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« La publicité fait partie de la vie »

samedi 11 novembre 2006, par François Schreuer

Ça dit : « Annonceur : le papa. Cible : le reste de la plage. Le message : “Je suis le meilleur papa du monde”. Stratégie : Construire le plus beau château de sable. » D’où vient cette prose lamentable ? D’une campagne de pub pour la pub (qui en a visiblement bien besoin).

Oui, vous avez bien lu, le « Conseil de la publicité » [1] fait de la publicité pour promouvoir le concept de la publicité — dont on dirait qu’ils finissent par se rendre compte qu’il insupporte une bonne partie de la population —, publicité qui serait légitime au motif que « tout le monde en fait ». Pour prouver cette assertion absurde, rien d’un tel qu’un exemple avec une photo. D’où l’appel à ce papa et à sa fille en train de construire un château de sable sur la plage.

Il me semble qu’on saurait difficillement mieux résumer que par cette campagne obscène tout ce qu’il y a d’essentiellement avilissant dans le système publicitaire. Si le papa fait un château de sable ; plus encore si le papa est papa — parce que son enfant lui-même est manifestement réduit à un rôle purement instrumental dans la stratégie de communication du papa —, c’est pour faire savoir au monde qu’il est un « le meilleur papa du monde » [2]. Le caractère désintéressé, généreux, social, éducatif, instructif,... de la plupart de nos interractions humaines n’est pas seulement ignoré (ce que la plupart des publicités se contentent de faire en faisant simplement appel à d’autres aspects de notre humaine condition), il n’est pas non plus récupéré (ce qui est une stratégie plus perverse mais de plus en plus courante, qu’on retrouve dans des publicités plus élaborées), il est ouvertement nié !

Il s’agit rien moins que de légitimer la publicité au nom — en vertu du principe selon lequel plus c’est gros mieux ça passe — du fait qu’elle serait inscrite dans la nature humaine.

Y’a des jours où on a juste envie de tout brûler.

Notes

[1Les mêmes que ceux qui prétendent « autoréguler la profession », mwouarf.

[2Notez, pour ajouter un brin d’analyse lexicale à ceci, qu’il ne s’agit pas seulement d’être un « bon » papa, mais d’être « le meilleur papa du monde ». L’inféodation de ce discours à l’idéologie nauséabonde qui sert de doxa à notre société spactulaire et consummériste est vraiment poussée très très loin. Soit dit en passant, on se demande d’ailleurs bien à quoi cela pourrait bien servir dans la mesure où le message ne s’adresse pas aux personnes que cela concerne — l’enfant, sa mère — mais au « reste de la plage », qui est « la cible » — les mots ne sont jamais innocents).