Les archives des Bulles

Primaires socialistes : la manipulation médiatico-sondagière

samedi 4 novembre 2006, par François Schreuer

Pas le temps de beaucoup écrire ces temps-ci (mais j’y pense et ce ne sont pas sujets qui manquent). Voici toujours un texte de l’excellent Philippe Marlière, diffusé sur la mailing list de Démocratie & Socialisme et introuvable sur le web (enfin, du moins, je ne l’ai pas trouvé), au sujet du phénomène Ségolène Royal.

Primaires socialistes : la manipulation médiatico-sondagière

par Philippe Marlière

Selon ses partisans, la candidature de Ségolène Royal s’impose pour deux raisons « rédhibitoires » : 1) leur candidate est la mieux placée pour rassembler les socialistes et la gauche ; 2) les sondages la plébiscitent.

La campagne interne est en train de nettement infirmer le premier argument. Loin de rassembler les socialistes et la gauche, Ségolène Royal apparaît diviser profondément son camp. En dépit de l’embargo des médias voulu par le camp royaliste, le rassemblement du Zénith a souligné combien les contours flous et ambigus de son discours avaient fini par exaspérer un auditoire plutôt bien disposé à son égard au début de la soirée. Le « blairisme à la française » de Mme Royal (35 heures, carte scolaire, jurys populaires, encadrement militaire des jeunes délinquants) heurte en effet un nombre croissant de militants socialistes qui s’informe et débat. Quoi de plus normal pour des socialistes français de s’émouvoir des lourds emprunts à un homme d’Etat qui est couramment présenté comme le consolidateur du thatchérisme ?

Reste le deuxième argument, celui de sondages exceptionnellement flatteurs pour Ségolène Royal. Une certaine presse ne se prive jamais de rappeler que Laurent Fabius est « toujours bon dernier dans les sondages », « loin derrière Mme Royal ». Mais de quels sondés s’agit-il ? De « sympathisants socialistes ». Rappelons d’abord une évidence : ce sont bien les militants qui seront appelés, les 16 et 23 novembre, à choisir le candidat socialiste et non les « sympathisants ». Pourquoi dans ce cas continuer à nous bombarder de sondages qui ne concernent en aucune manière la population électorale du moment ? Y aurait-il quelque tentation de la part des médias d’influencer l’issue de ce scrutin ? Troublant, n’est-ce pas ? Mais regardons de plus près le stratagème et on s’aperçoit que la ficelle est vraiment grosse. Demandez à un politologue ce qu’est un « sympathisant socialiste » et il sera bien à la peine de vous répondre. S’agit-il d’un électeur qui vote fidèlement pour le PS, occasionnellement ou simplement d’un transfuge de la droite qui s’apprête à voter socialiste pour la première fois ? Ces distinctions importent car elles renvoient au degré de proximité et de familiarité avec le PS, ses débats, sa culture et à une connaissance plus ou moins fine des enjeux de ces primaires. Nous ne le savons pas. Nos sondeurs continuent imperturbablement de nous présenter ces « sympathisants » comme une catégorie politiquement homogène. En réalité, ces sondages reposent souvent sur des échantillons ridiculement petits et sont aussi fiables que les sondages « micro-trottoirs » dont sont friands les journalistes en mal d’inspiration. Ces échantillons ne sont ni fiables, ni représentatifs, d’un point de vue scientifique. Ce sont des artefacts d’opinion car ils fabriquent de toute pièce un point de vue qui n’existe que dans l’esprit des… sondeurs. Sonder les « sympathisants » socialistes dans le cadre de ces primaires, c’est donc aussi pertinent que d’aller recueillir le point de vue du peuple allemand lors de la campagne référendaire française au printemps 2005…

Mais il y a pire. La plupart de ces sondages, nous l’avons vu, sont grossièrement exécutés, au mépris des règles déontologiques élémentaires (échantillons minuscules et non représentatifs). Certains sondages imposent carrément une problématique aux sondés. Pour enfoncer le clou de la démonstration (c’est-à-dire pour pouvoir affirmer que Ségolène Royal est réellement plébiscitée par le « peuple des sympathisants socialistes »), il leur faut aussi montrer que la candidate est la « plus compétente » des trois dans tous les domaines : affaires étrangères, social, économie, culture, sports, etc. Ici, ces pseudo-sondages frisent le ridicule et sont franchement hilarants. Avant que la campagne interne ne démarre, Ségolène Royal devançait ses concurrents de 20 à 40 points dans tous les secteurs de gestion. Sacrebleu, Mme Royal est assurément une super candidate ! Mais qu’est-ce qui permettait alors aux sondés d’émettre des points de vue aussi tranchés dans des domaines aussi divers et techniques ? Mystère.

Venons-en au fait : ces sondages sont une vaste entreprise de décervelage (ou d’intimidation) à l’endroit de militants socialistes désorientés, qui s’apprêtent, la mort dans l’âme, à voter pour la « madone des sondages » pour éviter un « nouveau 21 avril ». Certains ne s’y sont résolus que parce qu’on leur assure – sondages à l’appui – que Mme Royal est la « seule candidate capable de battre la droite ». Allons jusqu’au bout du raisonnement. Comment croire un instant que Laurent Fabius soit « scotché » aux 10-15% d’intentions de vote que lui prédisent les « sondages » ? Comment un candidat qui vient de réunir 21% des voix militantes sur son nom et ses idées au dernier congrès du PS, qui recevra la majorité des voix du NPS, des MJS, une minorité de celles de Rénover Maintenant, l’intégralité des voix de FMDS (Dolez-Filoche) et aussi celles de certains jospiniens, pourrait effectivement être si largement distancé ? A vos calculettes et faites l’addition ! La manipulation médiatico-sondagière est ainsi révélée. Ces pseudo-sondages n’ont d’autre objectif que de tenter d’imposer aux militants socialistes, de l’extérieur, la candidate des grands groupes de presse (…et des caciques du PS) !

Les seuls sondages qui, aujourd’hui, auraient un sens, seraient ceux effectués auprès de militants socialistes. Cas hypothétique, car évidemment cela n’arrivera pas : imaginons qu’un institut de sondages interroge une grosse fédération du PS (le Nord, par exemple). Un tel sondage révélerait aujourd’hui des intentions de vote pour Laurent Fabius de 2 à 3 fois supérieures à celles enregistrées par ces sondages manipulateurs. Tout à coup, le « candidat distancé » ne le serait plus ! On comprend donc pourquoi les grands groupes de presse sarko-blairistes ne commandent pas de tels sondages. Le soutien intra-partisan en faveur de Fabius serait enregistré à son niveau réel, c’est-à-dire en deuxième position et probablement talonnant Mme Royal et la candidate « plébiscitée » par les sondages ne le serait plus...

Camarades, la « madone des sondages » est un mythe. Vous pouvez donc tranquillement voter selon vos convictions socialistes.

Messages

  • Excellent décodage de la manipulation médiatico-sondagière sur ce sujet.

    Souvenons-nous de la "hype" Raymond Barre en 1987-88, Edouard Balladur en 1994-1995, des sondages Jospin-Chirac au deuxième tour de 2002 ou Jospin sortait invariablement gagnant jusqu’à début avril 2002 et du oui à 65% en octobre 2004.

    Il y a cependant plusieurs points d’interrogations :
    - les fédérations des Bouches-du-Rhône et de l’Hérault où il se pourrait que le vote soit "manipulé" (cf. les déclarations tonitruantes des présidents de ces fédérations affirmant que SR y atteindrait 85%)
    - l’inconnue que représente l’attitude des "nouveaux adhérents" (dits "à 20€") dont la sociologie ne correspond pas trop à ce que décrivaient Bourdieu et collaborateurs en 1993 dans "La misère du monde", pouvant faire pencher la balance du côté de la "deuxième gauche" sociale-démocrate (donc SR ou DSK)
    - le ralliement incompréhensible pour moi d’Arnaud Montebourg (Rénover Maintenant) et de Vincent Peillon (Nouveau Parti Socialiste), pourtant membres de deux courants à gauche du PS, nonistes en leur temps, à SR, dont les courants respectifs sont issus d’un accord (NPS) ou non (RM) à la synthèse du Mans intervenue après le 29 mai.

    Plus loin, une victoire de SR ou de DSK pousserait probablement les "collectifs alternative unitaire pour 2007" (PCF, Alternatifs, MARS, PRS, minorité LCR, minorité Verts etc) à gauche de la gauche à l’unité, avec probable retrait de Besancenot (LCR), voire de Voynet (Verts), alors qu’une candidature de Laurent Fabius poserait problème, le PRS de Jean-Luc Mélenchon étant certainement amené à le soutenir, tandis que la LCR se retrancherait définitivement dans son repli identitaire derrière la candidature d’Olivier Besancenot, et que je vois mal la majorité des Verts soutenir Fabius, noniste et "croissantiste".

    • Oui, j’ai le sentiment que rien n’est joué. Fabius va probablement sorti du premier tour bien plus haut que ce que lui prédisent aujourd’hui les médias, ce qui pourrait complètement inverser la vapeur et faire changer la dynamique de camp. Si ce scénario (un peu optimiste, sans doute) se réalise, on pourra penser que l’attitude actuelle du PPA est franchement contre-productive. On verra.

      Je n’ai moi toujours non plus rien compris aux motifs qui ont poussé le chevalier blanc Montebourg a passer la plus putassière des alliances quelques mois à peine après avoir snobé tout son parti au nom de la cause d’une VIe république dont on ne voit en quoi elle gagne quoi que ce soit à cette alliance royaliste.

      Et effectivement, selon le candidat que le PS choisira, le jeu variera du tout au tout pour les partis et collecrifs qui se trouvent à sa gauche.

    • Ségolène Royal présente bien des défauts, c’est entendu, et le tapis rouge que lui déroulent la plupart des grands médias français doit être dénoncé.

      N’empêche, à gauche, j’ai parfois l’impression qu’on assiste à un phénomène inversé : un anti-ségolisme un peu primaire. Toutes ses propositions sont directement suspectées de ne pas être authentiquement de gauche. Il faut voir avec quel mépris a été accueillie son idée de "jury populaire", en fait pas si bête que ça, dès qu’on prend la peine d’y réfléchir.

      Toute une partie de la gauche dite radicale s’est moquée de la "démocratie participative" prônée par Royal. Pourtant, vouloir donner plus de pouvoir aux citoyens, n’est-ce pas légitime, n’est-ce pas une valeur 100 % de gauche ?

    • Pour continuer le commentaire suivant : il ne faut pas confondre les trois réalités que désignent l’expression "Ségolène Royal". Il y’a la femme politique, le phénomène médiatique et la candidate à l’investiture socialiste. Réduire la candidature à la personne ou à l’image médiatique est à mon sens une erreur ou de la malhonnêteté. Il y’a derrière la candidature de Royal quelque chose d’autre que de l’ambition ou du buzz. Elle représente l’une des orientations politiques internes au PS et elle doit être traîtée en conséquence.

      Oui, j’ai le sentiment que rien n’est joué. Fabius va probablement sorti du premier tour bien plus haut que ce que lui prédisent aujourd’hui les médias, ce qui pourrait complètement inverser la vapeur et faire changer la dynamique de camp. Si ce scénario (un peu optimiste, sans doute) se réalise, on pourra penser que l’attitude actuelle du PPA est franchement contre-productive. On verra.

      Pas convaincu... En cas de 2e tour Royal/Fabius, SR a de très grosses chances de l’emporter avec 2/3 des suffrages, reports de voix de DSK obligent. Fabius ne peut dépasser les 30% dans le parti, tant il symbolise les heures noires du socialisme français (désillusion de 1984, défaites de 1986 et 1993, affrontements internes de 1992 et 2005, affaires, social-libéralisme ...).

      Je n’ai moi toujours non plus rien compris aux motifs qui ont poussé le chevalier blanc Montebourg a passer la plus putassière des alliances quelques mois à peine après avoir snobé tout son parti au nom de la cause d’une VIe république dont on ne voit en quoi elle gagne quoi que ce soit à cette alliance royaliste.

      C’est dans la suite logique de son projet. Ne pouvant se présenter lui-même ou soutenir un DSK ou un Fabius quinto-républicain pur porc, le choix de Royal était le seul possible. Plus qu’un pis-aller, cette option est en cohérence avec son action politique aussi bien interne au PS (fin de la pachydermie) qu’externe (s’il se permet, en tant que porte-parole de SR, de promettre un référendum constitutionnel dans les six mois de l’élection, ce n’est pas sans avoir obtenu de garanties). Certes, il peut désormais espérer une bonne place - Beauvau ou Vendôme - mais je reste convaincu que sa motivation n’était pas là.

      Et effectivement, selon le candidat que le PS choisira, le jeu variera du tout au tout pour les partis et collecrifs qui se trouvent à sa gauche.

      Bof... Le Fabius d’aujourd’hui pourrait peut-être davantage attirer la gauche radicale que ses deux compétiteurs (bien que les fameux sondages et l’oeuf qu’il a reçu sur son crâne éponyme à la fête de l’Huma me font douter...). Mais, s’il est investi, il évoluera plus que probablement vers le centre, comme le veut sa pente naturelle et la campagne présidentielle. Par conséquent, il laissera à sa gauche le même espace que Royal ou Strauss-Kahn.

    • Bonsoir,

      Pour continuer le commentaire suivant : il ne faut pas confondre les trois réalités que désignent l’expression "Ségolène Royal". Il y’a la femme politique, le phénomène médiatique et la candidate à l’investiture socialiste. Réduire la candidature à la personne ou à l’image médiatique est à mon sens une erreur ou de la malhonnêteté. Il y’a derrière la candidature de Royal quelque chose d’autre que de l’ambition ou du buzz. Elle représente l’une des orientations politiques internes au PS et elle doit être traîtée en conséquence.

      Mais quelle est cette orientation ? Quel est le courant d’idées qu’elle représente ? Avant que le buzz ne démarre, elle n’incarnait vraiment pas grand chose dans le PS et les gens qui se sont regroupés autour d’elle me semblent surtout un important amalgame d’opportunistes, sans la moindre cohérence programmatique ou idéologique. Le principal argument de SR me semble être celui d’une prétendue « nouveauté », dont je ne vois pas en quoi elle s’incarne sur le fond (si ce n’est dans une série de renoncements au programme habituel de la social-démocratie française,... pour aller vers la droite). Quelle nouvelles conquêtes SR propose-t-elle pour compenser ses propositions marquées au centre ou à droite ? Personnellement, je ne vois pas.

      Pas convaincu... En cas de 2e tour Royal/Fabius, SR a de très grosses chances de l’emporter avec 2/3 des suffrages, reports de voix de DSK obligent. Fabius ne peut dépasser les 30% dans le parti, tant il symbolise les heures noires du socialisme français (désillusion de 1984, défaites de 1986 et 1993, affrontements internes de 1992 et 2005, affaires, social-libéralisme ...).

      On verra bien... Certes Fabius a un (sacré) passif, mais

      C’est dans la suite logique de son projet. Ne pouvant se présenter lui-même ou soutenir un DSK ou un Fabius quinto-républicain pur porc, le choix de Royal était le seul possible. Plus qu’un pis-aller, cette option est en cohérence avec son action politique aussi bien interne au PS (fin de la pachydermie)

      Là, je suis désolé, mais j’aimerais qu’on m’explique en quoi Ségolène Royal n’est pas elle-même un éléphant ? Ou plutôt, qu’est-ce qu’un « éléphant » ? Si c’est quelqu’un qui a fait l’ENA, puis la carrière interne au PS et qui cumule les responsabilités et les postes d’influence, qui est présent en politique depuis des décennies,... eh bien Ségolène Royal est elle-même un éléphant, sans le moindre doute. Si ce n’est pas cela un éléphant, qu’est-ce ? J’ai l’impression que la plupart des gens qui utilisent ce terme renvoient simplement à l’image et désignent par le mot « éléphant » quelqu’un qui a l’air un peu terne, qui parle de choses ennuyeuses, qui reproduit l’image que la politique semble donner depuis toujours. Bon, là, d’accord, Ségolène Royal n’a pas un look d’éléphant ni une manière de parler grise,... mais en est-on réduit à choisir les élus sur ce genre de critique, sur cette approche strictement spectaculaire de la politique ? J’espère bien que non. Sinon, quand les projos se seront éteints, ça risque d’être franchement déprimant.

      qu’externe (s’il se permet, en tant que porte-parole de SR, de promettre un référendum constitutionnel dans les six mois de l’élection, ce n’est pas sans avoir obtenu de garanties).

      On verra bien :)

      Bof... Le Fabius d’aujourd’hui pourrait peut-être davantage attirer la gauche radicale que ses deux compétiteurs (bien que les fameux sondages et l’oeuf qu’il a reçu sur son crâne éponyme à la fête de l’Huma me font douter...). Mais, s’il est investi, il évoluera plus que probablement vers le centre, comme le veut sa pente naturelle et la campagne présidentielle. Par conséquent, il laissera à sa gauche le même espace que Royal ou Strauss-Kahn.

      Bien sûr que non. Beaucoup de nonnistes voteront sans problème Fabius au second tour, mais ne voteront pas Royal ou DSK. Quant au positionnement de Fabius, il construit toute sa campagne (et son positionnement politique depuis quelques années) sur une ligne beaucoup plus à gauche que SR ou DSK (ou plus exactement sur une ligne de gauche, simplement, quand SR et DSK ont ouvertement renoncé à une série de thèmes fondamentaux de la gauche), quand bien même il le voudrait (ce que je ne crois pas, mais ce n’est pas ça qui est important), il lui serait difficile d’opérer le virage à droite qu’ont pris SR et DSK.

      Je ne dis pas que Fabius est parfait, loin de là. Et oui, il est probable qu’on aura des déceptions avec Fabius (avec SR, on n’aura pas de déception, c’est vrai, puisqu’on en attend absolument rien ; la plupart des personnes qui se rallient à elle le font par pragmatisme plus que par conviction et le disent ouvertement). Je suis simplement persuadé que c’est le moins mauvais candidat en ce qui concerne ses qualités intrinsèques. Je pense aussi que Fabius est le seul qui puisse éviter que le PS s’ancre définitivement au centre et la rupture durable avec le peuple de gauche qui s’ensuivrait. Je crois que l’enjeu d’une social-démocratie plus à gauche que ce qu’elle n’est aujourd’hui est quelques chose d’important, notamment pour l’avenir de l’Europe.

      Bref, si j’étais membre du PS français, je voterais Fabius sans la moindre hésitation.

      ++

      François

    • Salut,

      Je te l’accorde, Ségolène Royal en elle-même n’est pas grand chose. C’est une ex-cabinetarde mitterandienne, elle a un habitus de droite, les dents longues (et refaites) et un sale caractère :-) Mais indépendamment de ça et du cortège de pique-assiettes qu’elle traine, sa candidature est soutenue par les rénovateurs du PS. Et, je le crois, ce sont eux qui alimentent politiquement sa démarche.

      Son programme n’est pas de droite ou centriste. Il n’est pas non plus dépourvu de propositions. Sur nombre de thèmes importants, il est au moins aussi à gauche que celui de Fabius et fait preuve d’audace et de pragmatisme (que l’on n’aime ou pas, ce n’’est pas la question). Sur l’Europe, SR plaide pour une vraie renégociation et pour un référendum commun à toute l’Union. Sur les questions démocratiques, elle veut renforcer le parlement, étendre la démocratie sociale et mettre en place des expériences participatives, le tout dans une optique de renforcement de l’Etat. Sur les questions économiques et sociales, elle parle de formation, d’éducation, de sécurité sociale professionnelle, de droits des travailleurs,... Franchement je trouve qu’il s’agit d’un programme de gauche tout à fait fréquentable et, pour tout dire, assez potable.

      Elle fait sans doute partie des éléphants du parti elle aussi, mais son investiture aurait des conséquences internes moins négatives que celle d’un des deux autres candidats. Le courant fabiusien est dans un trip mitterandien - expliquant très bien son créneau politique actuel - qui augure de bien mauvais lendemains pour le PS et la gauche française. Quant à DSK, c’est un jospiniste droitier et le vrai danger blairiste vient de lui. Si Royal est désignée, on est sûr d’au moins deux choses : le mitterandisme monarchique et le jospinisme social-libéral tomberont aux oubliettes. Or, cette éradication est une condition nécessaire (mais non suffisante, bien sûr) pour que le PS puisse redevenir un parti de gauche populaire et moderne.

      Concernant le clivage oui/non, je persiste : Fabius ne rassemblera pas plus de noniens que Royal. Sa proposition de faire repasser un TCE light achève de décrédibiliser sa position auprès de l’électorat du non socialiste. Il est évident maintenant que Fabius a utilisé cette carte pour se créer un espace au sein du PS et surtout pour prétexter sa candidature à l’investiture. On ne peut pas lui en vouloir : c’était sa seule chance, mais elle parait aujourd’hui très faible...

  • Les sondages ... Umhhh ! C’est donc par un pur hasard que Laurent Fabius propose à Nicolas Hulot, cet écologiste chiraquien, à gauche de la gauche, le poste de numéro deux dans son gouvernement .

    Petit détail : C’est le premier ministre qui compose le gouvernement ! Pas mal pour un ancien premier ministre qui se veut le fer de lance de la VIième République. Vous y croyez à Fabius ? Pas moi !