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Pour des {maisons des services publics}

lundi 23 juillet 2007, par François Schreuer

Ou tout ce qu’il aurait été possible de faire si l’on avait pas bêtement privatisé le secteur public. Ou encore ce qu’il serait possible de faire si on décidait de nationaliser à nouveau certains secteurs de l’économie,...

Face à l’éclatement des pouvoirs publics avec lesquels le citoyen est amené à interagir et vis-à-vis desquels il a de toute évidence du mal à se retrouver, un effort d’accessibilité s’impose. Face au démantèlement des services publics, devenus — au fil des « consolidations stratégiques » et des privatisations — des entreprises publiques, des entreprises publiques autonomes et finalement des entreprises tout court, soucieuses de profit et de rien d’autre, il est nécessaire de reconstruire des fonctions collectives efficaces au service du citoyen. Face à la logique capitaliste qui prévaut au niveau européen, le secteur public serait bien inspiré de montrer qu’il a quelques beaux atouts à faire jouer. Face à la complexité de plus en plus grande des tâches auxquelles nous sommes confrontés dans la vie de tous les jours, aux démarches administratives chronophages, il serait opportun que les pouvoirs publics trouvent des moyens pour faciliter la vie du citoyen. Face, enfin, à l’incurie passée de la gestion de certains services publics, une remise à plat s’impose parfois.

Voici une proposition qui, sans prétention à constituer une quelconque panacée, pourrait contribuer à la solution de ces problèmes. J’ai nommé les « maisons des services publics ». L’idée est d’une totale simplicité : réunir dans un même lieu des services gérés par la collectivité et aujourd’hui éclatés.

Dans ces maisons de services publics, on trouvera tout ou partie des fonctions suivantes : les diverses fonctions remplies par un bureau de poste ; une antenne de l’administration communale du lieu ; un guichet du service public du gaz et de l’électricité à créer ; un guichet du service public des télécommunications à créer ; l’achat de titres de transports (du moins tant que les transports en commun seront payants) et divers autres services relatifs aux transports en commun ; un point d’information sur toutes les matières qui concernent le citoyen, depuis les modalités d’obtention des primes environnementales régionales jusqu’aux horaires des services de santé en passant par des informations sur les bourses d’études, etc. Diverses facilités seront en outre fournies autant que possible (photocopieuse, téléphone public, fax, connexion à internet, photomaton,...). Et la liste n’est bien sûr pas limitée.

Pour régler tous ses problèmes administratis, le citoyen n’aura à se rendre que dans un seul lieu et à faire la file une seule fois. Grâce à l’assistance d’une informatique moderne, les fonctionnaires seront à même de répondre à tous ces problèmes. Bien sûr, le niveau de compétence qui sera demandé au personnel sera plus élevé qu’aujourd’hui ; cela justifiera une revalorisation conséquente de leur statut.

L’organisation de ces maisons des services publics reposera sur la mutuellisation des ressources entre les diverses entités concernées et sur la coopération systématique entre elles, permettant de réaliser de très considérables économies d’échelle et par conséquent d’accroître substentiellement la qualité du service fourni ainsi que la densité géographique de ces antennes administratives, réalisant enfin une administration de proximité de laquelle on s’éloigne aujourd’hui plutôt qu’on ne s’en approche.

Ces maisons des services publics seront de préférence installées dans des gares — ce qui permettra de rouvrir et de rendre vie à bon nombre d’entre elles aujourd’hui désaffectées — et d’autres lieux communs (hôpitaux, bibliothèques publiques,...) ; en aucun cas dans des centres commerciaux accessibles seulement en voiture.

Souvent, il sera possible de localiser à proximité de ces maisons des services publics un garage protégé et un atelier de réparation pour les vélos, une crèche, une station de taxis, un service de voitures partagées (car-sharing), etc, toutes choses dont le regroupement en un seul lieu simplifiera substantiellement la vie de ses utilisateurs.

Ces maisons des services publics seront donc également l’un des leviers importants des politiques d’aménagement du territoire qu’il nous faut mettre en place sans plus tarder à présent pour réorganiser l’espace autour des transports en commun et des transports doux de façon à anticiper, autant qu’il est possible, la fin de l’ère du pétrole.

Ce beau rêve n’est toutefois pas possible en l’état actuel des choses. Il suppose en effet quasiment la fusion organique des différents services de l’Etat dans le but principal de rendre service à l’usager. Cette logique est très peu compatible avec la logique managériale et comptable qui sévit actuellement dans les services publics,... quand ceux-ci n’ont pas été tout simplement privatisés — auquel cas il devient carrément impossible de mettre sur pied pareil projet. Face à la segmentation forcenée des entités productives dans le but d’en mesurer précisément l’efficience et souvent de les mettre en concurrence, c’est la coopération entre elles qui est ici privilégiée. Et l’idée que l’efficience de systèmes complexes comme ceux dont il est question ne peut raisonnablement être évaluée que d’un façon holistique.

Loin de la doxa actuelle faite de privatisation, de dérégulation, du « coût-vérité », de pseudo-transparence des coûts, cette approche intégrée de ce que le jargon européen nomme les « services d’intérêt économique général » (SIEG) n’est effectivement réalisable que moyennant l’instauration légale d’un monopole public sur les secteurs concernés et la re-nationnalisation intégrale des services concernés — transports, poste, énergie, télécommunications. Tout simplement.

Notons, en guise de conclusion, que si la solution proposée ici n’est donc pas de l’ordre du possible hic et nunc, tout simplement parce qu’illégale en vertu de la législation européenne, elle n’est pas non plus — et c’est peut-être le plus préoccupant — de l’ordre de ce dont il est possible de discuter dans le débat politique, lequel semble avoir intériorisé ses limites jusqu’au déni d’un ailleurs possible. On peut à tout le moins le regretter.

Illustration : William Klein, Moscou, 1959

Messages

  • Les services publics ont eu 100 ans (au moins) pour faire des maisons de services publics. Pourquoi ne l’ont il pas fait ? On peut aussi poser la question de savoir ce qu’on aurait déjà eu si on avait privatisé plus tôt.

  • Hé ! pourquoi faudrait il encore se déplacer pour régler ses problèmes administratifs ? Toi, le champion du peer to peer ne peux tu pas proposer une solution sur internet ? Le Belge a quand même une carte d’identité électronique non ? D’accord il y a encore une fraction de la population agée née avant l’internet qui ne sait pas se servir d’un PC, mais dans 20 ans ? D’accord il y a encore des gens pauvres qui ne souhaitent pas investir dans un PC. Mais bon on peut aussi faire des PC "presque" gratuits, comme le minitel en France.

    • Oui et non. C’est vrai que c’est un argument assez fort, ça peut en effet simplifier pas mal de choses ; mais je ne pense pas que le net puisse remplacer totalement la présence d’un humain.

      Le problème de l’accessibilité de l’informatique au plus grand nombre est encore réel à mon avis, pas tellement en raison du coût d’acquisition d’un ordinateur (c’est vrai qu’il est possible de produire des ordinateurs pour pas trop cher) mais en raison des coûts annexes (particulièrement de la connexion au net, dont le prix n’a guère de lien avec le coût effectif de la prestation de ce service en Belgique — on pourrait à mon avis le divisier par 2 ou 3, voire par 5 ou 10, sans problème) et surtout du manque de maîtrise technique de la plupart des utilisateurs qui fait d’eux les victimes toutes cuites de divers truandages (virus, éditeurs d’antivirus, fishing, DRM, fichage dans tous les coins,...). Les logiciels libres fournissent une réponse plus que crédible à une bonne partie de ces difficultés mais il semble que ce sont justement les utilisateurs avancés qui les adoptent (alors qu’un ordi sous un distribution Linux conviviale comme Ubuntu ou Fedora est non seulement nettement plus sécurisé que les gruyères de Microsoft, mais aussi nettement plus facile et agréable à utiliser).

      Et puis, surtout, je ne pense pas qu’on puisse exiger des citoyens qu’ils disposent d’un ordinateur connecté au net pour avoir accès aux services publics. Ne serait-ce que parce que si l’ordinateur est un outil d’une puissance phénoménale, il est aussi assez gravement aliénant, et j’espère qu’il restera toujours des gens pour se préserver de cette aliénation.

      Quant à la carte électronique, je dois dire que je suis trop préoccupé par les dangers qu’elle représente pour la vie privée pour avoir envie de faire sa promotion d’une quelconque manière. Je n’ai pas encore mis un coup de foreuse dans la puce de la mienne mais je crois que je vais me décider un jour ou l’autre.

      J’ai de toutes façons de sérieux doutes sur la fiabilité d’un tel système (quand on voit qu’il n’a fallu que quelques heures aux meilleurs hackers pour venir à bout des systèmes de protection de l’iPhone, je pense qu’il est illusoire de penser que la carte d’identité électronique fournira autre chose qu’une présomption d’identité).

    • Tout système a ses inconvénients. Il me semble que tu forces un peu la dose. Si je peux apporter une modeste expérience, j’ai vécu un débat similaire il y a 20 ans lors de l’introduction des PC dans les lignes de production. Il y eu une courte phase d’adaptation (2 ans) puis une majorité a adopté le système, ouvriers, employés, syndicats et patrons. Et tout le monde s’en est trouvé mieux, finalement. Les travailleurs car de la crainte initiale de voir leur emploi disparaitre ou de ne pas savoir se servir de ces nouvelles machines (moins de 10% en avait un à la maison à l’époque), ont trouvé un travail finalement plus motivant (et parfois mieux payé). Les patrons ont été plus facile a convaincre étant donné la réduction des couts, l’amélioration de la qualité et la pression de la concurrence. Et les syndicats ont veillé à ce que l’on respecte les règles du jeu.

      Je crois qu’on pourra obtenir le même effet dans l’administration que dans l’industrie.

  • Cet article fait montre d’une naïveté sans borne. Il fait totalement l’impasse sur certaine dérangeantes qui ne vont pas bien dans le sens de l’auteur.

    1. Il n’y a aucun pays de l’OCDE ou le ratio fonctionnaires/travailleurs du privé soit aussi défavorable qu’en Belgique en général, et en Wallonie en particulier. Le nombre de fonctionnaires en Wallonie a augmenté de 30% au cours des 10 dernières années (il est passé de 271.692 à 354.284 entre 1995 et 2005 d’après l’institut wallon des statistiques). La Belgique, pays de 10.000.000 d’habitants emploie 800.000 fonctionnaires. La Hollande, pays de 14.000.000 d’habitants en emploie 400.000. La Norvège, pays de 4.500.000 habitants en emploie moins de 100.000.

    2. Malgré (à cause de ?) cette pléthore de fonctionnaires, la Belgique est régulièrement pointée du doigt dans les études internationales pour l’inefficacité de ses services publics. Une étude évaluait récemment le surcoût dû à cette inefficacité à 1.000 euros par personnes et par an.

    3. L’enseignement, par exemple, est tout à la fois l’un des plus coûteux et l’un des plus mauvais de l’OCDE (étude PISA pour preuve ; mais voir également le document ici.

    4. Une grande part de ces fonctionnaires est « improductive » (ce qui ne signifie pas « inutile », mais ne contribuant pas directement à produire de la richesse qui puisse être redistribuée à l’ensemble des citoyens). On peut difficilement se passer d’enseignants, d’infirmières, de policiers … mais on peut certainement se passer d’une kyrielle de fonctionnaires que l’on a multipliés à l’envi à tous les niveaux de pouvoirs de ce pays surréaliste et qui font à peu près la même chose tout en se renvoyant la balle dès lors que ça coince quelque part. Vous avez contesté une décision d’urbanisme dernièrement ? Qui est responsable de quoi lors du refus d’un permis ? Quel est encore le rôle du fonctionnaire délégué ? Il suffit de poser une question sur le CWATUP à l’un des fonctionnaires du service de l’urbanisme à Liège, puis de poser la même question à un fonctionnaire de la Région Wallonne pour avoir des réponses différentes. Bien sûr, ces incohérences sont un trésor lorsqu’il s’agit de toujours trouver une raison de rejeter une démarche. J’ai un exemple canon impliquant la taxe sur les immeubles inoccupés à Liège, exemple où les fonctionnaires ont préféré voir la ville se laisser impliquer dans une démarche judiciaire qu’elle a tout lieu de perdre (et qui si elle fait jurisprudence l’obligera peut-être à rembourser des sommes perçues indûment, aux frais bien entendu des contribuables locaux) plutôt que d’annuler l’application d’un règlement absurde.

    5. “Nobody spends somebody else’s money as carefully as he spends his own. Nobody uses somebody else’s resources as carefully as he uses his own. So if you want efficiency and effectiveness, if you want knowledge to be properly utilized, you have to do it through the means of private property." disait Milton Friedman. Et on en a l’illustration quasi quotidienne lorsque l’on est confronté aux services publics en Belgique.

    6. La fonction principale du service public en Belgique (et en particulier en Wallonie) n’est pas d’assurer un « service au public », mais simplement d’assurer sa propre pérennité. Il suffit d’y avoir été confronté pour le comprendre et tous les discours bien pensants suintant la guimauve et le collectivisme bon teint n’y changeront rien.

    7. Dans les pays scandinaves, les agents de la fonction publique n’ont pas de statut particulier. Ils ont des contrats exactement identiques à ceux du privé, sont recrutés selon les mêmes canaux, les mêmes procédures, soumis aux mêmes barèmes, aux mêmes règles de licenciement ou d’engagement. Par contraste, la fonction publique en Belgique est l’une des plus politisée et l’une des plus clientélisée qui soit. L’article de Michel Bouffioux est édifiant. Mais il y en a d’autres : ici, ici et ici.

    8. En bref, le citoyen lambda que je suis et dont les revenus sont taxés à mort (célibataire, sans enfant, avec des centimes additionnels à Liège. Ca fait mal) en a plus que marre de se voir ponctionner pour alimenter ce système à la mort moi le nœud et milite désormais pour la privatisation de tous les services publics, en ce compris l’enseignement. Il faudrait vraiment de sérieux arguments pour qu’il change d’avis.

    • On dirait Isonomia. Quelqu’un sait ce qu’est devenu isonomia ?

    • Je vous plains.

      Vos « vérités dérangeantes » sont dérisoires.

      Les vérités dérangeantes qui sont vraiment dérangeantes sont la pauvreté, la précarité, les logements insalubres, le chômage de masse organisé pour maintenir la pression sur les salariés (le terme « NAIRU » vous dit-il quelque chose ?), le néo-colonialisme, l’exploitation éhontée des ressources naturelles, le suicide organisé par l’irresponsabilité environnementale des multinationales, etc, bref le capitalisme, qui détruit tout sur son passage, enrichissant quelques-uns en appauvrissant la masse.

      Alors, franchement, qu’il y ait selon vous « trop de fonctionnaires », je m’en tamponne. Et que vous payiez plus d’impôts que ce que vous ne voudriez alors que vous avez, à vous entendre, le cul dans le beurre, sincèrement, ce n’est pas ma priorité (même si je suis favorable à une diminution de la fiscalité sur le travail, compensée par une fiscalité sur les revenus du capital, chose très compliquée dans l’état actuel du jeu international — là est l’essentiel du problème).

      Pour le dire autrement, la politique — et la philosophie politique avec elle — n’a pas seulement un enjeu d’efficacité (optimiser l’usage des ressources) mais aussi un enjeu de justice (assurer leur répartition selon des critères fondés sur une théorie de la justice), ce que vous semblez royalement négliger. Ca rend votre propos assez peu intéressant, me semble-t-il.

      Par ailleurs, je signale que j’apprécie très moyennement le cross-posting et le flooding, techniques généralement utilisées pour empêcher le débat et dont vous semblez adeptes puisque vous postez une même réaction à deux textes différents sur deux blogs différents (et d’ailleurs, votre message n’est pas une réponse au texte en-dessous duquel il se trouve). Bref, vous ne respectez pas les règles minimum du débat sur le net.

      Quoi qu’il en soit, voici quand même quelques éléments de réponse à votre interpellation.

      1. Vous m’excuserez de ne pas accorder beaucoup de crédit à l’OCDE, qui est ded toute évidence un organe de propagande du capitalisme et du laisser-faire en économie. Que ses études soutiennent votre propos, c’est le moins que vous puissiez en attendre. De plus, l’idée même de comparer entre eux des pays qui se livrent à une course à la dérégulation ne fait guère sens, c’est juste un moyen rhétorique de tenter d’accélérer le mouvement. En ce qui me concerne, faute de mieux, je suis favorable à court terme à une économie mixte : mi-publique, mi-privée, le meilleur moyen d’éviter les dérives de l’un et de l’autre système. Dès lors, la proportion idéale de « fonctionnaires », comme vous dites, dans l’emploi est pour moi de 50%.

      2. Les services publics belges seraient inefficaces ? Vous avez déjà comparé la qualité des soins de santé (et leur coût) aux USA et en Belgique ? Le niveau de pauvreté ? L’espérance de vie ? La proportion de la population ne disposant d’aucune couverture pour les soins de santé ? La qualité de l’enseignement supérieur ? Il n’y a pas photo. Malgré des moyens moins importants disponibles ici, on fait beaucoup mieux.

      3. Il y a de toute évidence un problème dans l’enseignement secondaire, c’est exact, mais je ne pense pas que ce soit lié au statut public de l’enseignement. Trop long débat pour l’ouvrir ici. Par contre, l’enseignement supérieur belge est d’une qualité nettement supérieure à la moyenne des universités américaines que quelques dizaines d’universités d’élite sont loin de relever suffisamment.

      4. Oui, il y a des zones inefficientes, comme dans tout système humain. Il faut les identifier et résoudre les problèmes de redondance, voilà tout. En l’occurrence, je pense qu’une bonne partie des problèmes de ce type viennent en Belgique d’une complexité institutionnelle qui est le résultat de l’histoire et des conflits linguistiques. Bref, ça n’a pas grand chose à voir avec une question socio-économique. Et, comme vous le savez sans doute, les sinécures sont fort loin d’être le monopole du secteur public, comme l’a par exemple humoristiquement rappelé le livre de Corine Maier, Bonjour Paresse.

      5. Je ne vois pas en quoi citer un slogan d’un personnage aussi sinistre que Milton Friedman (soutien de Pinochet) contribue en quoi que ce soit à l’avancée du débat. Ca me fait à peu près autant d’effet qu’une maxime de Mao ou un extrait des oeuvres complètes de Saddam Hussein. Ce slogan est d’ailleurs très contestable : il suffit de voir comment les gens dépensent leur fric (particulièrement quand il en ont beaucoup) pour se convaincre qu’ils ne le font généralement pas de manière très rationnelle.

      6. Libre à vous de le penser. Mais, même si beaucoup de choses doivent être améliorées, la qualité du service public en Belgique est plutôt bonne, particulièrement quand on voit les attaques à répétition qu’il subit depuis des décennies. Vous avez déjà comparé le transport ferroviaire dans les pays où il a été « libéralisé » et dans les pays où il ne l’a pas été ? Il n’y a pas photo.

      7. Oui, oui, je suppose que votre rêve, c’est la précarité généralisée, la mise en concurrence permanente des salariés. Eh bien, rassurez-vous, c’est ce qui est en train de se passer. Le nombre de statutaires dans les administrations décroît nettement en faveur de des contractuels, de l’externalisation, de l’intérim, d’autres types de contrats précaires. Quant à moi, je plaide pour la sécurité d’existence pour tous, pour la mise de l’économie au service de l’humain et non l’inverse — et je pense que l’emploi public stable peut y contribuer.

      8. Vous êtes sans doute sincère, mais vous êtes naïf. Et ça vous rend dangereux, excusez-moi de vous le dire. Car vous n’êtes pas un individu isolé, un winner autonome. Ce genre de choses n’existe pas. Vous dépendez des autres, tout le temps, pour tout (du garagiste qui répare votre bagnole, du paysan qui a cultivé le blé qui se retrouve dans votre pain, des enseignants qui vous ont appris à réfléchir, de l’infirmier qui vous soigne quand vous êtes malade). Le fait que, pour une raison ou une autre, vous soyiez rémunéré plus que la moyenne (et sans doute beaucoup plus que la plupart des gens qui vous permettent de vivre) n’est pas seulement dû à votre génie et à vos talents mais sans doute aussi au fait qu’on vous a permis des les acquérir et de les développer, au fait que le système économique privilégie aujourd’hui votre profil sans que nécessairement vous travailliez plus dur et soyiez plus intelligent que d’autres salariés qui gagnent pourtant beaucoup moins que vous (sans parler de ceux qui n’ont pas de travail). Battez-vous pour le « chacun pour soi » si ça vous chante mais ne venez pas vous plaindre si un jour la conjoncture change et que vous vous retrouvez au bord du chemin. Ne venez pas non plus vous étonner si un jour les victimes du système qui vous nourrit et auquel vous participez mais les exploite et les plonge dans la misère viennent vous demander des comptes.

      Tiens, une suggestion de lecture : La dissociété, de Jacques Généreux. Il explique tout cela beaucoup mieux que moi : comment nous sommes tous foncièrement dépendant des autres, comment nous sommes au plus profond de notre condition humaine des êtres sociaux, et pourquoi en conséquence le « chacun pour soi » et une illusion et une escroquerie de la part de ceux qui ont beaucoup reçu mais ne veulent pas donner.

  • Il semblerait que cette idée appliquée par le premier ministre José Socrates fasse un tabac au Portugal.