Les archives des Bulles

Dix bonnes raisons de ne pas voter pour Michel Daerden

jeudi 7 juin 2007, par François Schreuer

Alors que nous ne sommes plus qu’à quelques jours du scrutin du 10 juin, j’aimerais lancer un appel à mes concitoyens liégeois qui seraient éventuellement tentés de voter pour la tête de liste du PS, M. Daerden : renoncez à ce dessein funeste, prenez conscience des abîmes dans lesquels cet acte irresponsable pourra nous plonger, tous autant nous sommes à habiter cette région.

Sentez-vous libre de voter pour le parti de votre choix, mais, de grâce, évitez de reconduire les plus pâles, les plus lâches. Et, très particulièrement, évitez de donner à M. Michel Daerden un score qui le rendrait incontournable dans le jeu politique liégeois. Si vous tenez absolument à voter pour le PS, évitez la case de tête et la tête de liste et choisissez quelqu’un qui n’a pas démérité. Que sais-je ? Lisez les « bulletins » que les journaux ont dressé des parlementaires et qui me semblent plutôt corrects. Tenez, par exemple, selon Pan, qui sait généralement de quoi il parle [1], le meilleur des députés socialistes s’appelle Thierry Giet [2] et il est justement liégeois. On cite aussi le nom d’Hassan Bousetta comme quelqu’un de très valable.

Si vous hésitez encore, voici dix raisons de ne pas confier notre destin commun à un personnage aussi irresponsable que l’est M. Daerden.

1. Michel Daerden, c’est un usage clientéliste des fonds publics. Loin, très loin, de se conformer à l’éthique rigoureuse qui sied à un ministre du budget et qui est faite de discrétion et de modestie, M. Daerden met un point d’honneur à identifier à sa personne le moindre équipement dont ses services ont délivré le budget, d’inaugurer la moindre infrastructure rénovée sous l’égide de son ministère, comme si l’argent qui a servi à la réalisation de ces équipements était dû à sa magnanimité princière, comme si l’extension du hall omnisport de Henri-Chapelle était le fait de sa munificence, alors qu’il s’agit bien évidemment d’argent public. Bien sûr, des usages de ce genre ne sont pas isolés, mais, dans le cas de M. Daerden, ils sont poussés à un degré paroxystique. Loin de se préoccuper le moins du monde d’un quelconque intérêt public, chaque investissement réalisé sous sa responsabilité est l’occasion d’un positionnement tactique, d’une négociation, de la récompense accordée à un vassal ou d’une largesse consentie à son fief. De cette approche féodale de la chose publique, M. Daerden ne se cache d’ailleurs pas, expliquant par exemple régulièrement — et particulièrement au moment des élections communales — que son « poste » de ministre est bénéfique à sa commune (et pour cause).

2. Michel Daerden, c’est la pratique du népotisme. J’ignore si notre système politique est le meilleur qui puisse être (en fait, j’ai de fortes suspicions que ce ne soit pas le cas), mais il est une chose certaine, c’est que pour fonctionner, un système libéral-démocrate se doit de donner une chance à chacun d’accéder aux responsabilités politiques, de s’impliquer dans les affaires de la cité. Sans cela, il étouffe très rapidement, pourrit de l’intérieur tout autant qu’il est frappé de discrédit dans la population. Ce refus de l’ouverture démocratique a pour nom le népotisme et c’est selon ce mode de fonctionnement que, sous le règne de M. Daerden, le pouvoir est réparti. Ce phénomène est d’ailleurs loin de se limiter à son fils, — investi très jeune d’un mandat de parlementaire et devenu bourgmestre d’une commune de plus de 30 000 habitants en dépit de dispositions bien minces à l’activité politique —, c’est l’usage normal. Sous « papa » Daerden, les mandats vont aux féaux, aux amis dociles, sont attribués dans l’opacité qui convient à ce genre de pratique arbitraire. Un exemple parmi d’autres [3], la société wallonne du logement épinglait l’année dernière « les pratiques douteuses de la société de logements d’Ans où Michel Daerden est maïeur en titre. Le frère du ministre en est le vice-président et son fils en est le réviseur. » (source : LLB)

3. Michel Daerden, c’est l’opposant principal à la communauté urbaine liégeoise. Il en a été question il y a quelques mois dans les pages de ce carnet, l’avenir de l’agglomération liégeoise passe à n’en pas douter par la constitution d’une communauté urbaine permettant de délibérer en commun des grandes questions qui concernent le devenir de la ville géographique. C’est un enjeu technique, c’est un enjeu politique, c’est aussi et surtout un enjeu démocratique. Là encore, l’obstacle a nom Michel Daerden. La mise sur pied d’un conseil de la communauté urbaine, composé d’élus et dont les débats seraient publics, serait en effet la ruine de la manière qu’a M. Daerden de faire de la politique.

4. Michel Daerden, c’est le glas de la « rénovation » du PS. On pourra longuement gloser sur la « rénovation » du PS, sur la paleur des rénovateurs et le fait que le carrosse de l’empereur Di Rupo semble resté coincé au milieu du gué. Reste qu’il est d’intérêt public pour la Wallonie que le PS rompe avec une série de pratiques de pouvoir. Quoi qu’on en pense, ce processus est bel et bien en cours au sein du PS, même si les « rénovateurs » — toute relative qui soit cette appellation — ont probablement subi un certain nombre de défaites. Bon nombre de ces défaites sont le fait de M. Daerden et de son clan, qui a semble-t-il repris la main après certains revers. Là encore, la Daerden-connexion plombe notre avenir à tous.

5. Michel Daerden, ça a été la confusion des genres avec son cabinet de révisorat. Est-il normal qu’un homme politique soit en même temps réviseur des comptes de multiples organismes publics et para-publics ? Est-il normal d’être juge et partie ? Tout le monde s’accorde à dire que non. Ce n’est pourtant que contraint et forcé que M. Daerden s’est défait des parts de son cabinet « DC & Co ». Reste qu’à son nom ou pas, ce cabinet de révisorat reste un formidable outil de pression sur de très nombreux mandataires publics. Reste que la manière dont il a construit son pouvoir en s’appuyant sur cette structure dit assez tout ce qu’il y a à craindre de cette personne. Notons d’ailleurs que l’affaire du cabinet « DC & Co » est loin d’être terminée, mais les démêlés récents ne concernent plus que Frédéric Daerden, le fils de celui qui nous intéresse ici et nous ne nous attarderons donc pas à en faire la chronique.

6. Michel Daerden, c’est le « tout-à-la-bagnole ». C’est une obsession chez lui, il doit construire des autoroutes. Très jaloux de son collègue Grafé (CDH), à qui l’ont « doit » le tunnel sous Cointe, il est persuadé qu’il pourra laisser son nom dans l’histoire en étalant du béton sur le territoire. Il a donc entrepris de remettre à l’ordre du jour de vieux projets conçus à l’époque de la voiture triomphante et s’apprête notamment à saccager l’Est de Liège en y construisant une nouvelle « liaison » inutile et coûteuse entre Cerexhe-Heuseux et Beaufays (lire ici et ici pour plus de détails), alors que le Wallonie manque d’argent et que les investissements dans les transports en commun sont hautement urgents. Tout démontre l’absurdité de cette entreprise, il n’en démord pourtant pas. M. Daerden n’a en effet pas le moindre intérêt pour l’enjeu social qui se trouve derrière ce dossier (les transports en commun sont une nécessité absolue pour les plus précaires d’entre nous) pas plus, ça va sans dire, que pour l’enjeu environnemental.

7. Michel Daerden, c’est le slogan à la place du programme. Je vous invite à faire l’expérience par vous-même : rendez-vous au local de campagne de l’intéressé, situé sur la place Léopold, à l’arrière de l’hôtel de ville de Liège. Demandez-y le programme. On vous regardera avec un air étonné, on vous donnera éventuellement un vague prospectus photographique et on vous demandera surtout si vous ne préférez pas une affiche du bonhomme à mettre à votre fenêtre. Si vous insistez, on condescendra peut-être à prendre vos coordonnées pour demander au parti de vous envoyer quelque chose tout en vous prenant manifestement pour un original, voire pour un demeuré ou un subversif. Demander le programme, quelle idée ! Comme si ne suffisaient pas les apparitions médiatiques de la star locale — avec la complicité franchement préoccupante d’une bonne partie des médias, comme l’a notamment relevé The Mole à plusieurs reprises.

8. Michel Daerden, c’est un désastre pour l’image de Liège. Chaque Liégeois a pu s’en rendre compte, la notoriété de M. Daerden a largement franchi les frontières principautaires. Cette notoriété n’est certainement pas due au brio avec lequel il s’acquitte de ses responsabilités, elles découle bien sûr exclusivement de ses performances éthiliques et audiovisuelles. Cette image désastreuse ne manque pas de rejaillir sur la région liégeoise dans son ensemble. Alors que les initiatives heureuses se multiplient à Liège, il suffit qu’un ministre vulgaire et aviné, trop fier de lui de surcroît, se ridiculise en direct à la télévision pour que Liège se voie assimilée à une sorte de réserve naturelle pour politiciens paléolithiques.

9. Michel Daerden, c’est l’incapacité à admettre l’opposition. Avec Daerden, vous êtes soit un ami, soit un ennemi. Dans un cas comme dans l’autre, il n’y aura pas de dialogue. Soit vous vous rangez sous sa bannière et vous aurez le droit de faire une photo avec lui pour afficher sur votre site web. Soit vous êtes son opposant et, dans ce cas, il n’aura de cesse de vous faire tomber. M. Daerden est incapable d’envisager un espace public pluraliste, de concevoir la discussion démocratique comme un échange d’arguments. Il ne connaît que la logique stalinienne du nombre, la loi d’airain de la majorité, dans laquelle il veille bien évidemment à se trouver.

10. Bref, en un mot comme en mille, Michel Daerden, c’est la privatisation de la politique. C’est l’assujettissement de la chose publique à un clan et à ses intérêts, c’est l’instrumentalisation de tout ce qui peut être instrumentalisé au service d’un seul objectif : le pouvoir. M. Daerden ne défend pas un projet de société, il cherche juste à prononcer les mots qui peuvent lui assurer le suffrage des foules. M. Daerden ne se comporte pas comme un mandataire public soucieux de l’intérêt commun, il est un chef de bande.

Il importe dès lors de mettre un terme à ses méfaits.

N’allez pas croire que l’illustration de cette page est un montage ou une odieuse mise en scène. Cette photo est tout simplement tirée de la page d’accueil du propre blog du personnage.

Notes

[1Les autres titres de la presse ne disent d’ailleurs pas autre chose.

[2Même si, comme je l’ai signalé récemment, il n’a guère brillé lors du débat organisé par la Ligue des droits de l’homme.

[3La mise en évidence de ces pratiques de nomination demande une très bonne connaissance de la géographie de la galaxie Daerden, il est plus simple de montrer les choses quand c’est la famille qui est impliquée.