Les archives des Bulles

Des enfants sont depuis aujourd’hui détenus à Vottem

mercredi 22 mars 2006, par François Schreuer

Depuis cette après-midi, l’état belge, cette prétendue démocratie respectueuse des libertés fondamentales des êtres humains, incarcère des enfants dans le camp de détention de Vottem spécialement aménagé pour les recevoir (il y a sûrement des lits à barreaux). Certes, ce n’est malheureusement pas une première, mais il y a ici quelque chose de systématique, de prémédité, de terriblement bien organisé, qui rajoute à l’abject de la chose. En fait, ce n’est qu’un pas de plus en avant dans cette politique irresponsable de la "forteresse Europe" : les centres fermés, ça fait déjà un sacré bout de temps qu’ils existent, mais il faut quand même les dénoncer sans relâche, surtout quand ça empire comme c’est le cas aujourd’hui.

Comme beaucoup d’autres, j’ai la ferme impression de voir au fil des années le fascisme monter, se reconstruire, pénétrer les profondeurs de la société et s’infiltrer dans les institutions publiques. C’est un fascisme soft, bien sûr, modernisé, mais son emprise potentielle sur la société et les esprits qui la composent peut être tout aussi dévastateur que ses prédecesseurs plus sanglants qu’a enfanté l’horrible XXe siècle. Ce soir, tant pis pout la parano, tant pis pour les imprécisions conceptuelles, ce n’est pas une impression, c’est une certitude : nous sommes face à une mesure fasciste.

Rien ne justifie qu’on ne donne pas asile à celui dont la vie en dépend si on est capable de le lui donner. Rien ne justifie qu’on inflige à des gamins un séjour en prison juste parce qu’ils ont pas les bons papiers et alors qu’ils en ont plus que probablement déjà pris dans la gueule bien plus que ce qu’un enfant peut supporter. Celui qui transgresse cette loi ne doit pas s’étonner si le monde pourrit autour de lui.

Je crois que chacun des ministres du gouvernement fédéral doit démissionner, et chacun des partis qui le composent se retirer, s’ils ne veulent pas avoir à endosser devant les historiens si pas devant les juges l’écrasante responsabilité de cet acte de barbarie, de ce qui devrait être un crime aux yeux de la loi si ça ne l’est pas encore. Et ces connards du ministère de l’Intérieur et de l’Office des étrangers qui organisent cette saloperie mériteront un jour, comme les politiques qui les emploient, un procès pour crime contre l’humanité, la leur comme celle de leurs victimes. Et dire que ces types se croient probablement « civilisés » — par opposition à tous ces étrangers qu’ils renvoient en Afrique ou en Asie — alors qu’ils ont perdu jusqu’à la plus élémentaire des civilités humaines, celle de l’hospitalité.

Je suis suffoqué par la honte de voir ce qui est fait en mon nom, par l’inertie générale de la société qui laisse ce crime se commettre dans une indifférence presqu’absolue, et la rage de savoir faire si peu pour l’empêcher.

Voici donc le texte du communiqué de presse diffusé ce jour par le CRACPE et autres associations. Une manifestation est prévue samedi à 16h à Vottem.

Familles incarcérées à Vottem, déni de démocratie !

NON A LA DETENTION D’ ENFANTS ET DE FAMILLES DANS LES CENTRES FERMES POUR ETRANGERS ! RASSEMBLEMENT AUTOUR DU CENTRE FERME DE VOTTEM CE SAMEDI 25 MARS A 16 HEURES.

Le Ministre de l’Intérieur, Patrick Dewael, avec l’accord au moins tacite du gouvernement fédéral, a choisi de mettre en ouvre dès ce mercredi la décision de détenir des enfants et des familles dans le centre fermé de Vottem. Trois familles d’origine africaine — 4 jeunes enfants — sont arrivées ce mercredi vers 14H30. Muriel Gerkens, députée Ecolo, Benoît Drèze, député CDH, le bourgmestre Jean Namotte et un représentant du Président du CPAS d’Herstal ont pu le constater. Le CRACPE a aussi manifesté à l’extérieur dès 16 heures, comme chaque mercredi.

Rappelons que fin janvier 70 enfants étaient dénombrés au centre fermé 127 bis ; s’y sont ajoutés depuis 19 enfants au centre fermé de Merksplas.

L’État belge renforce donc sa politique de détention et d’expulsion de candidats réfugiés et refuse de tenir compte de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (1989).

Celle-ci, ratifiée par la Belgique, prévoit dans son article 37 que :

- Nul enfant ne soit soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. [.] - Nul enfant ne soit privé de liberté de façon illégale ou arbitraire. L’arrestation, la détention ou l’emprisonnement d’un enfant doit être en conformité avec la loi, n’être qu’une mesure de dernier ressort, et être d’une durée aussi brève que possible.

Les centres fermés sont un univers carcéral, ils constituent une maltraitance psychologique pour les enfants. Il ne s’agit pas d’un dernier ressort, des solutions alternatives existent ; et la durée de détention (5 mois maximum selon la loi), dans les faits, ne connaît pas de limites, puisque lors de l’échec d’une tentative d’expulsion, on remet les compteurs à zéro.

Le 29 janvier, 2500 personnes ont manifesté à Vottem contre l’enfermement des enfants et des familles. Elles provenaient d’une centaine de collectifs, associations, mouvements ; des écoles, du fondamental à l’enseignement supérieur, ont participé ; des députés étaient présents.Plusieurs prises de position politiques (ECOLO, CDH, PS, conseils communaux unanimes de Liège et d’Herstal) ont été adoptées contre l’ouverture de nouvelles sections pour familles et enfants dans les
centres fermés de Vottem et de Merksplas. Le débat est prévu dans une prochaine réunion de la Commission de l’Intérieur. Nous ne comprenons pas que le Ministre et son gouvernement se bouchent les oreilles et ignorent l’expression démocratique d’un vaste courant d’opposition à la détention
des enfants. Les familles concernées le comprennent encore moins, elles qui ont souvent fui des régimes autoritaires pour l’ « Europe des Droits de l’Homme ».

La plupart de ces familles aujourd’hui déjà détenues dans un centre fermé, ou menacées de l’être, vivent depuis de longues années en Belgique dans l’attente d’une réponse à une demande de régularisation (article 9.3) ou d’une réponse à un recours au Conseil d’Etat suite à un refus de la demande d’asile. Les enfants sont assis à côté des nôtres sur les bancs de l’école ; ils s’expriment dans une des trois langues nationales ; ils sont nés ici pour certains. Ces familles « illégales » connaissent la précarité, l’absence de droits sociaux, la surexploitation si les parents sont employés clandestinement. Pour nous, la seule alternative humaine à cette insécurité d’existence, à cette non- reconnaissance et à la détention, aux expulsions de ces familles est une nouvelle politique en matière de régularisation.

CRACPE, asbl Point d’Appui, FGTB et CSC Liège- Huy-Waremme, CRIPEL.