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L’avenir de la région liégeoise passe par la Flandre

lundi 18 septembre 2006, par François Schreuer

Être wallon me donne de plus en plus souvent l’impression de vivre dans un pays du Tiers-Monde. À tout le moins, la région wallonne est à mes yeux le lieu d’une inertie, d’une reproduction continuelle du même, d’une espèce de médiocrité ambiante qui sont véritablement épuisantes. Et les gesticulations de plus en plus démesurées — le stupidement nommé « plan Marschall » en tête — ne font qu’accentuer ce sentiment. J’ai tout simplement l’impression que la Wallonie produit, par rapport aux entités qui la composent, une valeur ajoutée négative. Le Brabant Wallon ne rêve que de Bruxelles et donne souvent l’impression de mépriser ouvertement les sudistes. Le sud de la province du Luxembourg devient tout doucement un hinterland du Grand-Duché. Le Hainaut marine dans son jus, dirigé à la n’importe comment par des politiciens encore plus incompétents et corrompus que dans le reste du pays, ce qui ne l’empêche pas, notamment en raison de son poids démographique, de dominer politiquement la Wallonie. Quant à Liège, capitale naturelle de la francophonie nordique, principale ville historique, culturelle, économique de cet ensemble incertain qu’est la Wallonie, elle a été ramenée ces trente dernières années à un rang subalterne, à grands coups de pied et de saupoudrages sous-localistes des budgets publics par de prétendus « compatriotes » épris de justice distributive [1].

Bref, il me semble de plus en plus clair que l’avenir de Liège ne se trouve pas seulement, voire pas prioritairement du côté de la Wallonie, aventure hasardeuse dans laquelle elle a au contraire beaucoup à perdre. L’avenir, autant économique que culturel, de la région de Liège se trouve dans les relations avec ses voisins germaniques. Il me semble qu’il serait temps pour les forces vives liégeoises de prendre acte de cette réalité et d’en tirer quelques conclusions. Par exemple, en mettant en oeuvre des politiques visant aux objectifs suivants.

— Lutter avec détermination contre toute régionalisation et défendre plutôt l’Etat belge qui est pour Liège un cadre beaucoup plus propice aux relations avec la Flandre et avec ses autres voisins qu’une Wallonie génétiquement sous-localiste.

— Développer les transports publics vers les villes voisines en Flandre, aux Pays-Bas ou en Allemagne, dont il y a tout lieu de croire que le dynamisme économique et culturel soit contagieux. Avec la ligne TGV, Leuven aujourd’hui et Aachen demain sont plus proches de Liège que Namur. Il faut également jeter des ponts vers Anvers, Hasselt, Genk ou Maastricht.

— Stimuler l’apprentissage des langues, en particulier du néérlandais et de l’allemand. C’est une erreur de miser sur l’anglais comme on le fait aujourd’hui massivement ; parce que les motivations et les facilités à apprendre l’anglais sont suffisantes pour que l’école ne doive pas y appuyer exagérement.

— Poursuivre les collaborations de l’ULg avec l’université de Maastricht, en allant si possible jusqu’à une fusion des deux institutions en une structure binationale plurilingue qui atteindra enfin un niveau susceptible de lui donner le rayonnement international tant désiré.

— Investir massivement dans le tourisme et la culture plutôt que dans un aéroport que la fin du pétrole condamnera de toute façon à moyenne échéance.

— Intensifier l’effort pour améliorer l’image de la ville, notamment en mettant mieux en valeur son patrimoine exceptionnel, en réorganisant intelligement l’offre muséale en quelques pôles bien indentifiés, en stimulant la création architecturale contemporaine, en créant des pistes cyclables et de nouveaux parcs publics, en mettant en place un réseau de tram, en comblant les friches urbaines,...

— Faire de Liège une ville polyglotte, en traduisant en néérlandais et en allemand toutes les signalétiques, les documents administratifs et tout ce qui peut faciliter l’installation à Liège de résidents néérlandophones ou germanophones comme l’accueil de visiteurs non francophones.

— Se débarasser au passage de nos politiciens les plus médiocres, les Daerden et les Happart qui portent sévèrement atteinte à l’image de la région liégeoise. Faire émerger une nouvelle classe politique aux pratiques plus conformes aux fondamentaux d’une éthique politique, expurger le népotisme et le clientélisme qui gangrènent les pratiques politiques liégeoises.

Illustration : Martyre de Saint Lambert, évêque de Maastricht.

Notes

[1À ce sujet, lire le billet Liège et la Wallonie, publié en août 2005.