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Les demi-mesures du ministre de la santé contre le tabac

mercredi 3 janvier 2007, par François Schreuer

L’an nouveau coïncide en Belgique avec l’entrée en vigueur de nouvelles mesures réglementaires retreignant la consommation de tabac dans divers lieux publics. Certes, tout pas en avant est sans doute bon à prendre, mais je suis quand même frappé par le manque d’ambition affiché par le ministre de la santé, Rudy Demotte, plus soucieux semble-t-il de ménager les intérêts économiques supposés [1] des exploitants de cafés — voire de l’industrie tabatière — que de protéger la santé des millions de personnes qui doivent encore au jour d’aujourd’hui subir régulièrement la nuisance inadmissible et mortelle [2] du tabagisme passif.

À ce manque d’esprit de décision — malheureusement très typique des politiques des plus retenues et inféodées aux logiques économiques, qui sont bien souvent tout ce dont sont encore capables nos gouvernants en Belgique —, qui s’assimile à mon avis à une faute au vu des nuisances sanitaires importantes que l’on devra continuer à tolérer, il y a le caractère visiblement ubuesque de la distinction qui est instaurée entre restaurants et autres établissements, distinction qui est pour ne rien faciliter agrémentée de moults dérogations et autres cas particuliers, distrinction qui requiert par conséquent la pratique d’une sorte de casuistique jésuite, d’une herméneutique juridique totalement dérisoire et absconse, mais distinction qui est censée marquer la frontière au travers de laquelle ne peut pas passer le tabac,.... ce qui donne forcément lieu à des situations drôles ou juste affligeantes, dont on a pu avoir un aperçu en lisant la presse de ces derniers jours.

On reste donc au milieu du gué, englué dans une sorte de situation intermédiaire qui compliquera la vie de tout le monde à commencer par celle des exploitants du secteur HoReCa et qui vera se poursuivre ce scandale du tabagisme passif, particulièrement pour le personnel travaillant dans les cafés qui continuera à inhaler sur son lieu de travail les émanations toxiques provenant de la pratique du tabagisme. Il règne sur ce sujet des travailleurs exposés au tabac de par leur activité professionnelle une sorte de silence gêné, que les fumeurs — par ailleurs de plus en plus nombreux à d’indigner des restrictrions qui sont mises à leur « liberté » de fumer — se gardent bien, en particulier, de ne pas évoquer et sans doute de chasser de leur esprit chaque fois qu’ils en grillent une sous le nez d’un serveur — silencieux lui aussi car il est bien connu en ces temps troublés que « quand on a du travail, on n’a pas à se plaindre ». Je dois dire que je trouve cette situation purement affligeante et qu’il me semble plus que jamais urgent de réclamer une interdiction généralisée du tabac dans tous les lieux publics, et particulièrement que soit mis un terme à cette exposition des travailleurs à des nuisances qui risquent d’affecter gravement leur santé.

Il me semble d’ailleurs, compte tenu de l’état des connaissances — le lien désormais bien établi entre le tabac et diverses pathologies graves —, qu’il devrait être possible à un travailleur exposé au tabac d’attaquer l’Etat pour défaut de prévoyance ou quelque chose du genre. Je ne suis pas juriste (et ne m’avancerai donc pas plus loin) et serais heureux qu’une personne avertie me dise ce qu’il en est. Il me semble en tout état de cause que, face à la puissance des lobbys favorables au tabac, il est nécessaire d’accentuer la pression manifestement insuffisante en faveur du droit de chacun qui le souhaite à respirer de l’air pur. À cet égard, les nouvelles dispositions devraient permettre de commencer quelque chose comme un boycott des établissements qui restent irrespirables dans la mesure où il va devenir possible — grand acquis — de trouver des lieux sans fumée.

Notes

[1Et très largement exagérés, comme le montrent les exemples étrangers d’interdiction totale du tabac.

[22500 fois par an dans ce pays ; sans compter toutes les conséquences non mortelles de cette exposition tabagique.