Les archives des Bulles

Le lobby des bétonneurs n’a peur de rien

lundi 18 juin 2007

Selon l’agence Belga, les lobbys du béton et de la bagnole ont une idée (on pourrait même dire une idée fixe vu qu’ils avaient déjà sorti identiquement le même projet il y a deux ans). Considérant sans doute que les bénéfices de leurs affiliés ne sont de toute évidence point encore suffisants, l’Association belge de la route et la Road Federation Belgium sont en effet convaincus qu’il est d’utilité publique de créer un tunnel routier d’une dizaine de kilomètres dans le sous-sol des communes du Sud de Bruxelles (en bleu fluo sur le graphique), afin de « boucler » — sous Uccle, Watermael-Boitsfort et la Forêt de Soignes — le ring de Bruxelles, dont le tracé — bel et bien bouclé, pourtant — pousse actuellement jusqu’à Waterloo. Coût annoncé de ce tunnel ? Un milliard d’euro (autrement dit deux ou trois quand tout aura été calculé).

On se permettra de penser que c’est toujours le même cirque : on retrouve la rhétorique — parfaitement abusive — du « chaînon manquant » (sic), exactement comme pour les deux nouvelles autoroutes que veut construire la région wallonne (à l’Est de Liège et au Sud de Charleroi). On retrouve l’inconscience totale face à la bagnole — en particulier l’ignorance de cette règle élémentaire en matière de transports qui veut que le bitume attire la voiture, autrement dit que la construction de nouvelles infrastructures développe son usage —, l’absence de toute réflexion en matière de transports en commun (si ce n’est la proposition dérisoire et effrayante qu’un bus pourrait rouler dans ce tunnel et y avoir des arrêts) et a fortiori au sujet des conséquences sociales et environnementales de ces projets bien intentionnés. À l’instar de Liège qui attend le retour du tram et ne risque pas de le voir de sitôt tandis qu’une autoroute inutile va venir saccager sa banlieue Est, la région bruxelloise est pourtant particulièrement pauvre en transports en commun de grande capacité puisqu’elle ne dispose que de deux lignes de métro (et qu’elle attend son RER pour 2016). En fait, on peut même considérer que Bruxelles agonise sous le poids de la bagnole à laquelle il a été laissé beaucoup trop de place dans la ville.

La seule différence est que, jusqu’à nouvel ordre, les pouvoirs publics n’ont pas encore cédé aux sirènes du machin. Espérons que ça dure...