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Refusons la liaison autoroutière Cerexhe-Heuseux/Beaufays

vendredi 10 février 2006, par François Schreuer

J’en avais déjà parlé en 2004, mais les choses ne se sont malheureusement pas arrangées depuis : le ministre Daerden a du souffle et de la suite dans les idées quand il s’agit d’épandre béton et bitume sur la terre de Wallonie. Et les proclamées forces « vives » liégeoises lui emboîtent manifestement le pas avec un allant qui reflète à mon avis assez bien la haute tenue des débats qui se déroulent dans les différents cénacles où elles se réunissent (et, par conséquent, le haut niveau de confiance qu’on peut leur accorder).

Résumons rapidement : la Belgique a un nombre de kilomètres d’autoroutes par habitant déjà largement supérieur à la moyenne européenne [1], son réseau est « complet » (au sens où les autoroutes s’articulent pour former un maillage cohérent), l’entretien de ce réseau est déjà extrêmement coûteux. Parallèlement, les investissements dans les transports en commun en général et dans le rail en particulier sont médiocres depuis des lustres [2]. Ils ont conduit durant les dernières décennies à un ressac permanent de l’offre, à la fermeture de nombreuses lignes et finalement à la fragilisation du service public ferroviaire alors que les orages noirs de la libéralisation sont sur nous. Ajoutons à cela que, malgré tous les discours volontaristes des forces vices susmentionnées, la Wallonie ne sort pas de sa situation socio-économique difficile, s’y enfonce plutôt et qu’il résulte de ce triste état de fait que ses deniers sont comptés.

Malgré tout cela, son sémillant ministre des transports n’a de cesse de dépenser l’argent de la collectivité dans la construction d’autoroutes dont on se dit qu’il faudra bientôt les superposer par couches de 3 ou 5 si l’on veut laisser aux arbres et aux fleurs des champs quelque chance de s’épanouir ailleurs que sur une berne centrale.

En l’occurrence, il est question de rajouter à l’est de l’agglomération liégeoise un morceau d’autoroute d’une dizaine de kilomètres de long [3], un viaduc au-dessus de la Vesdre entre Trooz et Chaudfontaine, quelques échangeurs,... [4] Que ce projet saccage des espaces naturels et paysagers tout à fait remarquables [5], qu’il constitue sans doute le point final définif au caractère rural du pays de Herve (ou du moins de sa partie occidentale) qui est l’une des plus belles campagnes qui se trouve en Belgique [6], qu’il suscite probablement à moyen terme la construction d’un nouveau complexe commercial du type Rocourt/Boncelles/Hognoul (au choix) et contribue ainsi à détruire encore plus le centre-ville et ses fonctions sociales,... tout cela, vous vous en doutez, n’a pratiquement aucune importance face à l’impérieuse nécessité que représente la pression automobile aux yeux de tout décideur « responsable » [7]. Il est des dieux sauvages auxquels il faut tout sacrifier, jusqu’à l’air qu’on respire, jusqu’aux espaces naturels les plus précieux, jusqu’à la santé de ses enfants,...

Bien sûr, on sait pertinemment que le bitume appelle l’auto comme un caca les mouches et que la seule manière efficiente de réduire la pression automobile est de réduire l’espace routier, urbain, social qui lui est dévolu. Bien sûr si l’on investissait les milliards dont on semble disposer ici comme par magie (c’est bizarre parfois comme l’argent est disponible pour certaines choses et pas pour d’autres) dans les transports en commun et dans le transport de fret par rail ou par voie fluviale, si l’on pensait à organiser l’espace urbain autrement qu’en incitant par des autoroutes les gens à aller s’établir loin des villes tout en les y faisait travailler,... sans doute la question de l’utilité de cette liaison autoroutière ne se poserait-elle même pas [8]. Mais il y a des erreurs historiques qu’on semble condamné à refaire. Il y a trente ans, c’est au coeur des villes que les bétonneurs s’attaquaient avec les désastreuses conséquences que l’on sait, particulièrement à Liège. Aujourd’hui, c’est aux banlieues — dont on dirait que leur grand dessein est d’assurer l’extension perpétuelle — que les bétoneurs s’attaquent ; autres temps, autres moeurs. La terre est pourtant un bien terriblement précieux. Il est un fait établi qu’en Wallonie on gaspille cette ressource de façon éhontée par une politique d’aménagement du territoire stupide et dispendieuse. Les choses ne sont manifestement pas prêtes de changer.

Mais trêve de lyrisme, il faut tenter de mettre un terme aux transports (si j’ose dire) des plus exaltés de la cause autoroutière. Ca tombe bien, une association d’habitants s’est créée pour tenter de résister à la construction de ce tronçon autoroutier. Elle a lancé depuis peu une pétition que je vous invite à signer.

Notes

[1Il s’agirait même du taux le plus élevé au monde.

[2À l’exception des investissements de construction du très coûteux réseau TGV dans les années ’90 et au début des années 2000, qui s’achèvent et d’un léger frémissement depuis le début de la présente législature fédérale.

[3Pour relier l’autoroute d’Allemagne (E40) au Nord, à Cerexhe-Beaufays, tout près de Saive et de Barchon, à l’autoroute des Ardennes (E25) au Sud, à Beaufays.

[4On trouvera le détail de tout ce fatras sur le « Site officiel de la liaison Cerexhe-Heuseux — Beaufays (A605) ».

[5Voir la page http://mrw.wallonie.be/cgi/dgrne/si... pour plus de détails.

[6Malgré le fait qu’il est traversé à ce jour par une autoroute et une ligne TGV ; malgré surtout la pousse compulsive et irraisonnée d’abominables petites maisons standardisées quatre façades en brique trop claire le long des routes — ce chapelet scandaleux formant dans son ensemble une sorte de monument éparpillé dont la laideur somptueuse ne doit pouvoir bien s’apprécier que depuis une navette spatiale —, dans une ode maladive à la civilisation de la voiture, dans le désordre et l’inconséquence urbanistiques dont seuls semblent être capables les gens qui choisissent le tracé des lotissements et les promoteurs immobiliers.

[7Lire, pour avoir un exemple de cette conception notablière et pour tout dire antédiluvienne de la notion de responsabilité, la très courtoise intervention du député (CDH) Michel de Lamotte qui s’inquiétait il y a déjà presque trois ans de la lenteur des travaux. Brave homme !

[8Au sujet des questions d’aménagement du territoire et de vie sociale, de transports en commun et de mobilité pour tous, je vous recommande chaudement la lecture de l’article Droit aux transports et revenu garanti, publié en 2002 dans la revue Multitudes par le collectif sans ticket. On lira aussi la longue et excellente intervention parlementaire du député Ecolo Bernard Wesphael.

Messages

  • le compte-rendu d’un seminaire "Développement territorial, enjeux et stratégie" se trouve ici
    http://www.wallonie-en-ligne.net/Wa...

    • Voilà, c’est fait, ces idiots de la RW sont d’accord, nous allons être bouffés et pourquoi, lisez entre les lignes pardi, pour l’argent, qu’ils vont engranger dans leurs comptes privés, les dessous de table, etc ... Bravo à tous ceux qui se sont plantés aux élections et qui ont choisi cette saloperie de couleur que je ne citerai pas, 120 ans de progrès social disaient-ils, 120 d’échecs, purs et durs.... Et l’environnement dans tout cela, six bandes de circulation, donc encore plus de véhicules, donc plus de pollution... pas mal hein ? En plus de l’argent, merci disent les pays de l’Est, ils auront encore plus facile de venir nous prendre le pain hors de la bouche, pour mieux démonter nos entreprises et flanquer leur étendart... Je suis dégoûté d’être belge et de voir comme l’on massacre notre pays. Quand je pense à tous ceux qui sont morts pour nous laisser "cela" ! Ils doivent se retourner dans leur tombe.

    • Ben voyons, tout le monde sait bien que pour aller de Barchon à Beaufays et au-dela, il est bien plus facile et beaucoup moins polluant de descendre dans la vallée de la Meuse par la tranchée de cheratte (deuxième point le plus dangereux du réseau belge) remonter ensuite sur le plateau hesbignon pour redescendre 10 Km plus loin au niveau de la Meuse par le tunnel de cointe pour enfin remonter vers Beaufays.

    • S’il faut commencer à mettre des autoroutes entre tous les bleds de Wallonie, ou même seulement entre tous les points du réseau autoroutier qui ne sont pas encore reliés entre eux, il ne va guère rester de brins d’herbe dans ce pays que dans les instituts de botanique.

      Que l’on mette autant qu’il est possible sur des trains le chargement des millions de camions qui sillonnent l’Europe aujourd’hui (et que l’on développe un peu plus sérieusement les transports en commun urbains), et il ne sera absolument plus nécessaire de construire de nouvelles autoroutes. On en profitera pour préserver quelques espaces naturels, sans parler du véritable désastre sanitaire que représente la les particules rejetées par la combustion d’hydrocarbures dans les moteurs diesel.

    • Suffit de plus laisser construire des lotissements à la con pour "profiter de la campagne"... Ces mêmes "campagnards au vert" réclameront vite aune autoroute pour leur faire avoir deux avantages simultanés : la ville, le bureau et la campagne la maison. Au détriment des autres !

      Interdisons nouveaux lotissements, nouveaux zonings commerciaux....

      Demain, les campagnes seront comme à Awans, Hognoul....

      C’est ce que vous désirez, habitants de la périphérie ?

      Que ceux qui disent oui se taisent : ils négligeraient l’avenir de leurs enfants.

      Quant aux politiques, c’est facile : évitez l’orange. Le Monsieur M. F. de Liège est un bel exemple d’ignorance de sa population. Désavoué aux élections, il est toujours là (!).
      Evitez le bleu : dans le cas des gros sous, et des grosses villas de périphérie qui ordonnent ce genre de construction, c’est évident.
      Evitons le rouge... incohérent. Le vert ?

      Alain, citadin, amoureux de campagne.

  • Oui, il faut refuser la liaison autoroutière Cerexhe-Heuseux/Beaufays. Et d’autres...
    J’ai passé le week-end dernier dans le Nord de la France, du côté de Bailleul. Une région magnifique, préservée. Et là, en plein milieu des monts de Flandre, on envisage de construire une autoroute : l’A24. Là aussi, des gens se mobilisent. Mais pour quel résultat ? Il faut bien constater que, pour la plupart hommes politiques, la construction d’autoroutes demeure synonyme de progrès. Désolant.

  • Au plan de secteur de Liège, le tracé de ce projet routier est repris sur les cartes avec un périmètre de réservation (article 40, 6e du CWATUP)

    Lorsque le Ministère wallon de l’Equipement et des Transports (MET) introduira officiellement sa demande de permis d’urbanisme, une enquête publique sera organisée dans toutes les communes concernées. Les citoyens opposés à ce projet pourront dès alors réagir (réclamations écrites, pétitions ...)

  • Projet antédiluvien, cette liaison est le parfait exemple de l’hypocrisie du monde politique wallon. On vous sollicite mille fois pour vous inviter à utiliser des ampoules économiques, on vous offre généreusement quelques kilomètres de RAVeL, on vous donne des centaines de leçons sur le recyclage, bref on vous parle quotidiennement du développement durable.
    Permettez-moi de vous dire qu’il sera joyeusement baffoué par le passage de milliers de voitures et de camions sur cette liaison... Le contribuable wallon va une nouvelle fois payer cher pour amener plus de nuisances. L’argent est mal investi, avec toujours cette déplorable vision à court terme.
    Je me désole tant de voir que rien ne change, que la Wallonie continue à s’engluer dans son marasme, délaisse les transports plus écologiques et se refuse de voir l’avenir autrement que par le béton et l’industrie lourde...