Les archives des Bulles

Tribulations d’un porte-avion

dimanche 19 février 2006, par François Schreuer

La presse parle beaucoup ces jours-ci des heurts et malheurs du porte-avion français Clémenceau et de ses tribulations sur toutes les mers du globe à la recherche d’un endroit dépourvu de Cour suprême trop pointilleuse où se faire démanteler tranquillement. Je n’ai pas vraiment suivi tout cela très en détail mais il faut bien dire que ça a un côté rigolo d’imaginer l’embarras de ces militaires, hauts-gradés et amidonnés, qui croyaient pouvoir se débarasser relativement facilement de cet encombrant ; et puis Mme Alliot-Marie se dépêtrer dans toutes les complications de cette histoire. Ca a aussi un coté assez chouette de voir que grâce au travail de toutes sortes de gens dans les ONG ou ailleurs, il est parfois un peu plus difficile pour les pollueurs occidentaux de se servir des pays du sud comme poubelle.

En ce qui me concerne, cette histoire me rappelle surtout l’idée assez sympathique qu’avait eue un architecte belge dont je ne me rappelle plus du nom (et je ne parviens pas à retrouver le livre dans lequel je l’ai découvert). Il avait, quelque part dans l’après-guerre, à une époque où l’utopie pacifiste relevait sans doute un peu moins de l’utopie qu’aujourd’hui, probablement dans les années 50 ou 60, il avait, dis-je, proposé de transformer ces encombrantes et inutiles breloques que sont les porte-avions en universités flottantes. J’ignore si la morphologie du porte-avion est, parmi celles des différents modèles de quincaillerie militaire flottante disponibles, cuirassés, démineurs et autres destroyers, celle qui se prête le mieux à ce genre de transformations. Quoi qu’il en soit, on imagine assez facilement que les profonds espaces servant à stocker les avions soient convertis en amphithéâtres tandis que l’immense surface du pont serait transformée en parc, avec des terrains de sport et autres aménagements sympathiques.

Bref, cet équipage ainsi remanié serait armé (c’est le mot) chaque année en septembre pour faire un tour du globe sur le temps que dure une année académique, s’arrêtant deux ou trois fois par mois dans de nouveaux mouillages et l’on peut imaginer qu’au cours de ce périple, ses occupants aient eu l’occasion de mettre les pieds au Caire, à Bombay, à Rio de Janeiro, au Cap, à Istanbul, à Saint-Petersbourg, à Sydney, à New York, à Shanghai, à Buenos Aires ou à Londres, tout ça sur une seule année. Chaque spécialité trouverait dans chacune de ces différentes escales ou presque une myriade d’occupations plus intéressantes les uns que les autres.