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Trois arguments contre la parité

vendredi 20 juillet 2007, par François Schreuer

La parité — c’est-à-dire l’imposition par la loi de la règle selon laquelle les mandats publics (ou les places sur les listes électorales) doivent être attribués paritairement selon le sexe — est désormais quasiment intégrée dans les moeurs politiques. Là où elle ne l’est pas, c’est qu’elle ne l’est pas encore. Cet acquis politique du féminisme ne me semble cependant pas nécessairement une bonne chose et je souhaiterais donner ici trois arguments trop peu pris en compte lorsqu’il arrive encore qu’on débatte ouvertement de cette question ; ce qui est de plus en plus rare.

1. Il n’est pas souhaitable de hiérarchiser les discriminations.

Il existe, chacun peut le constater facilement, des discriminations diverses dans la manière dont s’organise la société. Parmi cette diversité, aucun argument sérieux ne permet de donner à la discrimination sexiste un statut supérieur à d’autres. Entre une discrimination de type sexiste et une autre de type raciste, pour ne prendre qu’un exemple évident, aucun critère ne permet de distinguer a priori l’une comme plus grave que l’autre. Il n’est par conséquent pas acceptable de fixer des quotas ou de prendre de mesures de discrimination positive pour un certain type de discrimination et pas pour les autres. Il est vrai que la distinction des personnes selon le quota dont elles devraient relever est plus aisée à établir en matière sexuelle que dans d’autres domaines — le nombre des personnes ne se reconnaissant pas dans le binôme des identités sexuelles normales étant suffisamment réduit pour être négligé ici. Cette facilité pratique n’affecte néanmoins pas a priori la violence des discriminations subies et, à moins de rentrer dans une distinction essentialiste que nous réfuterons plus loin, aucun autre critère ne peut être retenu à nos yeux. Or, il est rigoureusement impossible de fixer des quotas recouvrant plusieurs types de discrimination, à moins de faire rentrer les élus de la nation dans de multiples petites cases, si l’on ose dire, ce qui aurait pour simple conséquence de tout simplement vider le vote de sa substance. Par conséquent, la méthode des quotas n’est pas bonne et doit être abandonnée.

2. Contingenter la représentation politique par des quotas est inacceptable.

L’argument pragmatique ne vide cependant pas le problème de sa substance. Il me semble en effet que même si la méthode des quotas était fonctionnellement applicable de façon plus générale, elle pose aujourd’hui un problème bien plus profond encore, qui peut se résumer comme suit : entériner la parité revient à légitimer une approche communautariste du fait politique, c’est-à-dire une approche où la légitimité d’un représentant politique lui vient de l’appartenance à un groupe. En quoi le fait de devoir sa légitimité une appartenance et non à un critère universel est-il problématique ? Simplement au nom du fait que si chacun doit pouvoir prétendre de façon a priori égale à l’accès aux mandats publics, il n’est pas acceptable que la désignation à ces mandats soit basé une appartenance.

Plus prosaïquement, le talent, l’honnêteté, la rigueur ou simplement l’intelligence semblent suffisamment rares dans la sphère très fermée de la représentation politique — et si elle très fermée, c’est d’abord et surtout parce qu’elle est basée sur l’insupportable poids de la particratie sur notre système politique et de la cooptation médiocrate dont celle-ci est souvent synonyme — pour que l’on ajoute à la méthode de sélection de nos représentants des règles supplémentaires susceptibles de nous priver de telle personne qui eût bien rempli son rôle.

Enfin, une politique de quotas est inacceptable en ce qu’elle limite certaines libertés individuelles fondamentales, particulièrement le droit de se porter candidat à une élection. Supposons qu’un groupe de quelques personnes souhaite former une liste pour se présenter à une élection locale — soit une situation ou c’est plus souvent du recrutement de quelques bonnes volontés disponibles qu’il s’agit, plutôt que d’une procédure de sélection à l’intérieur d’un parti organisé —, mais que ce groupe soit sexuellement trop homogène, il lui sera tout simplement refusé le droit de concourir.

3. Une politique de quotas pour des postes en vue ne supprime pas la domination masculine.

La réalité de la domination masculine est un fait incontestable qui se constate encore tous les jours ; par exemple dans la répartition des tâches ménagères entre les femmes et les hommes. C’est de toute évidence de là que provient l’essentiel du problème : si les femmes sont astreintes à des tâches plus nombreuses que les hommes, il est évident que seule une minorité d’entre elles parviendra à trouver le temps de militer en politique. Le problème de l’égalité des sexes est beaucoup moins de permettre aux femmes qui sont arrivées en politique de disposer plus facilement de mandats que de permettre à celles qui n’y sont pas parvenues d’accéder à ce milieu. Bref, plutôt que de soigner le symptôme, c’est de la maladie qu’il importe de se préoccuper, ce qui — bien sûr — est plus facile à dire qu’à faire. Il y a sans doute, il est vrai, le fantasme purement chimérique parmi le personnel politique professionnel de vivre dans un microcosme comme reproduction en miniature du macrocosme humain.

Pour autant, je ne nie bien évidemment pas qu’un certain nombre d’arguments recevables plaident en faveur de la parité. Il ne me semblent cependant pas suffisants pour contrer les inconvénients énumérés ici.

Dès lors, quelle politique antisexiste faut-il mener ? Là est toute la question. Il me paraît cependant préférable de ne pas se bercer d’illusions sur les bénéfices supposés et attendus d’une mesure comme la parité qui n’en aura pas et qui peut au contraire éloigner les préoccupations du problème de l’égalité sexuelle qui reste bien réel, mais que les caciques de la politique estiment probablement résolu depuis qu’ils ont voté les lois sur la parité. Tirer un constat lucide est la première chose à faire quand on souhaite changer une situation.

Messages

  • Un jour on a proposé à ma mère, qui faisait de la représentation à l’UPTR en tant que patronne d’une PME de transports routier, de s’engager en politique. Elle demande pourquoi (ouh un patron qui fait consommer du diesel, le démon absolu). Réponse : vous semblez intéressée par la politique (bah oui elle faisait partie d’un groupe qui traitait directement avec Guy Coeme ou Robert Collignon à l’époque, forcément elle est passionnée de politique) et il nous manque des femmes pour compléter nos listes.

    Donc aux XXIe siècle s’il y a moins de femmes en politique que d’hommes, c’est aussi en partie parce qu’elles en ont souvent rien à foutre.

    Bientôt on imposera d’avoir un quota d’homosexuels au parlement, un quota de belges d’origine Italienne etc. Pour être représentatif et défendre les minorités. Je rigole.
    J’ai rien contre les homosexuels ou les belges d’origine italienne, mais ce sont des belges comme les autres. La nationnalité de leurs parents ou ce qu’ils font au lit, on s’en fout.
    Quant aux femmes, une Onkelinx ou une Lizin démontre que l’homme n’a pas le monopole de la connerie et de la soif de pouvoir (j’adore l’argument : les femmes ont une autre vision de la politique, mon cul chez les femmes comme chez les hommes y a des gens bien pas trop nombrilistes et y a des authentiques connards arrivistes). La nature est bien faite quand même.

  • En résumé, je ne suis pas du tout d’accord. Non que je place la politique de parité au rang de méthode universelle sans défaut mais au nom d’un pragmatisme qui ne ferait pas fi de siècles de lutte pour une plus grande égalité. Les femmes ont le droit de vote depuis moins de 60 ans. Elles ont une représentation parlementaire digne de ce nom (un peu plus de 25 % ? - j’ai pas vérifié) depuis si peu de temps... Le moment ne me semble pas venu d’entamer le fragile édifice en construction :-)

    1. Il n’est pas souhaitable de hiérarchiser les discriminations ? Il me semble souhaitable de luter contre toutes les discriminations. Si une majorité politique existe pour mettre en place un dispositif de lutte contre une seule d’entre elles, faut-il ne pas le mettre en oeuvre au nom de l’absence de majorité pour lutter contre d’autres ? Concernant la représentation féminine dans les assemblées, l’amélioration de l’équilibre montre à mon sens que la politique de quotas porte ses fruits. Je n’y vois pas de hiérarchisation de discriminations mais bien une avancée certaine relative à l’une d’entre elle.

    2. Contingenter la représentation politique par des quotas est inacceptable ? Non. C’est même le principe de base du découpage des territoires en arrondissement électoraux. Selon ta logique, il serait anormal que les luxembourgeois disposent de moins de représentants que les liégeois. Je suppose que tu ne prônes pas une circonscription unique aussi grande que possible pour toutes les élections ? Ce serait une prime dramatique aux caciques imbus de leur pouvoir et qui disposent des leviers médiatiques les plus forts. Quant aux 6 copains qui trouvent qu’ils peuvent proposer des choses positives pour leur commune, s’ils sont incapables de trouver 5 copines qui appuient leurs super idées au point de bien vouloir mettre leur nom sur une liste, franchement : qu’ils ouvrent un club de pétanque.

    3. Une politique de quotas pour des postes en vue ne supprime pas la domination masculine. Ah ? Bon, alors on ne fait rien ? Cela c’est l’argument "Si la solution n’est pas totale et définitive, je ne l’applique pas". Irrecevable en politique. Alors on peut oublier la démocratie. Seuls les puissants ont la possibilité de taper assez fort pour mettre en place des "solutions radicales" à des problèmes. Le principe même de la démocratie est de mettre des limites à la puissance des quelques-uns, non ? Elle faiblit d’ailleurs sur ce point, la démocratie, à chaque avancée du cloaque liber-mondialisé. Le pouvoir financier m’inquiète un tantinet plus que les quotas. Tiens, au fond : combien de femmes dans le cercle des 1000 personnes les plus riche au monde ? :-)

    Pour conclure, je dirais juste que ce sujet mériterait une longue nuit et de nombreuses trappistes ;-) En attendant, moi je suis pour les quotas et si l’on me démontre que l’instauration de quotas basés sur la nationalité des arrières-grands-parents pouvait améliorer la représentativité des belges issus de l’immigration, je pense bien que je serais pour... Pas bon pour mes chances de briller aux prochaines élections, certes, mais bon...

    • Bonsoir Suske,

      Merci pour ce message argumenté. Voici quelques réponses.

      1. Il n’est pas souhaitable de hiérarchiser les discriminations ? Il me semble souhaitable de luter contre toutes les discriminations.

      Mon propos est justement de dire que la parité n’est pas une mesure qui lutte contre la discrimination (la racine du problème) mais seulement contre son symptôme (la faible représentation des femmes en politique). Le fait d’obliger par la loi à une composition paritaire des listes voire des assemblées ou des gouvernements aura certes un effet visible immédiat mais, je pense, peu de conséquences réelles sur la réalité des discrimnation que subissent encore de nombreuses femmes dans différentes circonstances moins visibles (même si je pense que, d’une part, les discrimnations basées sur le sexe sont en net recul, particulièrement dans les jeunes générations et que, d’autre part, il ne faut pas oublier que certaines discriminations sexuelles, même si moins visibles et moins nombreuses, touchent aussi certains hommes).

      Si une majorité politique existe pour mettre en place un dispositif de lutte contre une seule d’entre elles, faut-il ne pas le mettre en oeuvre au nom de l’absence de majorité pour lutter contre d’autres ?

      La question n’est pas tant de savoir s’il existe ou non une majorité pour voter telle ou telle mesure, mais de se rendre compte qu’il n’est tout simplement pas possible d’appliquer une politique de quotas généralisée sans ruiner définitivement le caractère politique de l’élection. Si l’on doit tenir compte du sexe, de l’âge, de l’origine ethnique et peut-être encore d’autres critères, la désignation des élus consistera grosso modo à réaliser un casting répondant à des profils extrêmement précis. L’idée d’un débat public basé sur des programmes politiques et une délibération se perdrait à mon avis dans l’aventure.

      La question fondamentale à se poser porte sur le critère que l’on reconnaît juste pour désigner un élu. Une assemblée doit-elle être démographiquement représentative de la population ? Je ne vois pas beaucoup de raisons de défendre cette idée (même si bien sûr, il est préférable d’avoir de la diversité dans les profils des élus) ; à tout le moins ce critère ne suffit pas. Je pense quant à moi que le seul critère recevable pour la constitution d’une assemblée législative est celui que propose le philosophe Michael Walzer : la capacité à convaincre, tout simplement. Ce critère repose sur le débat politique, l’exposé d’un programme, tout en intégrant éventuellement des dimensions plus personnelles. Ce critère a aussi l’avantage de réfuter le critère technocratique (l’idée qu’un élu doit être reconnu comme "compétent" selon des critères institutionnels et c’est son expertise qui lui donne de la légitimité) tout en ne niant pas que certains ont réfléchi plus que d’autres et son de ce fait plus aptes à décider de l’avenir commun, moyennant bien sûr la reconnaissance populaire.

      On peut aussi se demander si le concept de "discrimination" est réellement fécond, se demander si un concept comme la "domination" n’est pas plus porteur. Le premier vient d’une approche formelle, libérale, de l’égalité, ne se préoccupe que d’égalité des chances. Le second interroge la dimension politique d’une situation. L’enjeu de l’égalité réelle, de l’égalité des conditions, implique de tourner le regard vers les classes populaires et de se demander dans quelle mesure une institution politique leur est ou non ouverte. Or les "quotas" et la notion de "discrimnation" échouent systématiquement à rencontrer cette exigence : on pourra avoir 50% de femmes dans les assemblées, ce n’est pas pour autant que l’accès à la politique se sera nécessairement démocratisé.

      Concernant la représentation féminine dans les assemblées, l’amélioration de l’équilibre montre à mon sens que la politique de quotas porte ses fruits.

      C’est bien le moins qu’on puisse attendre d’une politique de quotas que de voir ce quota appliqué (même si, bien sûr, le quota porte en Belgique sur la composition des listes et non sur les élus, ce qui rend le mécanisme moins automatique).

      2. Contingenter la représentation politique par des quotas est inacceptable ? Non. C’est même le principe de base du découpage des territoires en arrondissement électoraux. Selon ta logique, il serait anormal que les luxembourgeois disposent de moins de représentants que les liégeois.

      Je ne pense pas que ces deux logiques soient similaires. Le découpage en circonscription répond à un besoin de proximité mais ne préjuge en aucune manière d’une quelconque qualité des élus.

      Je suppose que tu ne prônes pas une circonscription unique aussi grande que possible pour toutes les élections ?

      En fait, si, mais dans l’objectif de re-créer un espace public belge réunissant flamand et francophones, obligeant les partis francophones à s’adresser aux électeurs flamands et vice-versa. Mais c’est un autre débat.

      Ce serait une prime dramatique aux caciques imbus de leur pouvoir et qui disposent des leviers médiatiques les plus forts.

      Hum, ça c’est déjà le cas aujourd’hui et en fait, c’est le propre d’une élection : c’est ceux qui sont le plus connus qui ont le plus de voix et c’est ceux qui ont le plus de voix qui sont élus. La taille de la circonscription ne change pas grand chose à l’affaire.

      Quant aux 6 copains qui trouvent qu’ils peuvent proposer des choses positives pour leur commune, s’ils sont incapables de trouver 5 copines qui appuient leurs super idées au point de bien vouloir mettre leur nom sur une liste, franchement : qu’ils ouvrent un club de pétanque.

      Est-ce que « trouver des femmes pour compléter la liste », comme ça se fait partout, dans tous les partis (au moins pour les élections locales), est réellement une mise en valeur des femmes ? Je pense au contraire que ce rôle de « bouche-trou » est franchement peu valorisant sur le plan personnel. Sur un plan collectif, cela dévalorise globalement le rôle des femmes, parfois soupçonnées de n’être là où elles sont que parce qu’elles sont femmes. Pour connaître quelques femmes actives en politique et qui ne doivent rien à personne et surtout pas à la politique de quotas, je sais que cela pèse sur certains d’entre elles. Enfin, je note que, dans de nombreux cas, la confection des listes (surtout au niveau local, où le nombre de candidats n’est pas toujours très élevé) donne lieu régulièrement à cette situation franchement questionnante dans laquelle un homme motivé et disponible doit renoncer à figurer sur une liste en faveur d’une femme peu intéressée et peu disponible qui consent à se présenter pour permettre à la liste de respecter les quotas. Je trouve cette situation tout simplement inacceptable.

      3. Une politique de quotas pour des postes en vue ne supprime pas la domination masculine. Ah ? Bon, alors on ne fait rien ? Cela c’est l’argument "Si la solution n’est pas totale et définitive, je ne l’applique pas".

      Pas du tout. L’argument consiste seulement à affirmer que la parité fait beaucoup de tort à certains principes auquel j’accorde de l’importance tout en ayant pour un effet pragmatique que je juge limité, voire cosmétique. Rien de plus.

      François

    • Bien que je constate avec vous une situation inégale, une domination masculine, je soutiens la confection des listes à parité (et pas forcément la parité dans les élus).

      La parité est une décision politique qui a demandé une majorité de représentant du peuple (on dit encore ça, non ?) pour être mise en place et c’est non négligeable.

      Le fait de voir autant d’hommes que de femmes se présenter pour assumer la charge de la gestion du commun, participe au changement des mentalités qui disent encore "les femmes à la maison" ou "kinder, keuken, kamer". La disparition de ces stéréotypes est souhaitable et la parité agit dans ce sens.

      Le fait de remettre en cause la capacité exclusive des hommes a gèrer le bien commun ne veux pas dire que les autres qualités de la représentation ne sont pas également importantes, mais qu’au moins nous n’ayons pas comme élus que des gros machos bourgeois c’est déja un progrès.

      D’autre discriminations sont encore très présentes. Même si nous ne devons plus parler des ouvriers, je dirais que leur culture est très peu représentée et que c’est une pauvreté de la démocratie actuelle. Je ne suis pas adepte de la représentation communautaire mais comment qualifier nos représentants politiques actuels sinon comme issus d’une communauté belge-bourgeoise-diplomée, ce qui empèche de connaitre les réalités vécues par d’autres classes moins favorisées et à ne pas y consacrer les budgets nécessaires. On privilégie l’armée, la police et les autoroutes et on néglige les populations fragiles, l’éducation de base et l’Avenir.

  • Bonjour,

    je prends souvent plaisir à vous lire, mais ce coup ci, je vous trouve un peu et meme très faible.

    Ce qu’il convient d’appeler l’égalité H-F agit, pour différentes raisons, comme une matrice symbolique de toutes les “discriminations”. Remarquez que cette discrimination là est partout présente, de tous temps. Par sa nature meme, elle touche à l’universel. Et donc aux autres discriminations. Et donc également,les quotas H/F ne risquent pas (par un fait de structure) de faire basculer les assemblées en rassemblements de deux factions communautaristes défendant chacune les intérets de son groupe (discriminé pour les femmes). Ce qu’on a pu observer.

    Cette discrimination là est d’une portée symbolique telle qu’elle est aussi "autre chose" que le racisme, la xénophobie, l’anti-jeunisme ou l’homophobie. Non pas pas "plus" ou "moins" (ce qui impliquerait une hiérarchie sous-jacente), mais autre, aussi autre. Et parce que autre, portant en elle le dispositif, la structure de toutes les discriminations.

    etc. etc.

    Autre différence majeure à toutes les autres hypothèses de quotas "communautaristes ou identitaires" : c’est la parité en tant que telle (alors que dans les autres cas, on serait contraint à la proportionnalité ou à un quota forfaitaire symbolique). Evidemment que cette partié est fondée sur la proportion H/F dans la société ... 50/50 (quasi). Mais le fait meme cette égalité donne un poids symbolique à la notion de parité (et donc PAS de quota ... en quelque sorte on réussit l’opération symbolique d’identifier le quota de représentation d’un groupe dominé à la notion d’égalité). Et ça, ce serait perdu avec d’autres types de quotas (les homos, les immigrés de seconde génération, les travailleurs de vw-audi à Forest et les infirmières bulgares, par exemple).

    Autre piste : la différence H/F est universelle en tant que telle (je ne parle pas de discrimination ici, mais de la capacité à distinguer ces deux groupes).

    Mais identifier (nommer, établir une taxonomie) des "groupes", relève soit de la réussite d’un combat identitaire militant (de groupes qui se reconnaissent entre eux comme étant de meme "nature" ou défendant les memes intérets - groupes forcément minoritaires), soit d’une vision du monde, d’un travail d’interprétation implicite :

    les animaux se décomposent en
    - appartenant à l’Empereur
    - embaumés
    - apprivoisés
    - cochons de lait
    - sirènes
    - fabuleux
    - chinchards
    - chiens en liberté
    - inclus dans la présente classification
    - qui s’agitent comme des fous
    - innombrables
    - dessinés avec un pinceau très fin en poils de chameau
    - qui viennent de casser la cruche
    - qui de loin semblent des mouches
    - autres...

    (Borges)

    A tout le moins cela ne va pas de soi, non ?

    a+
    RB

  • A vous lire, il suffirait finalement que la loi désigne les élus.
    C’est une solution plus simple que de convoquer, régulièrement, ces bougnoules d’électeurs qui se décident, une fois sur deux, à l’entrée des bureaux de vote, à la tête du client.
    Après le vote obligatoire, on nous impose les quotas de femmes.
    Demain, les quotas d’ouvriers.
    Après-demain, les homosexuels, les juifs et les manchots.
    Triste spectacle d’une pseudo-démocratie qui nous impose par le haut ce qui devrait arriver par le bas : l’élection du peuple par le peuple, quelles que soient les races, les sexes, les couleurs ou les professions.
    Laissez se présenter ceux qui désirent se présenter. Laissez-les avancer leurs arguments, et cessez de remplir les listes avec des ignares qui veulent représenter le pays alors qu’ils ignorent les paroles de la Brabançonne ou la signification du 21 juillet (air connu, cf RTBF).
    La démocratie, c’est permettre à tout le monde de se présenter. Si le monde politique avait assez d’éthique pour le reconnaître, nous n’en serions pas à imposer des quotas.
    Mais le monde politique n’a pas d’éthique.

    • A vous lire, il suffirait finalement que la loi désigne les élus. C’est une solution plus simple que de convoquer, régulièrement, ces bougnoules d’électeurs qui se décident, une fois sur deux, à l’entrée des bureaux de vote, à la tête du client.

      Je me demande bien ce qui, dans mon texte, vous inspire cette interprétation...

      Par ailleurs, ce serait tellement plus agréable si les commentateurs prennaient la peine de laisser un nom ou un pseudo, ne serait-ce que pour pouvoir suivre les différentes interventions d’une même personne.

  • La réalité de la domination masculine est un fait incontestable...

    Hum... Je suppose que tu n’est pas marié pour affirmer cela ? ;-) Sinon ta femme ne te laissera pas autant de temps pour blogger à la maison !

  • On pourrait aussi évoquer la discrimination frappant les chômeurs et les ouvriers, réellement bannis du Parlement, et ce depuis plusieurs législatures ? Johan Vande Lanotte avait d’ailleurs ouvert le débat pendant la campagne, et c’est la raison pour laquelle il avait placé Meyrem Kitir (déléguée FGTB à Ford-Genk) en place éligible dans le Limbourg. Femme ? Oui. Allochtone ? Oui. Mais surtout ouvrière.

    Parlons aussi de la difficulté des individus provenant des régions rurales reculées de se faire élire. Non pas ces hommes politiques qui ont acheté une maison "à la campagne", mais les gens qui ont réellement grandi dans le monde rural et qui ne maîtrisent pas forcément les codes de la politique. Combien y a-t-il de paysans ou d’agirculteurs au Parlement ? (pitié, ne me citez pas Happart)

    Il y a encore bien d’autres discriminations dont on pourrait parler, celles qui concernent l’apparence physique par exemple. Combien de parlementaires handicapés ? Combien de ministres franchement laids ? Pour ceux-là aussi, il faudrait installer des quotas ?