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Du réalisme budgétaire au niveau communal

mercredi 4 octobre 2006, par François Schreuer

Constat intéressant : une bonne partie des réactions que j’ai reçues à mon texte d’hier concernant la politique communale liégeoise (et j’ai reçu au moins autant de réponses en privé par mail que de commentaires postés sur le site) visent le manque de réalisme budgétaire des idées que j’ai énoncées. Je suis à la fois d’accord et pas d’accord avec ça. Bien sûr, je n’ai rien chiffré et la question de la faisabilité budgétaire n’a absolument pas bridé l’émission un peu sauvage de ces idées. Et bien sûr il ne faut pas perdre de vue la situation budgétaire de la ville de Liège, qui reste extrêmement précaire.

N’empêche, dès lors qu’on veut bien saisir les enjeux en cause de manière quelque peu globale, il ne me semble pas que les propositions que je fais soient tellement irréalistes. Bien sûr, un certain nombre de financements nécessaires à leur réalisation dépendent d’autres niveaux de pouvoir — province, région, communauté, état fédéral, Europe,... Mais bon, je n’accepte pas qu’on dise qu’il n’y a pas d’argent, que les choix sont tous dictés par les contraintes budgétaires. Non, c’est aussi et surtout une question de priorités.

Bref, j’aimerais souligner les points suivants :

  • Il est vrai que je préconise certaines mesures très coûteuses (notamment au niveau des transports en commun) mais dans le même temps je propose de ne pas effectuer certaines dépenses qui ne le sont pas moins. Je pense en particulier à cette liaison autoroutière Cerexhe-Heuseux/Beaufays que la région wallonne s’apprête à construire. Pour ce genre de choses, manifestement, il y a de l’argent qui est disponible. Très concrètement, si on renonce à construire cette autoroute, on libère plusieurs centaines de millions d’euros qu’on peut investir dans les transports en commun. Bref, je ne suis pas sûr que les plus irréalistes sont ceux qu’on dit.
  • Il y a actuellement de l’argent plus ou moins disponible pour la « reconversion » (les fonds d’Arcelor). Certes, c’est du one shot, mais ça permet déjà de réaliser un certain nombre d’infrastructures. Le bourgmestre Demeyer préconise, semble-t-il, de l’utiliser (entre autres) pour créer un « Guggenheim à la liégeoise » [1]. Peut-être que d’autres affectations seraient plus intéressantes et susceptibles de générer moins de dépenses de fonctionnement que ce projet
  • Si les Liégeois étaient un peu plus efficaces pour représenter leur ville dans les niveaux de pouvoir supérieurs, Liège serait sans doute beaucoup mieux dotée qu’elle ne l’est actuellement. Le fait que Liège ne soit pas (encore) capitale de la Wallonie alors qu’elle aurait dû naturellement s’imposer est par exemple un échec tout à fait manifeste de nos représentants. La non-reconnaissance du statut particulier de Liège — qui, à la différence de Namur, Mons ou Charleroi, ne regroupe pas, loin s’en faut, toute la ville dans la commune — en est un autre. Il y a surtout là à mon avis un problème au niveau du personnel politique : il est temps de faire dégager le clan des Happart, Daerden et autres brontausaures du genre. Il est temps aussi de mettre quelqu’un comme Didier Reynders devant ses responsabilités : actuellement, alors qu’il est incontestablement la personnalité politique liégoise disposant des relais les plus importants au niveau fédéral, il joue un jeu où son objectif semble plus de fragiliser ses adversaires politiques que de permettre à Liège de se relever.
  • La vente des actions Arcelor à la suite de l’OPA de Mittal rapportera pas mal d’argent à la région wallone. Compte tenu du désastre social qui frappe la région liégeoise avec la fermeture du chaud, je trouverais normal qu’au moins une partie de cet argent y soit investi.
  • Les points qui précèdent abordent le problème budgétaire essentiellement sous l’angle des investissements et peu sous celui des dépenses de fonctionnement — qui sont en fait bien plus problématiques à financer (la gratuité des transports en commun ou la création d’infrastructures culturelles étant des mesures qui coûtent en permanence). Il me semble qu’une partie de la réponse à cette question pourrait consister dans l’affectation des sommes dégagées dans les points précédents à une réduction très substancielle de la dette de la ville de Liège. Couplée à une mutuallisation d’un certain nombre de dépenses que la commune de Liège assume pour le moment seule au profit aussi des communes périphériques, une mesure de ce type, sans même bien plus que n’importe quel investissement d’ailleurs, redonnerait pas mal d’oxygène à la politique locale.

Notes

[1Depuis le plan « Marshal », on aime bien les références culturelles bateau en Wallonie.