Les archives des Bulles

Avenir du Gracq : courrier au ministre Antoine

vendredi 1er juin 2007, par François Schreuer

J’ai reçu ce matin un message du Gracq, le groupement de réflexion et d’action des cyclistes au quotidien, asbl dont je suis membre, qui disait ceci :

Si vous vous sentez concernés par les politiques de mobilité en général et les mesures en faveur du vélo en particulier, sachez que le GRACQ – Les Cyclistes Quotidiens asbl vit des heures difficiles : laissé depuis le début de l’année dans l’incertitude sur la reconduction de ses subsides wallons, le GRACQ s’est vu dans l’obligation de notifier leur préavis à trois de ses permanents.

En envoyant le texte ci-dessous aux différents candidats du cdH, le parti du ministre wallon des Transports, vous manifesterez votre inquiétude au sujet de la survie de l’association francophone de défense des intérêts des cyclistes et votre souci d’une politique publique respectueuse du travail associatif.

Suivait une liste de contacts ainsi qu’une lettre-type à leur adresser.

Fort concerné par la question et par ailleurs plutôt remonté contre la politique de mobilité wallone, comme j’ai eu l’occasion de l’écrire ici, je me suis donc fendu d’un courrier au ministre Antoine, dont je mets copie ici en me disant qu’il n’est pas vraiment discourtois de révéler le contenu de cette correspondance extrêmement peu personnelle qui ne sera probablement même pas lue par le ministre en question et qu’il est peut-être possible de donner un peu plus de poids à mon courrier en le rendant disponible sur le net.

Monsieur le ministre,

J’apprends que l’avenir du Gracq, asbl dont je suis membre, se trouve menacé en raison de la perte probable ou possible de subsides dépendant de votre ministère. Je me permets dès lors de vous écrire pour vous demander de veiller à ce que cette éventualité tragique pour cette association n’advienne pas.

L’attention portée aux cyclistes par les pouvoirs régionaux wallons n’est déjà pas très grande — particulièrement en ce qui concerne le ministère wallon de l’équipement et des transports qui ne se préoccupe guère d’aménager pour le vélo les voiries qui relèvent de sa charge. Il serait regrettable de voir encore empirer la situation, d’autant plus que tous les membres de votre gouvernement semblent s’accorder, du moins lorsqu’ils font des discours, sur l’extrême importance qu’il convient d’apporter aux enjeux environnementaux, ce en quoi ils ont bien raison. Comprenez qu’il sera difficile pour le citoyen que je suis d’accepter ces discours récurrents tout en observant que les pratiques vont dans le sens inverse.

Le vélo est pourtant, vous n’êtes pas sans le savoir, un des moyens importants qui permettraient de faire évoluer notre société vers une moindre consommation énergétique, vers une réduction de l’émission de CO2 mais aussi de celle des particules fines extrêmement dangereuses pour la santé que rejettent certains types de moteurs, vers un environnement urbain plus agréable pour tous, vers une réduction du nombre de morts sur la route (si du moins le MET se décide à enfin accompagner cette évolution de société en prévoyant les équipements nécessaires pour protéger les cyclistes), etc ? Comment se fait-il, dans ces conditions, que vous accordiez aussi peu d’importance au vélo ? Comment se fait-il que vous n’ayiez pas l’élémentaire présence d’esprit — permettez-moi de vous le demander — de veiller à ce que non seulement les associations cyclistes puissent continuer à exister, mais puissent aussi se développer et inciter de très nombreux habitants de ce pays à abandonner enfin leur voiture pour utiliser le vélo lorsque c’est possible ?

Je vous prie d’agréer, Monsieur le ministre, l’expression de ma considération respectueuse.

François Schreuer
cycliste quotidien

Je n’ai toutefois pas voulu en rester là et j’ai également écrit un petit courriel au Gracq, qui me semble être ici victime de son attitude trop lénifiante qui a fait que le ministre s’est dit qu’il ne risquait rien en sucrant ses subsides.

Madame,

J’ai envoyé un courrier au ministre Antoine comme vous le demandiez,
dont je vous ai mis copie.

Soit dit en passant, je ne comprends pas trop bien pour quelle raison vous suggérez d’écrire à quelques mandataires épars du parti de ce ministre, choisis selon je ne sais pas exactement quels critères — sans
doute serait-il de loin préférable d’écrire à tous les membres du gouvernement, voire à tous les parlementaires wallons — lesquels sont en principe chargés d’en assurer le contrôle ; même si, à l’observation,
pareille affirmation prête à sourire, ce n’est pas une raison pour exonérer nos représentants de cette tâche essentielle — plutôt que d’entériner comme vous le faites implicitement une « particratisation » de la décision politique.

Quoi qu’il en soit, je me permets également de suggérer que le Gracq se montre bien souvent trop docile, trop peu incisif, incapable pour tout dire de dénoncer avec la verdeur requise les insuffisances gravissimes
qui entâchent et souvent constituent les politiques de mobilité, sans doute plus en Wallonie, où j’habite, qu’à Bruxelles. Je n’ignore pas que vous dépendez à maints égards de la bonne volonté des édiles — la
présente situation le confirme si besoin était —, que vous êtes engagés dans des discussions et des collaborations avec certains pouvoirs locaux qui compliquent une prise de parole trop ouverte de votre part. Il n’empêche qu’à force de vouloir préserver ces bonnes relations, vous finissez par ne plus avoir aucun rapport de force et donc aucune influence autre que celle que l’on veut bien vous consentir, que le potentiel électoral supposé du « lobby des cyclistes » (qui est probablement dérisoire par rapport à celui des automobilistes — à suivre une telle logique on sera perdants à tous coups) ce qui est hautement préjudiciable à l’avancement de la cause des cyclistes et à la lutte pour la préservation de l’environnement.

Je souhaiterais que le Gracq soit plus offensif, organise très régulièrement des actions de protestation les plus diverses pour non seulement mettre les pouvoirs publics face à leurs insuffisances — et acquière de ce fait une influence qu’il n’a pas aujourd’hui —, mais aussi pour obliger la majorité de nos concitoyens qui continuent à se comporter de manière irresponsable vis-à-vis de l’environnement à assumer leurs responsabilités ou au moins à se rendre compte que leur automobilisme n’est pas sans conséquences sur notre avenir commun (et accessoirement sur les poumons et la sécurité des cyclistes).

Je reste en tout état de cause attaché à l’existence d’un mouvement cycliste, raison pour laquelle j’ai adhéré à votre association, et reconnaissant du travail important que vous faites au quotidien.

Bien à vous,

François Schreuer
membre

Précisons, répétons — car ce genre d’interpellation sur le net n’est pas encore rentrée dans notre culture politique et heurte parfois certaines personnes —, que le Gracq est une structure utile, indispensable, qui fait globalement du plutôt bon travail. Elle manque simplement, pour ce que j’en ai vu jusqu’à présent, du mordant qui lui permettrait de jouer son rôle beaucoup plus efficacement à mon avis.

Dans le même temps, il faut sans doute dire et admettre, à la décharge du Gracq, que la liberté de ton consentie aux associations environnementales est probablement nettement moindre que celui dont bénéficient d’autres types d’associations subventionnées et là où la fédération des étudiants pourra s’opposer frontalement à une politique ou à un gouvernement sans encourir de mesures de rétorsion trop immédiates, la liberté de parole mal calculée d’un responsable associatif environnementale pourra sans doute avoir des conséquences catastrophiques pour l’association en question. Cette situation est sans doute en bonne partie le reflet des immenses contradictions qui traversent le discours des principaux partis politiques entre d’une part un parti-pris ouvert pour le productivisme le plus forcené et, d’autre part, l’intrégation à reculons de la thématique environnementale à laquelle ils sont bien obligés de prêter attention. Pour le dire autrement, la plupart des politiciens de ce pays se sont mis, de gré ou de force, à tenir des discours prenant en compte l’environnement tout en restant foncièrement des représentants du lobby de la bagnole. Dans ces conditions, on comprend que les sensibilités soient exacerbées. Cette situation n’est cependant nullement une fatalité et la liberté de parole se prend et ne se reçoit pas. C’est aussi en allant au clash et en gagnant des combats qu’un mouvement comme le Gracq s’affirmera.

Messages

  • Bonjour,

    Je ne peux pas m’empècher de rapprocher cette information sur la réduction possible des subsides d’une association de cyclistes quotidiens avec le communiqué de presse suivant, publié aujourd’hui :

    La Région wallonne veut relancer les anneaux cyclistes non utilisés

    REBECQ 04/06 (BELGA) = Le ministre wallon des transports, André
    Antoine, a détaillé lundi, à Rebecq, le plan Vélo du gouvernement wallon,
    qui prévoit différentes dépenses d’infrastructures et une journée sans
    voiture en septembre. Au programme figure aussi la redynamisation des
    anneaux cyclistes construits il y a quelques années par la Région wallonne
    à Ans, Gilly, Jemelle et Rebecq. Pour ceux-ci, la Région a prévu de
    financer entièrement l’éclairage des installations, et de confier à la
    fondation Vélove l’élaboration d’un programme d’animation.

    Parmi les mesures inclues dans ce plan Vélo, on trouve les engagements
    pris et les annonces faites il y a quelques semaines de terminer en deux
    ans les 400 km de Ravel encore en projet, la création d’un maillage
    d’autres itinéraires pour rejoindre ces voies lentes, un budget pour
    l’entretien des pistes cyclables existantes, et l’organisation d’une
    journée sans voiture en collaboration avec les communes wallonnes
    volontaires, le 23 septembre 2007.

    Le gouvernement wallon a chargé la fondation Vélove, une émanation du
    Tour de la Région wallonne (TRW), de relancer l’activités sur les quatre
    anneaux cyclistes créés il y a quelques années dans quatre localités
    wallonnes (Gilly, Ans, Jemelle et Rebecq) mais peu utilisés. Un budget de
    150.000 euros sera confié pour cela à la fondation, et servira notamment à
    installer de l’éclairage sur ces infrastructures.

    « Ces anneaux cyclistes ne sont pas des pistes réservées aux sportifs.
    Ils avaient été créés à l’époque pour être accessibles au grand public.
    Mais cela n’a pas fonctionné, sauf pour Ans où il y a pas mal d’activités,
    parce que la Province de Liège s’est impliquée. Notre mission pour les
    relancer s’appuiera sur des relations que nous avons déjà avec des
    éducateurs, les moniteurs sportifs, etc. Tout un programme d’activités
    sera défini », a expliqué Yves Vanassche, le directeur général du TRW.

    La fondation Vélove pourrait aussi être associée à un projet
    d’organisation du championnat du monde cycliste 2012 dans la Région de
    Francorchamps. La candidature va être soumise aux instances
    internationales du cyclisme et André Antoine a assuré qu’elle avait le
    soutien du gouvernement wallon./.ALB/MVM

    ./.

    041513 JUN 07

    Où sont les priorités wallonnes ?

    D’un côté on malmène les associations citoyennes qui défendent le vélo au quotidien... de l’autre, on investi dans des anneaux cyclistes "non réservés aux sportifs" (sic) et on essaye de faire venir le championnat du monde cycliste à Francorchamps.

    Y’en a décidément, qui ne reculent devant aucun argument ... même les plus bancaux... Car si les anneaux cyclistes ne sont pas "réservés" aux sportifs ... ils sont bien conçus pour eux, et utilisés par eux exclusivement !!!
    Tourner en rond n’a, par définition, rien à voir avec le déplacement, qu’il soit utilitaire ou de loisir ...

    Le cyclisme sportif, lorsqu’il est propre, est une activité tout à fait louable , que les pouvoirs publics doivent soutenir ...

    Mais est-ce le rôle du Ministre des Transports ?

    C’est vrai que celui-ci est aussi candidat en campagne ... et qu’en cette saison, la priorité est sans doute de faire parler de soi ... et peu importe avec quoi.

    On peut à tout le moins espérer pour le Gracq que cette politique sportive et de promotion personnelle du Ministre-candidat ne se fasse pas sur son dos... que le financement de l’équipement et la promotion des anneaux cyclistes, ne soit pas financée par la baisse de subside à l’association.

    Plus globalement, on peut aussi s’interroger sur la pertinence et le contenu du plan vélo du Gouvernement wallon ... si à l’occasion de de sa présentation, la presse en retient avant tout la valorisation des anneaux cyclistes.

    Et tant qu’à confier la politique vélo à des organisateurs de courses cyclistes, pourquoi ne pas essayer d’engager M. Ecclestone pour supprimer nos problèmes de congestion et de mobilité ? Je l’imagine assez bien, parlant "service minium" avec les syndicats du TEC ou "chainons autoroutiers manquants" avec "papa", notre ministre-candidat-star éthilique et mondiale.

    Aller, je m’arrête ici, sans quoi je vais m’énerver et je risque de devenir franchement démagogique ;-)

  • Le CRACQ n’est plus une association de cycliste ... c’est devenu une officine
    gouvernementale.

    Comme Illich le percevait si bien .... dans "Le Chômage Créateur" 1977,
    Seuil : « Notre
    parti se chargera de l’autogestion des institutions, nous créerons
    des contre-pouvoirs, nous organiserons l’expérimentation sociale... »

    En fait les subsides travestissent complètement l’action citoyenne et la transforment
    en service d’Etat. C’est un moyen, fonctionnant à tous les coups pour canaliser
    et récupérer toutes critiques et oppositions. Comme c’est le cas des
    mutuelles et des syndicats.

    J’ai été membre du GRACQ, je lui préfère aujourd’hui les masses critiques
    et la cyclonudista (dont
    bien sûr le GRACQ ne voit pas l’utilité)

    Je vote pour la suppression totale des subsides aux GRACQ
    .... pour qu’ils reviennent se battre sur le terrain à nos coté, arrêtent
    de se moquer de leurs membres et de jouer le rôle de l’Etat.

    jef