Les archives des Bulles

Flexblues, une tactique de guérilla du précariat

mardi 21 mars 2006, par François Schreuer

Trouvez une boîte qui précarise ses employés, le genre petits jobs informels pas déclarés, payés de la main à la main (pas bien lourd, ça va sans dire). Choisissez-la de préférence, cette boîte, vulnérable sur le plan de l’image, dans le secteur de la « communication » par exemple. Infiltrez-y quelques militants anti-précarité, autant que possible, en multipliant les candidatures ; rien n’interdit pour le coup d’inventer l’une ou l’autre identité, comme il n’y a pas de contrat, il n’y a pas non plus de contrôle. Puis démarchez les précaires déjà engagés — autant qu’il est possible, c’est pas toujours évident quand il n’y a aucun contact entre les différents employés — en évitant les jaunes qui se repèrent vite.

Inventez tous les moyens de pression possibles sur votre cible — à la guérilla comme à la guérilla — accumulez les preuves des pratiques scandaleuses (et illégales) de cette société (enregistrements, courriels,...). Dans le cas présent, il s’agissait de faire remplir des questionnaires dans le cadre d’une enquête socio-économique ; l’idée a été de retenir tout simplement en « otages » les questionnaires quelques semaines avant le bouclage de l’enquête, pour laquelle l’employeur devait respecter des délais assez serrés. Enfin, soignez votre présentation, préparez un site web joli où vous expliquez la situation des travailleurs dans cette société, vos revendications salariales, etc.

Une fois que tout est prêt, ne tergiversez pas, frappez au ventre, tout doit se passer vite ; si vous négociez avant de médiatiser, tout le monde sera remplacé sans avoir eu le temps de dire ouf. Envoyez un communiqué à la presse, agitez-vous, refusez de dire combien sont les grévistes et qui ils sont ; et quand on vous contacte individuellement, dites que vous ignorez tout et que votre travail est bientôt fini. Évidemment, il faut pouvoir compter sur le soutien au moins passif d’un nombre significatif d’employés. Utilisez un seul porte-parole, anonyme et mouvant, pluri-personnel, ça déconcertera d’autant plus vos interlocuteurs. La victoire se cueille alors comme un fruit mûr, mais il ne faut pas oublier que c’est juste un tout petit caillou que vous venez d’ajouter à la nouvelle maison.

Enfin, venez faire un tour du côté de l’Euromayday, un grand processus d’auto-émancipation de la nouvelle classe des précaires, un grand réseau de contacts entre des activistes partout en Europe, pour l’émergence de nouveaux droits sociaux globaux. Il ne vous reste plus qu’à pousser le cri du précariat rebelle européen :

Mayday ! Mayday !