Les archives des Bulles

Rapide bilan d’une expérience « citoyenne »

mardi 10 octobre 2006, par François Schreuer

Après la petite expérience que j’ai menée depuis une semaine sur ce blog en mettant par écrit un certain nombre d’idées et en invitant les candidats à réagir, je me dois, ne serait-ce que par courtoisie pour ceux qui ont répondu, de faire le point sur ce que j’en retire. Je ne vais évidemment pas donner les résultats du de ce qui n’était pas un concours en rendant publics les noms de ceux et celles sur qui ma voix s’est portée dimanche (le secret des urnes me semble quelque chose de vraiment trop important pour me permettre de le trahir), même si certaines réponses reçues m’ont aidé à déterminer mon vote. Je ne vais pas non plus commenter les résultats des élections (je l’ai déjà fait ici) ni entrer dans le débat de fond, qui se poursuit dans le forum en dessous de l’article (ainsi que, pour ce qui concerne les question budgétaires, dans le second post que j’ai écrit suite à une première série de réactions). Voici par contre quelques réflexions que tout ceci m’a inspiré.

Globalement, tout d’abord, je note un taux de réponse plutôt élevé compte tenu des délais très courts avant le scrutin dans lesquels j’avais lancé cette initiative. Cela dit, la qualité des réponses est globalement inférieure à ce que j’espérait, la plupart des personnes interrogées se contentant de saluer l’initiative et de renvoyer vers leurs programmes respectifs, parfois de signaler qu’elles étaient d’accord avec « une grande partie » de mes propositions, sans détailler toutefois leurs points de désaccord. Il n’y a pas là vraiment matière à déception compte tenu de l’horaire démentiel qui est celui des candidats dans les jours qui précèdent une élection. Dans certains cas, cependant, il m’a semble que les réponses reçues avaient une coloration plus électoraliste qu’autre chose. J’espère donc avec beaucoup d’insistance que ceux — nombreux — qui m’ont promis de revenir à mes propositions une fois que leurs disponibilités le leur permettrait y reviendront effectivement.

Je note toutefois une dizaine de réponses très satisfaisantes, ce qui n’est pas si mal. À commencer par celle du député Michel de Lamotte (CDH), qui en lisant mes propositions savait qu’il avait peu de chances de voir ma voix se porter sur lui. Il s’est pourtant fendu d’une réponse longue et argumentée dans laquelle il explique les raisons pour lesquelles il ne partage pas mes vues sur tel ou tel sujet. Je dois dire que, même s’il ne m’a pas convaincu et si ses arguments ne me paraissent pas toujours bons, M. de Lamotte confirme ici la réputation de démocrate ouvert au dialogue qu’il s’était déjà forgée par le passé, chose qui est malheureusement assez rare que pour être soulignée.

Il en va de même de Pierre Eyben (PC), qui a lui aussi pris le temps de répondre longuement à mon interpellation, en relevant les points d’accords et de désaccords entre nous. Il a d’ailleurs fait écho à ce petit débat sur son propre blog, pratique que je trouve heureuse, non seulement parce qu’elle draîne du trafic vers mon site et augmente donc le nombre de mes lecteurs (oui, oui, ça compte quand on passe ses soirées à écrire de se savoir lu) mais aussi parce qu’elle permet de créer un débat dans lequel des personnes d’horizons différents se rencontrent de manière informelle, ce qui n’est finalement pas si courant que ça et pourtant assez utile.

C’est encore le cas de Nicolas Ancion (Ecolo), lui-même blogueur, qui, plutôt que de s’engager dans la discussion de tous les points de mon très long cahier de doléances — chose quasiment impossible comme l’ont souligné quelques intervenants — se concentre intelligement sur ceux qui l’intéressent plus particulièrement pour engager un vrai dialogue, argumenté, suivi. Là encore, si je ne suis pas d’accord avec la position qu’il défend concernant la gratuité des transports, je lui sais gré d’avoir pris le temps de cet échange.

Je note encore une intéressante intervention sur la démocratie locale signée par Vincent Robeyns (liste Isagoria) ainsi qu’un post d’Alain Mariage (liste Domino), un autre de Didier Brissa.

J’ai également reçu directement par mail (et non sur le blog) quelques réponses argumentées — je relève celles de Mario Gotto, Pierre Stassart et Claude Emonts, tous trois présents sur la liste du PS — qui m’ont parues intelligentes et intéressantes. Je laisserai à leurs auteurs le soin de les poster en ligne s’ils souhaitent les rendre publiques.

Ce petit recensement terminé, je reste avec une série d’interrogations. Est-ce que cette façon de faire du débat politique est bonne ? J’ai plutôt l’impression que oui. Mais ça ne peut marcher que si les participants au débat sont prêts à investir un peu de temps dans un dialogue : s’ils se contentent de mettre une réponse toute faite et n’acceptent pas d’échanger avec les autres participants, ça ne peut pas fonctionner. Cette formule demande aussi de la part des candidats qui s’expriment de mettre quelque peu entre parenthèses certaines tendances électoralistes, par exemple en acceptant d’identifier des points de désaccord plutôt qu’en soulignant des convergences, ce qui, en l’occurrence, était assez stérile. Je pense d’ailleurs que tout le monde y gagnerait. Car si pour qui souhaite louvoyer, cette forme d’interpellation n’est pas assez précise, ceux qui louvoient et qui évitent de répondre aux questions qu’on leur pose ne gagneront sans doute jamais beaucoup de voix dans la blogosphère.

Bien sûr, je trouve ce concept de « blogosphère » trop communautaire mais je dois quand même admettre que le blog, concept qui se cristallise petit à petit, est une forme d’écriture assez agréable. Et l’interaction qui lui est consubstancielle le rend assez compatible avec le débat politique. Malheureusement, cette dimension d’interaction via la web ne me semble pas encore avoir été vraiment intégrée par la plus grande part de notre classe politique. Beaucoup d’hommes politiques ouvrent des blogs, mais n’y consacrent que rarement, me semble-t-il, l’énergie nécessaire à les faire vivre (et on trouve même des soi-disants « blogs » dans lesquels il n’est pas possible de réagir). Un bon exemple de ce manque d’interraction avec les citoyens est le fait assez hallucinant que les sites des quatre grands partis ne publient tout simplement aucune information actualisée depuis l’élection, hormis une adresse d’une demi-page d’Elio Di Rupo et un mot de remerciement de Joëlle Milquet (au format pdf). Sur le site du MR, le « mot du président » commence toujours par la pharse « Le 8 octobre prochain, vous désignerez vos représentants communaux et provinciaux. » Et les candidats (vraiment) blogueurs ne semblent vraiment pas très nombreux. Autrement dit, sur le web belge francophone, il n’y a que quelques blogueurs indépendants et les sites des médias pour commenter le scrutin. L’idée d’agréger sur sa page d’accueil des fluxs issus de ses membres ne semble encore être passée par la tête d’aucun responsable de parti.

Pour terminer ce post mais pour ne surtout pas conclure trop vite la petite expérience dont il est l’objet, je rappele que les commentaires restent ouverts en-dessous de mon post, comme d’ailleurs en dessous de tous les autres sur ce blog, notamment ceux qui concernent Liège. Et puis, comme le souligne Zenobe, je crois moi aussi qu’il serait intéressant de pouvoir disposer d’un lieu d’échange permanent et pluraliste au sujet de la politique locale liégeoise. Je dois dire que j’ai bien quelques idées à ce sujet, voire quelques projets dans mes cartons, particulièrement en ce qui concerne les enjeux urbanistiques au sens large. Si d’aventure l’un ou l’autre lecteur de ce blog était intéressé à me rejoindre pour lancer une initiative de ce type, qu’il n’hésite surtout pas à me contacter.