Les archives des Bulles

Bilal décevant

vendredi 30 mars 2007

Je dois dire que je l’attendais avec beaucoup d’impatience ; j’étais passé deux ou trois fois à La Marque jaune avant qu’il n’arrive enfin et que je puisse mettre la main dessus. Mais la (trilogie devenue) tétralogie du monstre, d’Enki Bilal, se termine en eau de boudin. Il faut dire que ça avait commencé très très haut, avec Le Sommeil du Monstre qui reste une des meilleurs bandes dessinées qui me soit jamais passée entre les mains. Le scénario de Quatre ? est quant à lui quelque peu bancal, mal ficelé, ou avec de trop grosses ficelles ; le chatoyant univers bilalien reste bien présent mais ne se déploie plus guère, les géniales trouvailles graphiques et scénaristiques des précédents épisodes ne trouvent pas d’équivalent dans ce dernier opus, visiblement un peu baclé (le départ des Humanoïdes associés pour passer chez Casterman ne semble par réussir à Bilal — les éditeurs trop commerciaux ont sans doute leur intérêt pour le portefeuille des auteurs ; ils ont aussi leurs inconvénients pour la qualité de la création, sans doute).

Autre regret : les thématiques politiques et philosophique (Sarajevo, le totalitarisme, la société de surveillance, le rapport à la technique, Israël, l’art contemporain,...), très présentes dans les précédents épisodes (et dans toute l’oeuvre de celui qui s’est notamment imposé avec Les Phalanges de l’Ordre Noir), disparaissent malheureusement quasiment de Quatre ?, pour ne laisser place qu’à la mutation apocalyptique et un pourtant peu plate d’Optus Warhole et aux affaires de coeur des quatre héros.

Il y a aussi dans cet dernier épisode la rupture assez nette avec cette tangeante entre réalisme et fantastique sur laquelle Bilal s’était maintenu en équilibre jusqu’ici avec beaucoup de talent ; l’univers techno-futuriste dans lequel on évoluait jusqu’alors était certes très dépaysant mais il demeurait grosso modo plausible. Ici, avec la solution (?) de l’énigme du « site de l’aigle » qu’il nous donne, on verse définitivement dans le fantastique le plus... imaginatif. Un peu facile.

Restent le dessin, l’ambiance, les personnages (à l’exception de Warhole qui subit comme on l’a dit une nouvelle transformation) qu’on retrouve avec un énorme plaisir qu’il serait malvenu de dissimuler.