semble-t-il, assez brutale. Il est vrai qu’à la différence des participants à la manif des cercles, les manifestants musiciens ne sont probablement pas de futur clients du centre commercial ; ça les rend sans doute tout de suite moins sympathiques aux yeux de l’« ordre » (et des « forces » chargées de le défendre).

Le lendemain, une action « soupe populaire » fut organisée par une partie des manifestants de la veille pour dénoncer une fois encore le fait que le centre commercial n’est destiné qu’à une élite friquée et rendre symboliquement un droit de cité à tous les autres : rappeler qu’il y a aussi des pauvres à LLN [14] et provoquer un rassemblement tous les mercredis des personnes mises de côté par le projet, juste devant le centre commercial. Lors de cette action du jeudi, la police a confisqué sans motif la cassette vidéo d’une jeune cinéaste qui passait par là et se contentait de filmer la scène. Sans doute (et à raison) craignait-on du côté de l’« ordre » que ne fasse désordre la publication d’images montrant le manifestant de la veille la tête prise entre le pavé et un genou de gendarme.

A noter encore, un entartage a eu lieu dans la journée de mercredi sur la personne du bourgmestre, tachant ses vêtements de crème chantilly. Ce n’est pas du tout fortuit et c’est fort justifié quand on sait quel rôle ce personnage a joué dans l’évolution que connaît aujourd’hui Louvain-la-Neuve. Depuis qu’est bourgmestre de la ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve M. Jean-Luc Roland, le mouvement normalisateur s’est en effet très fort accéléré. Il est pourtant membre du parti écologiste (il en est même un des anciens principaux responsables), supposé favorable au mode de vie alternatif qui s’exprime ou s’exprimait à Louvain-la-Neuve où sont nombreux les projets dont on aurait pu penser qu’ils seraient soutenus par la majorité communale dite de l’« alliance citoyenne » menée par M. Roland.

C’est cependant tout le contraire qui s’est produit. Car cette histoire de centre commercial est presque, si j’ose dire, anecdotique [15]. Ou au moins, elle s’inscrit pleinement dans la tendance à l’oeuvre dans le chef des autorités depuis quelques années et dont on peut faire la liste, pour mémoire, sans trop détailler — d’autres ont déjà fait ce travail et ce billet est déjà fort long :

Il y eut la destruction du squat de la nationale 4 qui faisait décidément tache dans cette ville si bien ordonnée (en plus, il se trouvait le long d’une des voies d’accès au centre commercial). Il y a la maison des jeunes — « Chez Zelle » — qui risque de suivre bientôt le même chemin pour laisser la place au très incertain « Musée Hergé ».

Il y a bien sûr aussi les coups répétés portés par les autorités universitaires et surtout communales à l’asbl de la ferme du Biéreau [16], une longue histoire à elle toute seule qu’il faudra un jour raconter dans le détail [17]. Aujourd’hui l’UCL et la commune inaugurent avec fierté leur nouveau centre culturel dans les ailes rénovées de la ferme ; même si cette partie du projet n’a jamais été contestée, cette inauguration doit avoir un goût assez amer pour mal de monde.

Puis aussi d’autres, on ne saurait sans doute pas les citer tous. Il y eut l’inauguration des cinémas UGC à l’architecture démesurément agressive qui eurent tôt fait de mettre par terre le petit Studio Agora, la construction de la grande Aula qui ne sera jamais le lieu de rencontre au coeur de la communauté universitaire que beaucoup avaient espéré. Je pense aussi au bétonnage des bords du lac de Louvain-la-Neuve, lieu de verdure et de convivialité très sympathique dont une bonne moitié a été transformée en parking, impérieuse et insatiable nécessité. Il y eut aussi le refus du conseil d’administration de l’UCL d’accorder les quelques milliers d’euros nécessaires à la bonne marche du Centre Tricontinental, l’un des principaux lieux d’ouverture sur le monde de l’université louvaniste pourtant. Les plus attentifs se souviendront aussi de la destruction partielle du terrain d’aventure, coupé en deux pour laisser place à une bretelle routière.

Il y a maintenant l’obligation pour les débits de boissons (cercles, cafés,...) de fermer en régime normal à une heure du matin (avec exception une fois par semaine à trois heures) et l’augmentation de la responsabilité des organisateurs de soirée [18] qui est l’affirmation la plus ouverte qui soit de l’aspiration bourgeoise et paternaliste qui anime les décideurs locaux (la coïncidence de cette mesure avec l’ouverture du centre commercial et des appartements à deux ou trois cent-mille euros de la rue Charlemagne n’est bien sûr pas un hasard). C’est en outre une idée totalement stupide car l’organisation de soirées est un bon moyen de concentrer les nuisances sonores et olfactives dans quelques lieux où ça ne dérange pas trop de monde [19]. Bien sûr les cercles étudiants, principaux destinataires de la mesure, se sont quasiment systématiquement comportés comme des crétins [20] et continuent, comme on l’a dit, à promouvoir en général un mode de vie et des valeurs assez « beaufs de droite ». Il n’empêche, sur le coup, il faut les soutenir, tant pour des raisons pratiques — limiter les nuisances de la guindaille — qu’idéologiques — il est inacceptable qu’une quelconque autorité se pique de dire aux gens à quelle heure ils doivent aller dormir.

Il y a enfin la situation des parkings, désormais privatisés. Comme on l’a dit, la ville a été toute entière conçue sur base d’un « tout à la voiture » (certes nuancé par le fait qu’on a mis les voitures en sous-sol) tel qu’on pouvait encore le penser (juste) avant les chocs pétroliers. Même si LLN a des aspects piétonniers sympathiques, c’est une ville où il existe très peu de transports en commun (et aucun transport en commun intérieur à la ville) et dont la dépendance à l’égard du transport automobile est donc très élevée, ce qui rend le parking nécessaire dans bien des cas. Mais l’UCL n’avait plus les moyens de gérer ses parkings, elle les a donc privatisés et ils sont devenus l’une des ailes importantes du projet « Esplanade ». On assiste aujourd’hui à une incestueuse relation entre promoteurs immobiliers et autorités communales : ces dernières se chargeant de verbaliser les automobilistes qui se garent le long des boulevards d’accès au centre et ne paient pas la taxe (élevée) due aux propriétaires des parkings,... qui restent largement vides. Bien sûr, c’est une bonne chose de lutter contre l’usage de la voiture, mais à interdire aux gens de l’utiliser sans ouvrir en même temps de possibilités de remplacement, sans développer le transport en commun, mêne de manière assez frévisible à des situations assez injustes. Cette privatisation pose des problèmes sociaux, notamment à tous ceux qui ne rentrent pas dans les quelques publics-types privilégiés (ou simplement identifiés, existant dans l’espace social) bénéficiant de formule avantageuses (étudiants et personnel UCL, commerçants,...), comme les étudiants des Hautes écoles ou les employés de certaines entreprises.

Par certains aspects, Louvain-la-Neuve semble vivre ses derniers soubresauts humains bientôt noyés sous le déferlement de la normalité consumériste et bien-pensante. Sous d’autres, on dirait que la résistance s’organise, et ça donne de l’espoir. Il est en tout cas certain que la menace est bien réelle de voir lln devenir peu à peu une ville où cohabitent d’une part des étudiants assagis et d’autres parts des retraités friqués (limite « floridiens » dirait un pote avec qui je parlais du bazar) venus occuper des appartements de luxe accessibles à leur seul pouvoir d’achat ; tout ce petit monde se retrouvant dans les boutiques du centre commercial pour batifoler gaiement une ode aliénée à la toute-puissance du capitalisme.

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Peter Wilhelm, photo officielle.
Oh la la la vie en rose,
Le rose qu’on nous propose,
D’avoir des quantités d’ choses
Qui donnent envie d’autre chose.
Aïe, on nous fait croire
Que le bonheur c’est d’avoir
D’en avoir plein nos armoires,
Dérisions de nous dérisoires car...
 
Foule sentimentale,
On a soif d’idéal,
Attiré par les étoiles, les voiles,
Que des choses pas commerciales.
Foule sentimentale,
Il faut voir comme on nous parle,
Comme on nous parle.
 
Il se dégage
De ces cartons d’emballage
Des gens lavés, hors d’usage
Et tristes et sans aucun avantage.
On nous inflige
Des désirs qui nous affligent.
On nous prend, faut pas déconner, dès qu’on est né,
Pour des cons alors qu’on est
Des
 
Foules sentimentales
Avec soif d’idéal,
Attiré par les étoiles, les voiles,
Que des choses pas commerciales.
Foule sentimentale,
Il faut voir comme on nous parle,
Comme on nous parle.

Les illustrations sont tirées du dossier de presse publié par Wilhelm & Co ou de son site web promotionnel.

À lire :

- Un point de vue de gauche : Inauguration de l’Esplanade sous tensions (Indymedia Liège)

- Un point de vue proche du monde des cercles : Inauguration chahutée (LouvainlaNews)

Notes

[1Car Louvain-la-Neuve est une ville où l’on passe beaucoup ; même les étudiants qui y ont étudié quelques années ne voient souvent leur séjour que comme un passage. La ville est d’ailleurs en bonne partie pensée pour ces gens qui passent (de préference en voiture) et très peu pour ceux qui restent.

[2La précédente était Charleroi en 1666

[3Le centre-ville étant séparé verticalement entre circulations automobiles et parkings en dessous de la dalle ; le dessus étant réservé aux piétons.

[4Soit, pour détailler, le promoteur belge, Peter Wilhelm, maître de cérémonie, représentant éponyme de la société Wilhelm & co, maître d’oeuvre du projet, un représentant du nouveau propriétaire des lieux, le groupe français Klépierre, un représentant de la société Devimo chargé de la gestion du machin, sans oublier un intervenant de la société de gestion des parkings, chose non négligeable entre toutes dans le cas d’espèce.

[5Je me suis laissé dire que c’était parce qu’ils sont destinés à la digestion du pop-corn et non à la contemplation d’oeuvres cinématographiques, mais ce jugement, comme tout le reste, n’engage que moi.

[6Dont je vous éviterai l’indigestion, mais qui nous étaient détaillés dans une farde de presse conséquente, avec cd-rom de présentation (reprenant une série de photos utilisables par la presse dont le très joli portrait de M. Wilhelm reproduit ci-dessous) et moult prospectus colorés. Soit dit en passant, je me demande toujours ce que peut bien signifier l’acronyme « GLA » qui accompagnait — de manière vraisemblablement transparente pour les plupart des auditeurs présents — une bonne partie de chiffres donnés.

[7Ou l’inverse, je ne sais pas.

[8Les militants dans l’audience noteront cet exemple supplémentaire que s’incruster dans ses conférences de presse est un moyen redoutablement efficace d’enquiquiner un adversaire : c’est quasiment imparable (il est assez délicat et fastidieux de refuser l’entrée lors d’une conférence de presse) et on touche directement les médias, ce qui est rarement à négliger.

[9Elle n’est pas encore disponible sur Internet, mais il me revient que ça ne saurait tarder, je mentionnerai le lien dès que possible. Mise à jour (2/11), ça y est, c’est en ligne : http://lahache.collectifs.net/.

[10Brièvement, car il n’est pas possible de retracer en détail sa genèse ici, le création de ce mouvement remonte sans doute aux élections étudiantes louvanistes de 2003 où les cercles se liguèrent pour défendre les intérêts financiers du monde de la guindaille et faire pression pour que, dans un contexte de restrictions budgétaires, le prix des logements étudiants soit augmenté plutôt que réduits les très conséquents subsides qu’ils reçoivent de l’université. Ayant gagné les élections grâce à une rhétorique basée sur le prix de la bière, ils ont très sensiblement réorienté le discours politique de l’assemblée des étudiants, la dépouillant de la plupart de ses préoccupations sociales ou pédagogiques pour centrer le discours étudiant sur le concept d’« animation » et, ce faisant, tentant (avec un succès partiel) de dissoudre l’assemblée en tant qu’organe politique, lieu de délibération des étudiants, pour la transformer — véritable coup de force antidémocratique — en un « collectif d’animation » parmi d’autres (« selon nous, l’AGL n’est en rien un super collectif. Mais bien plutôt un collectif comme un autre » écrivaient déjà Nicolas Bossut et Adeline Wustefeld dans La Savate du 2 décembre 2002). Il faudrait revenir en détail sur cette affaire, elle le mérite. Ce mouvement connut un second épisode important au cours de la dernière année académique avec une pétition qui recueillit plusieurs milliers de signatures sur un corpus de revendications assez modérées par rapport au discours des principaux leaders et associant des idées de bon sens avec l’affirmation d’une identité réactionnaire qui n’a pas semblé choquer grand-monde. Cette pétition et l’abondande communication qui l’entoura fut diffusée sous le slogan quasi maurassien de « résistance guindaille » et avec un logo hallucinant présentant la figure de Che Guevara coiffée d’une « calotte », couvre-chef « traditionnel » symbole d’allégeance catholique et papiste dont se coiffent avec une innocence variable un certain nombre d’étudiants de Louvain, généralement pour exprimer une adhésion grégaire.

[11Et reçut d’ailleurs pour cela les félicitations du vice-recteur. D’habitude, quand on reçoit les félicitations de l’autorité après une action de « protestation », c’est qu’il y a un truc qui cloche quelque part.

[12Soit dit en passant, assez curieusement, plusieurs représentants de l’Assemblée générale des étudiants (AGL) issus de la mouvance cerclarde (les représentants de l’aile gauche participaient quant à eux à la manifestation cacophonique), tout en affirmant soutenir les revendications contestataires des uns et des autres (ça ne mange pas de pain), préférèrent se joindre au cocktail donné pour l’inauguration. Le président de l’AGL, Benoît Pitance expliqua sans convaincre grand-monde qu’il représentait ainsi le point de vue des étudiants « à l’intérieur ». Pour la petite histoire, des membres de l’association des habitants assistaient également au cocktail. Je suis toujours étonné de voir le nombre de personnes qui ne sont nullement incommodés d’avoir ainsi le cul entre deux chaises.

[13Pratique consistant pour les vieux étudiants baptisés (dits « poils ») à exiger de ceux des nouveaux étudiants qui acceptent de se prêter à ces simagrées (dits « bleus ») qu’ils se mettent dans une position ridicule, les genoux au sol, le postérieur relevé, les bras dans le dos et « la gueule en terre ». Nombreuses variantes. Cette pratique s’inscrit dans ce « merveilleux moment d’intégration » qu’est le « baptême » étudiant. Ah, la tradition, le folklore,... !

[14Et pour eux, le centre commercial a signifié la fermeture de l’Aldi, le magasin le moins cher de Louvain-la-Neuve

[15D’une certaine manière, on peut aussi le dire, ce projet n’est pas non plus le « pire » de ce qui était possible. Initialement, en effet, Wilhelm & Co, envisageant l’installation d’un centre commercial en Brabant wallon que des études économiques annonçaient rentables (et utilisant paraît un compas sur une carte pour ce faire) avait jeté son dévolu sur le terrain situé entre l’autoroute et la Nationale 4. Il s’agissait probablement de répéter le traditionnel modèle composé d’un gros bloc en préfabriqué et de vastes étendues de bitume attenantes pour parquer les voitures, le tout connecté à une sortie d’autoroute ; celui-là même qui défigure les abords de nos villes et promeut outrageusement l’usage de la voiture. Il paraît (d’après le bourgmestre) qu’on doit « remercier » Wilhelm d’avoir accepté d’installer son projet dans le centre urbain. C’est vrai que c’est mieux d’avoir un centre commercial en ville (et en plus à proximité d’une gare) que de l’avoir dans les champs — symbole de notre civilisation du tout-à-la-bagnole. N’empêche, à nul moment, la pertinence même de l’installation du centre n’a été remise en cause par les autorités locales pour qui l’arrivée d’un tel projet constitue une manne financière, mais qui savent aussi que le refuser implique qu’il ira s’implanter un peu plus loin.

[16Aujourd’hui nommée Corps & Logis, après avoir du changer de nom sous la contrainte.

[18Qui, grosso modo, doivent désormais non seulement couper la musique et arrêter de servir à boire, mais aussi virer les participants.

[19Quoique, à cet égard, d’importantes améliorations restent possibles et souhaitables.

[20Par exemple, cette semaine, ils ont trouvé intelligent de foutre le boxon dans la ville pour protester.