Les archives des Bulles

Société de surveillance & changement climatique

dimanche 5 novembre 2006, par François Schreuer

Deux rapports venus de Grande-Bretagne font pour le moment beaucoup parler d’eux.

Le premier, commandé par Her Majesty’s département du trésor, est une monumentale brique de 700 pages qui tente de chiffrer économiquement l’impact du réchauffement climatique ; très justement critiqué par Adam Kasher sur Le Monde citoyen, non seulement en raison des résultats mêmes du rapport, dûs à une démarche trop peu holistique, mais aussi et surtout en raison du fait qu’« il y a une véritable défaite philosophique à se résoudre à voir la dimension économique constituer un meilleur argument que la dimension humaine. Mais au vu de l’enjeu, on se dira que la fin justifie les motifs ». Il n’en est pas moins une formidable mine d’informations à laquelle il vaut la peine de jeter un oeil, d’autant plus qu’elle est disponible en ligne (en).

Un résumé d’une vingtaine de pages, toujours en anglais, est également disponible :

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Stern report, summary (en)

Le second, commandé par l’ICO (l’organe officiel britannique destiné à la protection de la vie privée), qui est lui aussi disponible en ligne (pdf, en), est consacré à la mise en place d’une véritable « société de surveillance » sur le territoire britannique, non seulement par le biais des caméras de surveillance mais aussi par la multiplication d’autres moyens de contrôle.

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A Report on the Surveillance Society

Le phénomène est bien connu et ça fait longtemps qu’il sert de repoussoir aux défenseurs des libertés qui s’opposent au développement des systèmes de contrôle, mais ce que raconte ce rapporrt fait quand même froid dans le dos. Le Figaro, lui-même, pourtant peu suspect de sympathies anti-autoritaires (surtout depuis qu’il est tombé dans les mains de M. Dassault [1]), si l’on peut dire, y va d’une liste franchement alarmiste, que je me permets de reproduire ici :

  • Le contrôle des frontières de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis, des pays européens et d’autres pays du G8, devenu G10, a été délégué à un gigantesque consortium privé omniscient : BorderGuard. Grâce à son concept de « frontière intelligente », les humains dotés de papiers biométriques passent les frontières en quelques secondes, tandis que les autres en sont largement dissuadés.
  • Big Brother fait aussi de la ‘pub’ : alors que le porte-monnaie est enterré et la carte bleue à l’agonie, les puces RFID implantées dans le bras se chargent du payement. Des publicités personnalisées sont affichées directement dans les magasins en fonction du profil du consommateur. Et si celui-ci a la mauvaise idée d’effectuer un achat jugé « non-conforme à ses habitudes », il risque un blocage préventif de ses moyens de payements. En 2016, on racontera parfois qu’une personne s’est fait amputée du bras dans un recoin sombre. Mais l’Etat l’assure, c’est une simple légende urbaine…
  • Suivis dès le berceau, les jeunes britanniques seront vite habitués à cette surveillance permanente. Leurs faits et gestes, leur présence à l’école, leurs notes, ce qu’ils mangent à la cantine, les résultats de leurs tests anti-drogues réguliers… Tous ces éléments seront consultables par leurs parents, mais aussi par l’Etat et par des sociétés tierces.
  • Total Social Solution, un autre consortium, fait régner l’ordre et la sécurité. Les riches vivent, rassurés, derrière des murs de barbelés et de caméras. Aux portes, des gardiens surarmés. Les autres, sont soumis au Plan de Comportement Personnel, qui comme dans Minority Report, prévoit les probabilités de crimes en fonction de certains critères sociaux. Pour assurer une efficacité maximale, TSS transforme la CCTV en OCTV (Open-Circuit Television) : les retraités peuvent à loisir se connecter sur les différentes caméras de surveillance de leur région, pour reconnaître un criminel et donner l’alerte. De même, certains se portent volontaires pour enregistrer et communiquer toute leur vie : les gens qu’ils croisent, les conversations qu’ils entendent…
  • Omniprésente, la vidéosurveillance est devenue invisible. Caméras, senseurs et barrières ont été discrètement intégrées à l’architecture urbaine. Les hommes des Renseignements Généraux sont au chômage technique. Désormais, les manifestations politiques sont observées de très haut par des drones…
  • Les Britanniques doivent choisir entre liberté et aide sociale. En principe, en 2016, les Britanniques sont libres de refuser les puces, les dossiers électroniques… Mais en pratique, ils abandonnent ainsi le droit de prétendre aux postes de fonctionnaires, aux logements aidés, ou aux prêts étudiants. Quelques communautés refusent ce modèle et vont s’installer à la campagne. D’autres, activistes, artistes, et autre tenants de la « sousveillance », choisissent la résistance active. Ils déposent des générateurs à micro-ondes près des lecteurs RFID, aveuglent les caméras à coup de paint-balls…

J’en profite pour signaler aux éventuels Liégeois qui passeraient par ici qu’un Collectif liégeois contre la vidéo-surveillance est actuellement en cours de création et qu’il a besoin de forces vives pour mener à bien les tâches qu’il s’est donné la mission de réaliser.

Notes

[1Dont le prénom, comme on a déjà eu l’occasion de le dire, n’est pas Richard.

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