"Petites" précisions.
Le moteur à air comprimé (et non à eau, comme tu le dis pour Tata) n’est pas une solution face à l’épuisement des énergies et aux pollutions : l’air comprimé n’existe pas et, pour en produire, il faut... de l’énergie. Ce n’est donc qu’un vecteur énergétique, tout comme l’électricité ou l’hydrogène.
Par contre, contrairement à ces derniers, l’air comprimé est bien moins souvent présent dans les médias et, donc, séduit plus les "alternatifs". Cette moindre présence ne s’explique pas par une efficacité significativement moindre ou par des défauts techniques rédhibitoires mais à cause de sa trop grande simplicité qui ne séduit pas les industriels qui n’y voient pas (et pour cause) une source importante de revenus que ce soit grâce à la valeur ajoutée lors de la construction ou grâce aux entretiens et réparations. Ce n’est en effet pas le bricoleur averti qui pourrait chipoter à sa pile à combustible, à ses circuits d’hydrogène, à ses batteries Li-ion ou à un moteur électrique autosynchrone.
Mais passons en revue des avantages et inconvénients de ce système.
Je l’ai déjà évoqué : le système est simple. Mais, en plus, cette simplicité le rend léger, sauf pour le réservoir qui doit être très solide. Par rapport aux deux vecteurs médiatisés, ce n’est cependant pas grave : les batteries sont lourdes elles aussi et le réservoir d’hydrogène encore plus (ce qui nous amène au deuxième point).
Ce système est bien plus sûr que l’hydrogène, qui est un gaz détonnant en mélange avec l’air. Il faut donc un réservoir encore plus solide (et plus lourd) pour éviter qu’il soit endommagé en cas d’accident. De plus, l’hydrogène est la molécule la plus petite au monde et il n’y a quasiment aucun matériau qui puisse le retenir : à cette échelle, c’est trop poreux. En plus, la manipulation de l’hydrogène à extrêmement délicate, même en milieu industriel. Alors pensez ce que ce serait à la station service...
Le plein d’air comprimé est très simple. On peut le faire chez soi mais c’est lent (moins cependant que la charge des batteries (et sans l’usure de celles-ci)) et énergétiquement peu efficace. Dans une station service, relier son réservoir à une énorme réserve de gaz comprimé ne devrait pas rendre le plein plus long que celui d’une voiture à essence.
Qu’on la fasse chez soi ou a plus grande échelle, la compression de l’air a un gros problème : ça chauffe ! C’est la même chose que dans le tuyau de la pompe à vélo quand on gonfle son pneu. Le réservoir (individuel dans sa voiture ou collectif aux stations service) et son contenu deviennent chauds. Ensuite, la chaleur se dissipant, la pression rediminue dans le réservoir. Pour rééquilibrer la pression, il faut à nouveau comprimer de l’air. Cette chaleur perdue est une des plus grosses pertes énergétiques inhérentes à ce système.
L’autonomie est limitée par la taille des bombonnes. Petite particularité amusante concernant l’autonomie : le débit d’air influe sur la température du réservoir. En effet, lors de l’utilisation, l’air contenu dans les bombonnes se détend et refroidit (comme le gaz de la cartouche de la lampe de camping). Si on roule vite ou si on transporte une charge élevée, la température baisse d’autant plus rapidement que le réservoir se vide. Or, un air froid a moins de pression et il faut donc en utiliser encore plus pour maintenir la puissance voulue. Cependant, si on a utilisé trop intensément les ressources d’air comprimé, il suffit de laisser reposer la voiture, de préférence au soleil, pour pouvoir encore rouler un petit peu. En allant à son aise, le réservoir a plus le temps de se réchauffer au fur et à mesure. Chi va piano va sano. Chi va sano va longano.
Il faut ajouter un système de chauffage pour l’habitacle en hiver, avec un réservoir d’énergie (batterie ou autre).
Le système est silencieux.
Le système ne résoud pas le problèmes des ressources en énergie (on l’a déjà dit) mais pas non plus l’insécurité routière, l’engorgement des routes et les nuisances dues aux infrastructures dédiées aux automobiles.
Le système Pantone est bidon. Bien sûr, les moteurs qui en sont équipés tournent et consomment moins mais au prix d’une perte d’efficacité : la place prise par l’eau dans les cylindres n’est plus disponible pour le mélange air/carburant. Moins de mélange dans les cylindres, c’est exactement ce que l’on obtient... en appuyant moins sur l’accélérateur, méthode bien plus simple et efficace n’entrainant d’invalidation de la garantie du constructeur.
Le test du mouchoir blanc à la sortie du pot d’échappement n’est nullement une preuve de moindre pollution, celle-ci se trouvant ailleurs :
- les suies sont filtrées dans le bulleur et s’y accumulent ;
- les hydrocarbures les plus lourds sont ceux qui produisent le plus de suies or ce sont eux qui sont le moins volatils et qui sont donc moins entraînés par le flux de bulles. Ils s’accumulent donc eux aussi dans le bulleur.
Au final, on a donc un bulleur qui s’encrasse et il faut bien se débarasser de ces merdes. (À l’égoût ?)
Autre source de pollution des moteurs "normaux" : les oxydes d’azote (surtout dans les diesel mais aussi dans les moteurs à essence dont le catalyseur est vieux et encrassé ou n’ayant pas encore eu le temps de chauffer (ce qu’il n’a d’ailleurs pas le temps de faire lors de petites courses)). Le système Pantone permet en effet de les diminuer mais de la même manière qu’un système de recirculation des gaz d’échappement, comme il en existe sur les moteurs diesel récents (voir le lien). Possesseurs d’un moteur diesel ancien et intéressés par Pantone, essayez plutôt de bricoler ce système.
Le réacteur Pantone (autre élément principal du système avec le bulleur) porte mal son nom : rien ne peut y réagir. Passons en revue les différentes hypothèses que j’ai croisées sur les sites parlant du système Pantone.
« La température des gaz d’échappement permettrait d’effectuer un vapocraquage des hydrocarbures. » Le (vapo)craquage permet, en effet, d’obtenir des molécules d’hydrocarbures plus petites à partir de plus grosses. Les plus petites brûlent en effet plus aisément et produisent moins d’imbrûlés. Cependant, la température nécessaire (plus de 800°C) est bien supérieure à celle des gaz d’échappement à la sortie du moteur (max 700°C pour un moteur que l’on fait souffrir). De plus, on l’a vu plus haut, ce sont déjà les molécules les plus légères qui sont entraînées par le flux de bulles et un craquage est donc superflu. (Variante : « L’eau se déconpose en hydrogène et oxygène sous l’effet de la chaleur. » Là encore la température est insuffisante, sinon, c’est ce qui se passerait dans la chambre de combustion or c’est l’inverse qui se passe : l’eau est un des produits de combustion. De plus, cela voudrait dire que la chaleur produite par la combustion permettrait de "recréer" du combustible mais on ne peut produire plus d’énergie que l’on n’en consomme...)
« Un plasma apparaîtrait dans le réacteur. » Encore plus que pour le point précédent, les conditions de température (ou d’énergie fournie) et de pression requises sont loin d’être atteintes.
« Un champ magnétique se crée et il est même nécessaire d’orienter le réacteur dans l’alignement du champ magnétique terrestre pour en amorcer le fonctionnement. » Au-delà du fait qu’il est peu problable qu’un champ magnétique se crée, l’histoire du champ magnétique terrestre me fait bien rire : il est tout juste capable de faire bouger la légère aiguille flottante d’une boussole (ou d’aider des animaux lors de leurs migrations). Un simple bout de métal à proximité suffit à le faire varier localement (et que dire d’un fil où passe du courant ou d’un alternateur !) Partisans de cette thèse, faites donc cette expérience : observez l’orientation d’une boussole à différents endroits de l’intérieur d’une voiture équipée d’un système Pantone lorsqu’elle est 1° moteur coupé, 2° moteur "normal" lancé, 3° moteur lancé avec système Pantone activé. Si vous arrivez à me montrer une différence inexpliquée entre les situations 2 et 3, je vous offre une tonne de prunes (peu cher payé en comparaison du Nobel de physique qui nous attendrait...)
« C’est un phénomène inexpliqué. » C’est possible. Si c’est vrai, Paul Pantone mériterait le prix Nobel et bien d’autres pour avoir ouvert la voie à une nouvelle physique. Mais je crois, pour ma part, qu’il s’agit d’un phénomène déjà bien connu et qui relève de la psychologie : il y a des choses auxquelles on a envie de croire et, plus on y croit, plus on y voit des signes que ça existe. (C’est d’ailleurs de là que viennent les superstitions au sens large mais c’est un propos encore plus large.)
Au final, je me dis que le "réacteur" Pantone ne sert qu’à une chose : refroidir les gaz d’échappement avant qu’ils n’arrivent dans le bulleur au risque de faire s’enflammer (ou exploser !) le carburant qui s’y trouve...
Et puis, n’oubliez pas, soyez critiques envers TOUS les sujets du JT et pas uniquement envers ceux qui traitent de choses qui ne vous plaisent pas... ;-)