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À propos des résultats des communales

lundi 9 octobre 2006, par François Schreuer

L’essentiel des résultats électoraux [1] des communales et provinciales de ce dimanche 8 octobre sont désormais connus. Ils sont, dans leurs contrastes, riches d’enseignements, me semble-t-il. Commentaire de quelques éléments saillants.

Tendances générales

Personnalisation. La première chose à souligner, à mon avis, est que, en Wallonie [2], la tendance à la personnalisation du scrutin sort clairement renforcée de la réforme électorale (wallonne) selon laquelle l’élection du bourgmestre se décide mécaniquement selon les voix de préférence des uns et des autres [3], ce qui oblige les partis, quand bien même ils ne le voudraient pas, à concentrer encore plus d’énergies et à donner plus de visibilité à leur tête de liste. Cet effet explique sans doute en bonne partie les scores très élevés que réalisent par exemple Willy Demeyer et Didier Reynders à Liège. L’un et l’autre campaient en effet la posture du « candidat au mayorat » (quoique, pour le second, ce fut de manière purement virtuelle). Cette personnalisation des enjeux politiques est à mon avis une assez mauvaise chose — et c’était d’ailleurs l’avis de plusieurs candidats, notamment socialistes, que j’ai croisés pendant la campagne —, dans la mesure où elle éloigne le débat des enjeux de fond et est véritablement délétère pour les minorités et des contre-pouvoirs à l’intérieur des partis.

Polarisation. Conséquence de cette personnalisation des enjeux, la tendance de long terme à la polarisation du jeu politique est un second constat qu’on peut faire 24 heures après ces élections communales : dans de très nombreux endroits, les listes moyennes perdent au profit des grosses. C’est là aussi une assez mauvaise chose dans la mesure où la démocratie interne est largement virtuelle à l’intérieur des deux gros partis qui profitent de cette polarisation. Car une polarisation du jeu politique n’est pas nécessairement une mauvaise chose si elle contribue à la clarification des enjeux électoraux en identifiant une gauche et une droite et si elle ne bride pas la diversité des expressions à l’intérieur de ces pôles. On est cependant loin de cette situation : dans de très nombreux cas, les deux gros partis, loin de s’opposer, ont plutôt tendance à chercher à faire des majorités ensemble, ce qui brouille la lecture des enjeux sur un axe gauche-droite. Mais surtout, on est loin du fonctionnement des partis à l’américaine, beaucoup plus légers et moins contraignants qu’en Europe, on est loin aussi du multipartisme polarisé à la française, on est loin encore de l’existence effective d’un droit de tendance à l’intérieur de ces partis : la situation qui prévaut voit chacun de ces gros partis ne laisser globalement percer qu’une voix, exister qu’une seule tendance qui est la tendance majoritaire. Conséquence : là aussi, affaiblissement des contre-pouvoirs, centralisation des décisions dans quelques mains, affaiblissement de la collégialité, destruction des mécanismes susceptibles d’amener de nouvelles idées (et du sang frais pas trop larbinisé) dans le jeu politique.

Prime aux sortants. Troisième constat générique : les électeurs sont souvent plutôt conservateurs, ne changent pas facilement leurs habitudes, restent fidèles quoi qu’il arrive (et on a vu qu’il peut arriver beaucoup de choses durant une législature) à ceux qui ont su conquérir leur confiance. C’est sans doute, dans des villes comme Charleroi, Huy ou Ans le signe de la persistance du clientélisme, dont les bénéficiaires n’ont finalement pas grand-chose à faire de l’éthique politique, même s’ils y perdent à long terme. C’est peut-être aussi le signe d’un manque de mémoire des électeurs, qui se souviennent au mieux des six mois précédant la campagne, voire des six semaines de la campagne elle-même.

Duels internes. Quatrièmement, un élément frappant est que les listes qui présentaient un conflit ou une rivalité interne bien identifiée dans le public ont plutôt profité de cette division qu’ils n’en ont fait les frais. On peut penser que les électeurs, désireux d’arbitrer ce conflit, ont porté leur voix sur l’un ou l’autre des opposants alors que, sans cette opposition, ils auraient pu voter pour un autre parti. Il en va ainsi de la liste socialiste namuroise qui, bien que largement discréditée par les affaires de corruption, parvient à sauver les meubles, sans doute au moins en partie grâce au duel opposant en son sein Anselme à Close pour le mayorat. À Liège, de même, on peut penser que le conflit entre les deux hommes forts de la région — Demeyer à Liège-ville et Daerden à Ans — a incité certains électeurs à soutenir leurs mayeurs respectifs en portant sur le PS une voix qui, sans cela, aurait pu se porter sur d’autres listes.

Résultats

Anvers. La défaite du Blok/Belang à Anvers est un énorme soulagement, même si ce n’est qu’une toute première étape qui vient d’être franchie par les partisans de la démocratie. Je crois qu’on peut parler de défaite dans le chef du Blok/Belang pour cinq raisons. 1. Tout d’abord, il recule par rapport à ses résultats des dernières régionales (un demi-pourcent) ; c’est peu de choses, mais c’est une rupture claire par rapport à toutes les précédentes élections depuis 15 ou 20 ans qui le voyaient progresser à chaque fois : peut-être le belang a-t-il atteint quelque chose comme un plafond qu’il aura beaucoup de difficultés à percer. 2. En outre, le Belang perd son titre de premier parti et M. Dewinter ne détient plus celui du candidat le plus plébiscité. C’est autant de grain à moudre en moins pour eux. 3. Ensuite, il ne faut pas oublier que le Belang s’était cette fois-ci allié à un partenaire relativement important en la personne de Hugo Coveliers — et de son petit parti Vlot — lequel faisait encore partie il y a peu de la droite flamande « respectable » et pesait dans le VLD, le parti du premier ministre ; ce transfuge aurait dû apporter plusieurs points au Belang, qui, fort de cet apport, visait ouvertement le mayorat jusqu’il y a peu. Il n’en a rien été. 4. Autre motif qui donne de l’espoir à Anvers : une majorité est possible sans avoir besoin d’unir les quatre partis démocratiques. Une alliance entre le SP.A et le CD&V devrait suffire, éventuellement complétée des deux élus de Groen !. Autrement dit, il devrait y avoir une opposition démocratique à Anvers qui, si elle fait correctement son travail, devrait couper pas mal d’herbe sous le pied du Belang. 5. Enfin, cette élection était clairement identifiée comme le kairos, le bon moment, par les leaders fascistes. C’était un peu « cette fois-ci ou jamais » : après 20 ans d’opposition et en l’absence d’une victoire annoncée, il n’est pas sûr que le Belang anversois puisse garantir sa cohésion qui reposait certainement en partie sur la dynamique de victoire dans laquelle il se trouvait. Si les démocrates agissent intelligemment, en harcelant les dirigeants néo-nazis, en cessant d’exonérer les électeurs du Belang de leur responsabilité, en martelant que le Belang a perdu et ne passera jamais et en permettant aux moins tapés parmi les Blokkers de trouver une porte de sortie honorable, il est bien possible que, la prochaine fois, ce soit à un recul sévère de l’extrême-droite qu’on puisse assister.

Flandre. La situation anversoise, bien qu’elle ait été la plus préoccupante jusqu’à présent, ne reflète toutefois pas la dynamique générale sur laquelle le Belang s’appuie toujours dans une bonne partie du reste de la Flandre. Tout reste donc à faire de ce côté. Pour autant, et jusqu’à preuve du contraire, le cordon sanitaire tient toujours, ce qui constitue de la part de nos concitoyens flamands une très grande leçon de démocratie. J’ignore si, dans des conditions similaires, le monde politique wallon saurait se tenir à la même rigueur démocratique, même quand c’est un poste de bourgmestre qui est par exemple en jeu. Je dois dire qu’il y a des jours où j’en doute.

Extrême-droite wallone. Malgré quelques percées préoccupantes (notamment à Mons) et la confirmation d’une implantation dans le bassin carolo, on peut dire que l’extrême-droite a été contenue en Wallonie. On est loin du dimanche noir qu’on pouvait redouter (et auquel je m’attendais personnellement). Il y a malgré tout un élu fasciste à Liège, un autre à Dison et encore un à Verviers. Il faudra tout faire pour que cela ne se reproduise pas. Les divisions congénitales de l’extrême-droite sont sans doute pour beaucoup dans cet échec relatif. Il y aussi, j’ai l’impression, le fait que la société est en train de développer certains anticorps. Il me semble en particulier que prendre à la gorge l’extrême-droite est une bonne solution. Loin de la mansuétude dont a pu bénéficier le Vlaams Blok dans certaines sphères flamandes, il faut attaquer directement, viser la jugulaire, combiner la sensibilisation sur le terrain, les attaques juridiques, les attaques ayant des conséquences financières. Une campagne comme celle de La Cible me semble dans cette optique avoir marqué des points.

Les corrompus limitent la casse. Tant à Charleroi qu’à Namur, les corrompus s’en sortent très très bien, avec une sanction électorale des plus légères. De quoi se poser un certain nombre de questions... Car il n’y a pas seulement Charleroi ou Namur, où les socialistes ont été clairement impliqués dans des scandales de corruption (au point que Laurette Onkelinx se félicitait ouvertement qu’ils perdent quelques plumes sur la RTBF ce matin). Il y a aussi des cas moins évidents, comme celui de Huy, où la bourgmestre Anne-Marie Lizin s’est plusieurs fois illustrée, notamment par un acte d’ingérence dans une affaire judiciaire, mais surtout en s’asseyant sur le résultat d’une consultation populaire (concernant un parc public) dont le résultat ne lui agréait pas et plus généralement par des pratiques démocratiques assez douteuses. Elle perd quelques points mais cela de devrait guère avoir de conséquences. À Malmédy, par contre, le bourgmestre libéral Robert Denis pourrait bien se faire éjecter et ses pratiques autocratiques avec lui, ce dont tout le monde se félicitera. À Saint-Nicolas, par contre, malgré sa mise en cause dans un scandale liés au logement social, le bourgmestre Patrick Avril s’en sort plus que bien en confortant encore sa majorité absolue. D’autres cas — qui ne sont pas illégaux mais relèvent cependant d’une appropriation oligarchique du pouvoir — ne sont pas sanctionnés par les électeurs. Je pense en particulier au népotisme qui se généralise de façon inquiétante : les « fils de » et les « filles de » éprouvent très peu de difficultés à se faire élire. C’est le cas d’Alain Mathot qui est bourgmestre à Seraing ou de Frédéric Daerden à Herstal. Exception : Christophe Collignon se ramasse à Amay. Et puis, cerise sur le gâteau, il y a le cas de Michel Daerden, véritable honte pour toute une région, à propos duquel on se contentera de reprendre [4] deux interventions qu’il a faites à la télévison hier soir :

Recul écologiste. Le parti Ecolo — qui affichait le slogan fort éthéré (sur des affiches qui ne l’étaient pas moins) « Les idées, c’est contagieux » — se casse clairement les dents. Malgré des listes souvent crédibles, des programmes généralement plus fouillés que ceux de leurs adversaires ou de bonnes prestations en débat, les écologistes reculent presque partout par rapport aux élections de 2000, revenant souvent à leur étiage normal, lequel ne leur donne cependant pas toujours de sièges et rarement une influence significative. Je ne sais pas exactement comment il faut expliquer cette stagnation d’Ecolo, cette incapacité à percer. À première vue, je vois trois types d’explications possible. 1. J’ai personnellement tendance à penser que la raison principale de cette difficulté est qu’Ecolo incarne de moins en moins le parti à la gauche du PS que beaucoup de monde souhaite, pour privilégier le plus souvent un profil plus lisse, qui se veut plus gestionnaire (sans vraiment y parvenir, sauf exceptions), un profil souvent assez proche de celui du CDH. Il y a aussi, dans ma perception des choses, une claire tendance d’Ecolo à jouer la carte « bobo » (cool, branché, urbain,...), celle des universitaires trentenaires sensibilisés à l’écologie, ce qui est sans doute efficace dans le public visé, mais ne porte guère ses fruits à un niveau général, à l’un ou l’autre cas près (les bons résultats d’Ecolo à Ixelles ou à Louvain-la-Neuve pourraient en partie s’expliquer par cette carte « bobo »). Ce faisant, Ecolo renonce souvent à s’adresser aux classes populaires. Et les élus d’Ecolo qui suivent une autre stratégie (je pense en particulier à Bernard Westphael) ne sont guère aidés par leur parti. 2. Une autre explication insiste sur la haine que les trois autres partis vouent à Ecolo, intrus dans leur chasse gardée ; une sorte de réflexe primal des mandataires des trois partis traditionnels qui les incite à massacrer Ecolo aussi souvent que possible. Je crois que cette explication est en partie valable pour expliquer l’échec de la participation d’Ecolo aux majorités de l’après-1999. Je suis toutefois plus dubitatif sur l’impact que cet effet aurait pu avoir sur ces élections communales et provinciales. 3. Enfin, un troisième type d’explication met en avant les méthodes utilisées par les écologistes, qui n’auraient simplement pas la pratique de la campagne qu’ont leur adversaires. Depuis l’affichage massif jusqu’au serrage de paluches en passant par les pratiques réticulaires (sms en chaîne, mail,...), je crois qu’il y a là quelque chose à chercher. Indépendamment même des restrictions éthiques que s’impose Ecolo (peu de mise en avant des individus), il me semble qu’il y a quelque chose comme une technique que les verts n’ont pas. Par exemple, en me baladant en ville durant la campagne, j’ai assez souvent croisé des candidats des autres partis politiques, mais une seule fois des candidats verts, qui faisaient campagne à vingt. De même, l’impression que donne un candidat socialiste en campagne est celle d’un stakhanoviste acharné, ultra-organisé, ne perdant pas de temps, rôdé sur une série d’arguments, pas nécessairement extrêmement développés mais bien huilés. Le candidat Ecolo dégage plus une impression de dilettante, ce qui est assez sympathique, mais sans doute beaucoup moins efficace.

Méthode Javaux. Il y a cependant des exceptions, comme le cas amaytois, qui méritera qu’on s’y attarde. J’ignore tout des raisons pour lesquelles Ecolo y a réalisé la percée tout à fait significative — et pour tout dire historique — qu’on y a observé même si j’ai l’impression qu’il y a de fortes raisons conjoncturelles qui ont joué. Alors que la tendance pour les verts est globalement à la baisse, le parti vert enregistre à Amay un score qui avoisine les 45 %. La personnalité extrêmement sympathique et même gouailleuse de Jean-Michel Javaux y est sans doute pour quelque chose, mais ne saurait tout expliquer. À suivre, donc.

L’abstention. Le nombre d’électeurs qui choisissent de ne pas se prononcer, en ne se rendant pas aux urnes, ou en votant blanc ou nul est tout à fait considérable (même s’il semble tendanciellement en baisse). Le taux d’abstention dépasse parfois 20 % dans les grandes villes. Les médias ont la mauvaise habitude de ne pas comptabiliser ces abstentions dans les chiffres qu’ils donnent, ce qui fait qu’on prête trop peu attention à ce phénomène. Il rappelle cependant à quel point est parfois relatif le soutien dont bénéficient les majorités en place, surtout quand on sait que le système électoral Impériali en vigueur privilégie assez nettement les grosses listes. Si une élection est marquée par un taux d’abstention de 20 % et que se dégage une majorité absolue en sièges obtenue avec 40 % des voix, cela signifie que la majorité communale aura recueilli l’assentiment de moins du tiers des citoyens en âge de voter. Il ne faudrait jamais perdre de vue ce genre de considérations.

Majorités

Schaerbeek. Celle des 589 communes de Belgique où la polémique est la plus forte aujourd’hui (et il est probable que cette polémique laissera de profondes traces) est manifestement celle de Schaerbeek, en région bruxelloise, où Ecolo, initialement partisan d’un « Olivier » a finalement choisi, malgré le fait que cet Olivier était (très légèrement) majoritaire (24 sièges sur 47), de s’allier au bourgmestre FDF sortant pour constituer une majorité, au grand dam de la socialiste Laurette Onkelinx qui briguait le mayorat et l’aurait décroché si Ecolo lui était resté fidèle. Il y a plusieurs choses à dire à ce sujet. Tout d’abord, il y a les graves questions qu’on se posait au sujet de la liste socialiste, à commencer par le parachutage de Laurette Onkelinx. Si cette pratique est courante en France (où la classe politique vit de toute façon dans sa grande majorité à Paris), elle ne l’est heureusement pas encore en Belgique et les réticences étaient nombreuses face aux prétentions mayorales assez subites d’une sérésienne construisant une maison à Lasne. Cela me semble justifié : il est à mon avis assez normal que les électeurs exigent d’une personne qui veut devenir bourgmestre d’une commune qu’elle réside depuis quelques années dans cette commune. Il y a ensuite que la liste d’Onkelinx comptait quelques personnalités franchement problématiques, notamment un ancien échevin nolsiste et un ancien dirigeant de l’organisation d’extrême-droite turque des loups gris. Enfin, il y a que Laurette Onkelinx elle-même s’est illustrée récemment et en toute impunité en outrageant gravement les droits fondamentaux d’un citoyen belge, Bahar Kimyongür, sans parler de la très grande retenue affichée par ladite Laurette Onkelinx sur la question du génocide des Arméniens (et merci au passage à Mehmet Koksal qui nous permet de connaître toutes ces informations). Pour toutes ces raisons, les cris d’orfraie du PS devant le refus d’Ecolo de rentrer dans une majorité « de gauche » prêtent à rire plus qu’à autre chose, surtout quand on sait que cette majorité « progressiste » dirigée par Laurette Onkelinx aurait tenu à un siège qui était justement celui du fasciste turc élu sur la liste socialiste. Bref, la position d’Ecolo, qui a finalement choisi de former une majorité avec le bourgmestre sortant, me semble de bon sens. Elle serait parfaitement défendable si ne venait se glisser un élément supplémentaire dans l’affaire : le fait, assez peu banal, qu’Isabelle Durant, secrétaire fédérale d’Ecolo, parti qui prône avec beaucoup d’insistance la pratique de l’éthique en politique, se soit départie, sans même en parler avec ses ex-futurs-partenaires, d’un accord qu’elle avait signé avec le PS et le CDH visant à constituer une majorité. Certes, comme on vient de le voir, les conditions n’étaient pas idéales. Certes, comme le dit Isabelle Durant, il est suicidaire de s’engager dans une majorité avec une majorité aussi courte,... mais alors pourquoi Ecolo a-t-il signé cet accord ? Pourquoi Mme Durant n’a-t-elle pas précisé dans cet accord qu’il ne serait valable que si la majorité visée pouvait compter sur 25 ou 26 sièges ? Pourquoi Ecolo n’a-t-il pas exigé le retrait des deux personnalités de droite extrême et d’extrême-droite de la liste de Mme Onkelinx avant de signer cet accord ?

Conflits au sein d’Ecolo. Ce revirement subit de la part de Mme Durant est d’autant plus problématique qu’il a entraîné de lourdes représailles de la part du PS, lequel a purement, simplement et très rapidement éjecté Ecolo des majorités communales à Bruxelles, Ixelles et Molenbeek, trois communes (importantes) dont Ecolo faisait déjà partie des majorités et dans lesquelles l’avis général tendait plutôt à considérer que les mandataires écologistes avaient fait du bon travail [5]. Je ne crois pas que cette réaction de la part du PS soit très intelligente. Je ne crois pas non plus qu’elle soit très cohérente puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de clamer d’une part son attachement à une majorité « progressiste » (là où le mayorat d’Onkelinx en dépend) tout en cassant dans trois autres communes la possibilité de majorités « progressistes » similaires [6] ! La règle est de facto moins chantournée et a nom Vae victis !. Les perdants ont toujours torts ; la persistance de leurs pouvoirs exige des mâles dominants qu’ils fassent savoir qu’ils le sont toujours. Soit. Indépendamment de ce qu’on peut penser de l’attitude du PS bruxellois, on doit encore dire que la façon parfaitement précipitée dont Isabelle Durant a signé cet accord de majorité avec Bernard Clerfayt est assez surprenante de la part d’une présidente de parti. Elle eût temporisé quelques jours avant de procéder qu’il est probable que des accords de majorité auraient déjà été signés à Bruxelles-ville ou à Ixelles ! Cette précipitation provoque aujourd’hui de très sérieux remous à l’intérieur de la régionale bruxelloise d’Ecolo.

PS liégeois. Pour terminer, un mot sur ma chère ville de Liège où PS et MR se renforcent tandis qu’Ecolo et CDH perdent respectivement 2 et 3 sièges. L’échec prévu du MR, qui restera dans l’opposition, est une très bonne chose pour Liège, même si le score de Didier Reynders est franchement trop important à mon goût. La reconduction de la majorité semble logique. Je dois dire que j’aurais préféré une alliance entre le PS et Ecolo (arithmétiquement possible), parce qu’Ecolo me semble amener plus d’idées nouvelles que le CDH essouflé de Firket. Mais bon, vu qu’Ecolo perd aussi, que les relations semblent bonnes entre les responsables socialistes et humanistes, que l’ancien échevin des finances William Ancion (CDH) a fait du bon boulot dans l’assainissement des finances communales liégeoises,... il n’y a rien de très surprenant à la reconduction de cette alliance. Reste à dire un mot de Willy Demeyer qui, silencieusement et sans effets d’annonces, effectue, avec 19 000 voix, le meilleur score personnel de la partie francophone du pays, loin devant les barons socialistes hennuyers, loin devant les meilleurs scores bruxellois. C’est un fait assez significatif, à mon avis, surtout quand on sait que Willy Demeyer n’a jamais été ministre et n’a été que très brièvement parlementaire et ne dispose donc pas, comme d’autres (à commencer par son concurrent Didier Reynders), d’une visibilité médiatique aux échelons régional ou fédéral. Curieusement, j’ai presque envie de dire que la « rénovation » du PS se passe là où on ne l’attendait pas. Le PS de Liège-ville — au contraire du PS daerdenien de la ceinture rouge qui repose toujours sur le clientélisme, au contraire de celui de la plupart des villes du sillon Sambre-et-Meuse qui sont prises dans les affaires — semble évoluer. La liste liégeoise comptait quelques candidats d’ouverture intéressants et plusieurs personnalités socialistes liégeoises sont des gens valables et crédibles (je pense notamment à Claude Emonts, Pierre Stassart ou Luc Toussaint). Ce PS-là mérite qu’on lui accorde du crédit.

Notes

[1Voir aussi les résultats des communes bruxelloises et flamandes.

[2Pour la première fois en effet, cette élection n’était plus organisée par le ministère fédéral de l’intérieur selon des règles communes à toutes les communes du pays, mais par les régions selon des règles qui varient désormais selon l’endroit du pays où l’on se trouve. On me permettra de penser que cette évolution est plutôt regrettable, ne serait-ce que pour la lisibilité par les citoyens d’un jeu électoral déjà fort complexe.

[3Lire le billet Démocratie locale ? (mars 2005).

[4Oui, en flash, c’est mal, je sais ; d’ailleurs je ne sais pas les lire sur mon propre ordinateur (Linux sur un Mac), mais pour les avoir vues sur un autre, ça en vaut la peine !

[6Sans parler du fait qu’il est fondamentalement douteux qu’une majorité dépendant d’un loup gris à Schaerbeek aurait été plus « progressiste » que celle qui lie désormais Ecolo au bourgmestre FDF.