Les archives des Bulles

La liberté d’expression ne se négocie pas

mardi 11 septembre 2007, par François Schreuer

« La défense du droit à la libre expression ne se limite pas aux idées que l’on approuve, et que c’est précisément dans le cas des idées que l’on trouve les plus choquantes que ce droit doit être le plus vigoureusement défendu. Soutenir le droit d’exprimer des idées qui sont généralement acceptées est évidemment à peu près dépourvu de signification. »
Noam Chomsky

Les fachos et autres crétins populistes qui organisaient ce mardi à Bruxelles une manifestation — interdite par l’autorité communale — « contre l’islamisation de l’Europe » (sic) ont donc réussi leur coup. En ce jour anniversaire de l’assassinat du socialisme chilien — le 11 septembre 1973 mourrait Salvador Allende tandis que le général Pinochet prenait le pouvoir avec l’appui de la CIA pour la honte de l’Occident —, on n’a parlé dans les médias que « choc des civilisation », terrorisme islamiste, voire, donc, « islamisation de l’Europe », même si ce fut bien sûr généralement pour relativiser ces thèses (encore bien). Accessoirement, deux des figures emblématiques du Vlaams Blok/Belang ont réussi à se faire arrêter par la police [1], ce qui ne manquera sans doute pas de leur donner du grain à moudre dans le jeu de victimisation aux yeux d’une partie de l’opinion publique flamande, jeu dans lequel ils excellent.

En début de soirée, à la RTBF radio, dans l’émission « face à l’info », tandis que le bourgmestre de Bruxelles Freddy Thielemans — manifestement pénétré de l’importance sa mission de grand conciliateur public — expliquait dans un ensemble hasardeux de considérations formelles et d’appréciations substantielles pourquoi cette manifestation, décidémment, était inacceptable, et glosait sur le sujet en un mélange assez peu opportun de considérations oecuméniques sur les religions et de supputations sur la réalité du mouvement qui se déploie derrière ce « SIOE » (acronyme de « Stop Islamisation Of Europe ») qui a été sur toutes les lèvres ces dernières semaines. On apprenait ainsi que, somme toute, le machin était une baudruche, que, « grâce à Internet », une seule et même personne peut faire beaucoup de bruit [2]. On disait que l’Islam est une religion très diversifiée, qu’on ne peut donc pas tout mélanger, que d’ailleurs la plupart des musulmans sont des gens très tolérants et très civilisés, et ainsi de suite, comme s’il était nécessaire d’opposer à ce SIOE un argumentaire (à deux balles, de surcroît) sur la société multiculturelle, comme si l’on ne pouvait pas traiter certains énergumènes par un silence méprisant. Malgré (ou peut-être en raison de) l’intention de toute évidence politiquement correcte de la RTBF et de ses journalistes, l’impression qui se dégageait de ce mélange d’informations sur l’extrême-droite et sur l’Islam était parfaitement désastreux. Pour conclure, le journaliste alla même jusqu’à souhaiter de bonnes fêtes à diverses confessions religieuses (l’islam et le judaïsme, pour être précis) dont certaines échéances cultuelles arrivent dans les prochains jours.

MP3 - 25.5 Mo

Ce soir, alors que j’écris ces lignes, cette manifestation ridicule continue à faire la une des journaux radio. On apprend que l’Italie proteste officiellement auprès du gouvernement belge à la suite de l’arrestation administrative de l’un de ses députés européns fascistes (Ligue du Nord) qui était cette après-midi à Bruxelles (mais franchement, Prodi et D’Alema n’ont-ils donc rien de mieux à faire ?). On entend, sur des bandes sons enregistrées cette après-midi, des ploucs tragiques se faire arrêter administrativement en s’indignant à hauts cris, manifestement convaincus de lutter pour une grande et noble cause.

Tout cela ne ressemble absolument à rien.

Et tout cela ne vient que d’une chose : l’interdiction parfaitement inacceptable de la manifestation par le bourgmestre de Bruxelles.

Car non, la liberté d’expression ne se négocie pas, et M. Thielemans devrait le savoir, quoiqu’il en ait écrit dans une hallucinante carte blanche publiée dans Le Soir, dans laquelle il expliquait en substance que cette manifestation présentait un danger pour l’ordre public, au motif de la présence dans certains quartiers de Bruxelles d’importantes populations orginaires du Maghreb ou de Turquie, par conséquent musulmanes [3]. Mesure-t-on bien la signification de pareil argument ? Il s’agit ni plus ni moins que d’une confirmation du propos de SIOE : s’il n’est plus possible d’organiser une manifestation pacifique sans risquer des affrontements, alors c’est que SIOE a raison.

Mais revenons aux choses concrètes. Si la manifestation avait été organisée, quelques milliers de ploucs [4], au plus, se seraient réunis devant le Parlement européen, protégés par la police si nécessaire. La réponse adéquate aurait été d’organiser une contre-manifestation, une marche pour la paix et l’entente entre les peuples ou que sais-je, qui aurait réuni dix fois plus de monde. SIOE aurait été ridiculisée. Et ç’en aurait été fini de cette mascarade burlesque.

Mais tout cela ne serait encore rien si l’affaire était isolée. Car ce qui est particulièrement ennuyant, c’est que ce tropisme de l’interdiction a sérieusement tendance à faire tâche d’huile. Aujourd’hui, on apprend par exemple qu’un commissaire européen estime nécessaire et légitime d’interdire la diffusion sur le net d’informations « dangereuses ». Franco Frattini [5] a déclaré à l’agence Reuters : « J’ai la ferme intention d’entreprendre une étude avec le secteur privé (...) sur les moyens technologiques d’empêcher des gens d’utiliser et de chercher des mots dangereux comme ’bombe’, ’tuer’, ’génocide’ ou ’terrorisme’ ». Société du soupçon, société de l’ignorance, société de la bêtise. Mais laissons M. Frattini s’épuiser dans cette tentative aussi aberrante que désespérée. Et poursuivons.

Le législateur belge, à l’instar de la plupart de ses homologues occidentaux, a voté une loi pénalisant cet ovni juridique qu’est le « terrorisme », ce qui a notamment eu pour conséquence de criminaliser un certain nombre de paroles pacifiques considérées comme directement ou même indirectement apologétiques d’actes criminels. Dans un autre registre, plus anecdotique, il y a quelques semaines, un ressortissant congolais voulait faire interdire la vente de l’album de bande dessinée « Tintin au Congo » au motif des clichés racistes qui l’imbibent de bout en bout. Au printemps dernier, c’étaient divers collectifs et partis politiques de gauche qui, à la suite de déclarations de l’évêque de Namur, souhaitaient criminaliser les propos homophobes au même titre que le sont aujourd’hui les propos racistes. Et ainsi de suite. Les exemples fourmillent.

Face à cette accumulation, il importe de comprendre pourquoi la liberté d’expression doit être consentie à tous. Que ce soit pour dires des choses belles ou des choses abjectes n’importe pas. Le législateur ne peut se permettre de porter la moindre considération sur la substance d’un propos. Tout le monde a le droit de dire ce qu’il pense ; il n’y a pas à transiger avec ce principe.

La liberté d’expression, c’est donc simplement le fait de pouvoir dire ce que l’on pense, le clamer dans l’espace public, le publier dans des écrits, l’afficher. Ni plus ni moins. Chacun a le droit à la liberté d’expression, chacun doit avoir le droit à la liberté d’expression.

Les seules limitations à la liberté d’expression admissibles interviennent que dès lors que la parole devient acte et que cet acte porte directement atteinte à l’intégrité d’autrui : menace, calomnie, atteinte à la vie privée, injure directe et personnelle. Mais pas au-delà. Autrement dit, asséner une injure raciste à la face d’une personne mérite à mon sens d’être réprimé. Proclamer une opinion générale raciste pas. Est-ce pour autant que j’ai la moindre sympathie à l’égard d’une telle opinion ou de tous ceux qui utilisent leur liberté d’expression pour dire des bêtises ? Bien évidemment pas.

Pourquoi alors défendre ce point de vue dangereux, inconscient voire complice, se demanderont à n’en pas douter certains ? Tout simplement parce qu’il n’existe pas de bonne raison d’interdire ces propos tandis qu’il en existe plusieurs de les autoriser.

Voyons d’abord les raisons usuellement invoquées pour justifier l’interdiction de prendre la parole.

1.1. La vérité. Premier argument fréquemment utilisé : l’outrage qu’il fait à la vérité. On ne pourrait dire des choses fausses. Cette posture pose d’emblée trois problèmes, pratique, théorique et éthique. Pratiquement, on voit mal comment il serait possible d’imposer le silence à tous ceux qui sont dans l’erreur ou le mensonge, phénomènes beaucoup trop fréquents pour permettre une répression efficace. Théoriquement, il faut se demander qui est à même de déterminer la vérité qui fera référence ; autrement dit : comment peut-on être certain que le censeur ne se trompe pas lui-même. Il ne s’agit pas ici d’affirmer la confiance qu’on a dans une autorité quelle qu’elle soit, mais de démontrer par quelle procédure on peut s’assurer que le censeur est omniscient, ce qui est bien entendu rigoureusement impossible. Enfin, sur le plan éthique, on peut se demander pourquoi il serait nécessaire de réprimer le mensonge. De deux choses l’une. Soit la vérité sur une question fait l’objet d’un consensus dans la communauté scientifique et, dans ce cas, les contestataires de cette idée passeront tout simplement pour des parfelus. Ainsi interdit-on à M. Faurisson, négationniste notoire, d’exprimer les vues particulièrement saugrenues qu’il professe au sujet de la réalité du génocide perpétré par les nazis. Quel besoin en est-il ? Ses thèses ne tiennent pas debout, n’importe quel historien est capable de réfuter en quelques minutes les inepties proférées par ce personnage. Pourquoi, dans ce cas, donner une audience conséquente à cet avorton de la pensée en réunissant pour le juger cours et tribunaux ? Soit il n’y a pas consensus dans la communauté scientifique et dans ce cas, on admettra qu’il serait difficile de se référer à une vérité inexistante. À cet égard [6], on peut faire remarquer que de nombreuse nouvelles théories scientifiques qui ont ensuite triomphé, ont mis du temps à s’imposer et ont été longuement considérées comme erronnées.

1.2. Les « ennemis de la liberté ». Deuxième argument : « il ne faut pas laisser de liberté aux ennemis de la liberté » ou autres variantes de cette formule aussi alambiquée que pardoxale. Car comment peut-on se prétendre défenseur de la liberté tout en prétendant priver de cette liberté une partie de la population ? Je dois bien dire que ce n’est pas très clair à mes yeux. Et les mêmes problèmes se posent que dans le rapport à la vérité : comment sait-on qui est un ennemi de la liberté et qui n’en est pas un ? Qu’es ce qui garantit tant l’omniscience que l’impartialité du censeur ? Rien, bien entendu.

1.3. L’offense. Troisième argument, certains propos peuvent avoir un caractère offensant. Certes, prononcer un jugement dépréciatif à l’égard d’une personne ou d’une catégorie de la population peut effectivement être offensant pour les intéressés. Mais comment déterminer si ce jugement dépréciatif est justifié ou pas ? Si je dis « les actionnaires du CAC 40 sucent le sang de la classe populaire », mon propos est de toute évidence de nature à heurter les actionnaires du CAC 40. Et ensuite ? Faut-il me priver de ma liberté d’expression pour autant ? De même si je dis « L’église catholique a commis des crimes contre l’humanité », de toute évidence j’offense les partisans de cette organisation. Ai-je pour autant tort ?

1.4. Le blasphème. Un quatrième argument régulièrement avancé — qui n’est qu’une variante du précédent — fait intervenir la religion et considère que ce qui est un outrage grave à la religion d’autrui (un blasphème) doit être réprimé. C’est à mon avis l’argument le plus stupide qui puisse se trouver, qu’on démontera par exemple en créant une nouvelle religion dont le seul précepte consistera à affirmer qu’il est rigoureusement insupportable qu’un quelconque être humain sur la planète puisse se déplacer autrement qu’en sautillant à cloche-pied puis en exigeant le respect pour cette nouvelle religion au même titre que pour toute autre. Il est bien évidemment parfaitement inacceptable qu’un sacré privé, quel qu’il soit, eut-il 2000 ans d’âge, se permette d’interférer dans la vie de tout un chacun.

Bref, il n’y a donc aucune bonne raison d’interdire à quiconque d’exprimer quelque opinion que ce soit.

Il existe par contre de nombreuses bonnes raisons de l’autoriser.

2.1. Une approche procédurale de la vérité. Le fait qu’il ne soit pas possible de déterminer de façon certaine qui dit des bêtises et qui dit des choses intelligentes n’invalide en rien l’affirmation selon laquelle il existe des jugements stupides et d’autres intelligents, pas plus que celui selon lequel il est de l’intérêt de la société de voir prospérer les jugements intelligents et dépérir les jugements stupides. Le tout est de trouver une manière d’opérer la sélection. On l’a vu, rien ne permet de penser qu’un censeur puisse être à même d’opérer cette distinction. Il semble par contre que le débat d’idées offre d’assez bons résultats. Or, pour avoir un débat d’idées, le préalable nécessaire est que les idées soient exprimées, clairement, distinctement, au vu et au su de tous.

2.2. Une condition pour défaire les passions haineuses. Secundo, la société est traversée de pensées mauvaises, de viles passions, certains de ses membres sont parfois pris de pulsions haineuses. Pense-t-on vraiment que c’est en faisant taire les personnes qui y succombent qu’on les fera changer d’idée ? Bien au contraire, en repoussant les idées haineuses dans les bas-fonds, en les obligeant à demeurer sous la surface du sol, on leur permet d’y prospérer. Comme l’écrit l’excellent Michel Erman, « Censurer la parole, c’est se condamner à vivre avec son fantôme ». Ce caractère contre-productif de la répression de la parole me semble clairement visible quand d’aucuns plaident pour la répression de dites « phobies » (homophobie, islamophobie, xénophobie, etc). Bien sûr, on me dire que je joue sur les mots et qu’un homophobe déteste les homos bien plus qu’il ne les craint. Sans doute n’est-ce pas inexact, mais les mots sont importants et il faut être rigoureux avec eux. Et, face à une peur, si c’est bien de cela qu’il s’agit, la sanction est une réaction inadaptée. Face à une peur, il convient d’expliquer, de dialoguer, de faire oeuvre de pédagogie.

2.3. Une nécessité pour la recherche. Tertio, pour combattre le mal, il faut le connaître. Pour ne pas commettre les erreurs du passé, il faut connaître l’histoire. La recherche scientifique — et le mot scientifique est ici à la rigueur superflu dans la mesure où il semble indiquer que la recherche pourrait être l’apanage de quelques-uns — est sacrée, le désir de connaissance élève l’homme, la rigueur dans l’établissement éclairé d’une opinion juste et pondérée est l’un de sommets de l’expérience humaine, un domaine qui nous est strictement réservé et dont ni les machines ni les animaux ne sont à cent lieues d’approcher. Vouloir restreindre la portée, voire criminaliser cette recherche comme veut par exemple le faire M. Frattini, cité plus haut, est une erreur d’une portée considérable. La recherche n’est pas possible sans liberté d’expression.

2.4. Une condition à la critique des pouvoirs. La critique des pouvoirs établis — qu’ils soient politiques, économiques, religieux ou autres — est absolument indispensable à la survie d’une société pluraliste et — osons le mot — démocratique. La liberté d’expression ne suffit pas à permettre cette critique mais elle en est une condition essentielle. Il doit être possible de dire combien certaines idées politiques sont bornées et puériles. Il doit être possible de dénoncer la destruction de nos vies et de la planète par le capitalisme. Il doit aussi être possible de contester durement la légitimité de la sphère religieuse à intervenir dans la sphère politique. À cet égard, comme je le glissais plus haut, il y a clairement un malaise aujourd’hui, une incapacité à se distancier à la fois du discours fasciste et du discours religieux, ce qui amène pas mal de gens, notamment à gauche, à pactiser avec le religieux au nom d’une tolérance multiculturelle à mon avis mal comprise.

Bref, vive la liberté d’expression inconditionnelle et généralisée, pour autant, comme je l’ai indiqué, que l’on reste dans le domaine de l’opinion.

Bien sûr, cette réflexion ne serait pas complète sans une remarque appuyée sur la caractère relativement formel du droit à la liberté d’expression — de multiples pressions indirectes pouvant avoir lieu pour contraindre de facto une personne à se taire quand elle voudrait parler [7]. Que l’on pense à ces milliers d’institutionnels que la fonction, l’influence d’un baron politique, la dépendance vis-à-vis d’une entreprise, etc maintiennent dans le silence ! La réflexion formelle, de toute évidence, ne suffit pas, mais elle est un préalable.

Heureusement, ce soir, entre 22h et 23h, on a fini par entendre parler d’Allende sur la RTBF. Merci aux journalistes qui ont programmé cette émission. Mille mercis.

Photo : Mehmet Koksal. L’intérêt de cette photo réside évidemment beaucoup plus dans la nuée de caméras présentes pour couvrir l’événément que dans la présence d’un exalté de la défense de l’Europe chrétienne.

Notes

[1Puis quand même à agresser physiquement le chauffeur du bus dans lequel ils avaient été parqués après leur arrestation !

[2Bof, personnellement, ça fait des années que j’essaie, je dois bien avouer que ce n’est pas si simple que ça.

[3On se demande au passage qui met le premier pied dans le plat de cet amalgame dénoncé, de ce fameux amalgame qui conduit à assimiler immigrés et musulmans, musulmans et islamistes et, finalement islamistes et terroristes, donc immigrés et terroristes.

[4Désolé de mon insistance à utiliser ce vicable pour le moins condescendant, mais je ne vois vraiment pas comment on peut considérer autrement quelqu’un qui est intimement persuadé que la principale menace qui pèse sur l’Europe aujourd’hui est l’Islam et pas... le fascisme.

[5Dont on se souvient qu’il fut nommé par Berlusconi en remplacement de Rocco Buttiglione.

[6Comme le faisait remarquer Jean Bricmont lors d’un récent débat auquel j’ai assisté et dont je m’inspire dans plusieurs parties du présent texte. Pour un exposé détaillé des arguments de Jean Bricmont, voir le texte publié dans le cahier de l’Herne consacré à Chomsky (2007), texte dont une version courte est disponible en ligne sur le site Mille Babords.

[7Sans parler des questions de la concentration des médias et de leur propriété, qui dépassent cependant le cadre strict de la liberté d’expression.

Messages

  • Il faudrait censurer ce blog :-)

    Plus sérieusement, dans ta déconstruction des arguments pouvant éventuellement justifier la limitation du droit à l’expression, tu ne me semble pas vraiment aborder la question de l’ordre public en dehors de ce cas précis. Argument tellement nul que pour justifier sa déconstruction ? Dans le cas de la manifestation de l’autre jour, peut-être. Dans d’autre cas, c’est peut-être moins évident. N’aurait-on pas du censurer la radio des Mille Collines ?

    Au plaisir de te lire

    • Mon texte est particulièrement perfectible. C’est le problème avec l’écriture rapide, avec la réaction à l’actualité. De toute évidence, ce texte mériterait d’être mieux structuré, d’intégrer des réponses à une série d’objections et de développer plus avant les enjeux pragmatiques du problème. Pour un exposé mieux structuré — et mieux écrit —, je renvoie à l’excellent texte de Jean Bricmont, cité en note, texte avec lequel j’ai beaucoup d’affinités, pour ne pas dire un accord plein et entier.

      Effectivement, je n’aborde pas la question de l’ordre public et sans doute aurais-je dû le faire (hum, je vais peut-être remanier ce texte). À ce sujet, Bricmont fait une différence entre les sociétés occidentales et les autres et précise que son propos ne s’applique qu’aux premières. Je pense que cela peut se comprendre dans la mesure où, ici et maintenant, aujourd’hui en Belgique, aucun usage pacifique de la liberté d’expression n’est susceptible de présenter un danger sérieux pour l’ordre public, en tout cas pas un danger que les forces de l’ordre ne puissent prévenir et contenir. Dès lors, je ne pense pas que les pouvoirs publics puissent interdire l’expression d’aucune opinion pour autant que cela se passe de manière pacifique. Leur mission est au contraire de protéger tout qui souhaite s’exprimer, fût-ce pour dire des bêtises.

      À ce sujet, la jurisprudence qui prévaut en la matière me semble particulièrement restrictive, notamment au niveau des délais et des modalités que prévoient divers règlements de police. Par exemple, à Liège (cas que je connais le mieux), il faut théoriquement demander trois mois à l’avance une autorisation pour toute manifestation sur la voie publique (y compris pour une simple distribution de tracts ou un simple rassemblement de dix personnes). C’est à mon sens abusif — ne serait que parce de très nombreux motifs de mobilisation ne sont pas prévisibles trois mois à l’avance —, cela entrave l’exercice effectif de la liberté d’expression et est par conséquent contraire à l’esprit sinon à la lettre de la Constitution (ce serait intéressant de savoir ce que le Conseil d’Etat penserait de cette question). D’ailleurs, pas grand monde ne respecte ces dispositions abusives, de sorte que les collectifs militants se retrouvent régulièrement en infraction.

    • Attentions aux pièges gros comme des camions,

      Il faut en toute chose savoir apprécier le caractère politique et concret d’un événement précis. les propos de jean bricmont n’ont pas été pronocé pour défendre le SIOE mais pour empêcher l’incacération de bahr kimyongur qui n’est ni raciste ni islamophobe et encore moins nazi....

      Je pense que dans le cas précis de l’action du SIOE, même si elle est difficile et si les arguments pour la critiquer sont bons, le bourgmestre de bxl a pris la moins mauvaise décision.

      La pire décision aurait été de ne rien faire et de laisser faire en 2007, 52 an après la victoire, un défilé nazi en pleine capitale de l’europe, voir pire d’en faire assurer la sécurité par les forces de l’ordre...

      La raison de craintes de troubles de l’ordre public majeur était pleinement justifiée du fait de l’intention délibérée des organisateurs de cette pure provocation.

      Certains auraient peut-être préféré des affrontements "communautaires" entre démocrate et nazi...moi pas.

      Les valeurs du fachisme n’ont pas leur place dans le débat démocratique (celle du communisme par contre oui)

      Je pense qu’en toute bonne fois on ne peut pas considéréer ce "truc" comme une manifestation "d’opinion", le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie ce ne sont pas des "opinions" çà doit être considérer comme des délits et poursuivi comme tel. c’est nottamemnt pour cela qu’on a condamner des écrivains après guerre(pour plus de fond relisez réflexion sur la question juive de Jp Sartre)

      pour moi et pour freddy thielemans ce n’est pas une "manifestation politique" qui a été interdite mais une tentantive d’agression verbale et si possible physique envers la communauté immigrée de confession musulmane. C’était son devoir de la protéger et c’est ce qu’il a tenté de faire.

      reste en effet maintenant le risque suite à cette décision répressive de voir légitimer le droit pour l’autorité de pratiquer l’interdiction de manifester librement.

      C’est le risque de donner une prime indirecte à cette action.

      C’est pour cela qu’il est important de souligner que cette action ne peut en aucun cas être considérée comme une "manifestation comme les autres", dire celà c’est tomber dans le piège tendu par l’extrême droite qui je le rappelle verrait d’un bon oeil l’interdiction de tout mouvements sociaux.

      plutôt que de condamner de manière un peu facile et superficielle la décision prise, je crois qu’il est beaucoup plus important de la défendre et d’en rappeler le cadre : à savoir une mesure d’ordre public de base visant à protéger les plus faibles contre une ratonnade menée sous couvert de "manifestation d’opinion"

      C’est politiquement, la meilleure manière d’empêcher que l’on puisse prendre comme prétexte cette interdiction pour légitimer d’autre interdiction de manifester.

      Il est important ici de ne pas donner dans le discours abstrait qui ferait le jeu d’une extrême droite européenne devenue virtuose du non-dit et de l’implicite mais qui n’a rien perdu de son antisémitisme et de son racisme violent.

      bien à vous

      alec de Vries

    • « Les valeurs du fascisme n’ont pas leur place dans le débat démocratique (celle du communisme par contre oui) »

      Cela, c’est vous qui le dites ! Les gens qui, aujourd’hui, détiennent la majorité au parlement pensent sans doute que ni le fascisme ni le communisme n’ont leur place dans le débat démocratique.
      Et demain, qui sait, un gouvernement décidera peut-être que le fascisme est une opinion tout à fait respectable, tandis que le communisme mérite d’être censuré.

      Le seul moyen d’éviter l’arbitraire consiste à permettre à TOUS de s’exprimer librement. Seule exception, évoquée par Jean Bricmont dans son texte, lorsque les paroles peuvent être assimilées à des actes.
      Exemple : si un homme a le doigt appuyé sur la gachette, qu’il vise un autre homme et que je lui crie "Tire !", je n’exprime pas une opinion, je commets un acte illégal.
      Autre exemple : si je crie "Au feu !" en pleine représentation théatrale, je n’exprime pas non plus une opinion.

    • Il faut en toute chose savoir apprécier le caractère politique et concret d’un événement précis. les propos de jean bricmont n’ont pas été pronocé pour défendre le SIOE mais pour empêcher l’incacération de bahr kimyongur qui n’est ni raciste ni islamophobe et encore moins nazi....

      Sans vouloir tomber dans un argumentaire d’autorité ni parler à la place de Jean Bricmont himself, c’est justement contre ce genre d’utilisation ad hoc des principes qu’il s’élève. Et il a très clairement pris position — lors de l’intervention qu’il a fait au week-end du CLEA — en faveur d’une autorisation de ladite manifestation, protégée par la police si nécessaire.

      plutôt que de condamner de manière un peu facile et superficielle la décision prise, je crois qu’il est beaucoup plus important de la défendre et d’en rappeler le cadre : à savoir une mesure d’ordre public de base visant à protéger les plus faibles contre une ratonnade menée sous couvert de "manifestation d’opinion"

      Je ne pense pas qu’il s’agissait d’une ratonnade. Dans ce cas, bien entendu, le bourgmestre était fondé à interdire. La question à se poser est : est-ce que la police était capable de contrôler d’éventuels débordements d’une telle manifestation. Si la réponse est oui, il n’y avait pas de raison d’interdire.

    • Pas de raisons vraiment... mmh je crois qu’on est pas d’accord.

      intéresant, tentons d’affiner les points de désaccord :

      1) considérer cette action du sioe comme une manifestation politique « normale » c’est de mon point de vue pas recevable et c’est d’ailleurs en ce sens tout les recours introduit par les organisateurs ont été rejetés.

      2) nier le risque encouru, s’est se bercer d’illusion sur le danger que représente l’extrême droite européenne (je vais quand même rappeler qu’un meurtre a eu lieu dans ce genre de circonstance en france, un certain brahim jeté dans la seine).

      3) nier l’utilité de cette interdiction c’est refuser de voir l’effet démobilisateur pourtant reconnu par les participants qu’a eu cette interdiction et le fait qu’elle ait permis d’interpeller les participants.

      4) la « liberté d’expression » n’est ici pas vraiment en cause, c’est plutôtle danger représenté par des groupes paramilitaires d’extrême droite qui ne mettent pas forcément de mot sur leurs actes (évidemment les « organisateurs » n’ont pas prétendus organiser une émeute raciste mais permettez moi de douter leur bonne foi).

      5) c’est important de souligner le caractère proprement particulier de la mesure prise pour justement qu’elle ne puisse pas rentrer dans le cadre d’une limitation de la liberté de manifestation.

      Enfin pour finir, je crois que c’est rendre un très mauvais service à la liberté d’expression que de mettre un pseudo-pogrom sur le même pied qu’une manif de gauche, c’est une position de... droite.

      bonne fin de journée

    • Hum, j’ai toujours du mal à te suivre.

      Si je tente de me glisser dans la position que tu défends, je vois deux manière de la tenir.

      1. Une position schmittienne [1] classique : la souverainté du régime est absolue et détermine ce qu’on peut faire ou pas faire. Notre régime démocratique, pour prétendre à la souveraineté, doit donc éliminer les expressions qui ne rentrent pas dans le cadre admis. Soit. Ça se défend, à la rigueur. Mais alors, il n’est plus possible, selon moi, de parler de liberté d’expression autrement que comme un oripeau du régime démocratique, c’est-à-dire que la liberté d’expression reste entièrement soumise à la souverainté. Bon, je n’ai pas l’impression que tu t’accomoderas de cette veine.

      2. Si l’on renonce à l’absolu schmittien, reste l’optique du libéralisme politique, qui va chercher à objectiver, à établir des critères, à désubstantialiser le jugement. On peut résumer cette posture par quelque chose comme « La loi est la même pour tout le monde » ou « La loi doit avoir une portée générale ». Personnellement, je me situe, au moins en ce qui concerne le présent débat, clairement dans cette seconde tendance. La diffculté avec ton argumentaire, c’est que je ne vois pas l’ombre du début d’un critère objectif pour déterminer ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. D’accord, les fachos sont des raclures. Mais comment écris-tu cela dans la loi ? Comment fais-tu pour que la loi interdise au SIOE de manifester mais autorise d’autres types de personnes à le faire ? Quel est le critère — général — que tu utilises ?

      L’usage de la violence ? Sur ce point on sera d’accord mais tu ne me montres pas — et je ne penses d’ailleurs pas — qu’il s’agissait ici d’une manifestation violente. Tu parles de « pseudo-pogrom », de « groupes paramilitaires d’extrême droite », mais où sont-ils ?

      Quel autre critère alors ?

      Le racisme ? Comme je l’explique, je ne pense pas que ça fasse sens de réprimer l’expression d’une opinion raciste, parce que racisme est de la bêtise et qu’on ne réprime pas la bêtise en l’empêchant de s’exprimer. Mais soit, admettons qu’on interdise le racisme. SIOE est-il raciste ? Ça reste là-aussi à démontrer. Bien sûr, des cohortes de racistes profitent de l’occasion pour faire parler d’eux ? Mais SIOE ? Ses écrits sont-ils racistes ? Trouve-t-on des déclérations racistes de la part de ses dirigeants ? Je n’en sais rien, je n’ai pas écumé leurs publications pour le savoir. Mais admettons que ce ne soit pas le cas (ce qui est, d’après ce que j’ai compris, probable) ? Quid ? Tu vas extrapoler, leur prêter des intentions supposées, des desseins cachés ? Je serais curieux de lire la formulation que tu trouveras pour permettre à la justice ce genre de procès d’intention sans ouvrir la porte à des dérives effrayantes qui, dans les mains d’un juge réactionnaire, se transformeront en danger de première ampleur pour les dissidents de tous poils.

      Bon, l’islamophobie alors ? Quoi, l’islamophobie et le racisme seraient une seule et même chose, dis-tu ? Alors là non, je ne suis pas d’accord. On a le droit d’être opposé à une religion, comme à tout système idéologique, sans pour autant être raciste.

      Personnellement, je me considère comme un adversaire du discours religieux — ou, plus exactement, de l’institutionnalisme religieux (parce que je n’ai rien contre les spiritualistes et autres inspirés lévitants) ; qu’il soit catholique, musulman ou d’une autre confession m’importe peu. J’ai plus que des réserves vis-à-vis du prosélytisme religieux. Il m’est très pénible de voir la pensée s’incliner devant un prétendu « divin » qui n’est à mes yeux qu’une forme d’institutionnalisation de l’autorité humaine, je ne supporte pas l’idée même qu’il puisse être possible d’organiser aveuglément sa vie selon une lecture littérale de textes « sacrés », quels qu’ils soient. Et par dessus tout, je trouve quand même assez redoutable l’idée que les cons devenus majoritaires puissent faire de leur religion, quelle qu’elle soit, la loi de tous.

      Je suis donc sans doute, selon la doxa en vigueur, islamophobe, de même d’ailleurs que catholicophobe ou protetantophone ou que sais-je encore. Bref, la seule différence entre moi et un islamophobe de droite, c’est que je ne suis pas décérébré au point de ne pas voir que l’islam et le catholicisme procèdent fondamentalement de la même logique, que je considère comme perverse et aliénante (et que, en conséquence, je ne brandis pas des croix chrétiennes sur la place du Luxembourg [2]) et que, accessoirement, je ne considère pas l’islam comme une « menace pour l’Europe » (mais bien le fascisme). Alors quoi ? Je suis raciste aussi, en plus d’être « islamophobe » et « de droite » ? Et d’ailleurs, si l’on pousse jusqu’au bout le raisonnement, mon propos concernant les religions ne serait pas une opinion mais une expression haineuse ?

      Tout ça ne rime à rien.

      En conséquence de quoi ta position est à mon avis intenable. Et si les recours de SIOE ont été rejettés, c’est parce que la liberté d’expression n’est pas garantie par la loi belge, ni plus ni moins.

      Ah oui, il reste la question du risque que représente l’extrême-droite. Sur ce point, on est d’accord ; ces gens sont effrayants, dangereux, haineux, indignes de cette fraternité à laquelle nous aspirons pourtant (enfin, moi en tout cas, j’y aspire, oui, encore un peu). Mais je considère à cet égard qu’il est plus efficace de laisser les fachos défiler une fois de temps en temps plutôt que de leur permettre de faire leur beurre sur le thème de la persécution. Parce qu’en les interdisant, tu ne leur interdis pas de parler, ils sauront toujours bien dire ce qu’ils ont à dire, mais le diront de manière plus détournée, moins lisible par le commun des mortels, voire de façon plus acceptable pour M. tout-le-monde, ce qui leur attirera de la sympathie supplémentaire ; par contre tu leur donnes une pub incroyable, insupportable. Oui, il est insupportable que ces types aient occupés la une des médias pendant des jours alors que si on avait autorisé leur manif minable et ridicule, peut-être n’auraient-ils suscité que ce silence méprisant dont les médias sont capables avec tant de monde (les mouvements de gauche, bien souvent).

      La connerie humaine ne s’éradique pas par l’autorité, elle se combat par l’éducation (à ce titre, il y aurait beaucoup de choses à dire sur l’école, et encore plus sur les projets de marchandisation sourde de l’éducation qui végètent dans les programmes de presque tous les partis politiques, sans parler des fédérations patronales), elle se combat, pied à pied, par le dialogue, la réfutation patiente de inepties dont nous sommes tous (à des degrés divers, certes) imbibés. Tous les cons sont récupérables par l’amour [3] et l’intelligence, les fondamentalistes religieux comme les fascistes.

      Et ça, c’est une position de gôche.

      [1Bon, oui, accessoirement, Schmitt était nazi, mais ne vas pas penser que je te traite de nazi pour autant. D’ailleurs, Schmitt est (malheureusement) sans doute plus lu à gauche qu’à droite aujourd’hui.

      [2Et d’ailleurs, en fait, je m’en fous un peu, de ces questions, j’ai plus urgent à faire que de me préoccuper de ce terrain-là, mais bon, sur le plan du débat intellectuel, je ne suis quand même pas prêt à concéder n’importe quoi, d’où cette tartine.

      [3Oui, l’amour. Y’a pas de monopole sur le concept, non plus ?

    • que de science cher ami ;-)

      je pense que cet échange de post va durer une bonne année ;-)

      j’ai pas lu Carl Schmitt, et je ne pense pas qu’il faille le convoquer sur le sujet.

      dans le sujet qui nous occupe,il s’agit :

      - de répondre de la manière la moins mauvaise à une provocation
      - de sauvegarder la liberté de manifestation

      pour cela, la moins mauvaise solution est à mon sens de dénier à l’action du sioe la qualité de manifestation d’opinion et il y a des arguments pour cela et dans ce cadre de la mettre dans la catégorie agression raciste envers la communauté musulmane.

      Le sioe se présente « officiellement » comme anti-raciste et anti-nazi mais il y aurait tout une thèse à écrire sur les stratégies de contournement mises en oeuvre par l’extrême droite pour rendre "acceptable" ses thèses sous le couvert de "la liberté d’expression"

      pour d’autre, (dont apparemment jean bricmont) il semble que la moins mauvaise solution aurait été de laisser s’organiser l’action du sioe sous bonne garde policière.

      Je ne peux pas adhérer à cette seconde solution même si je comprends ses motivations car elle est purement défensive et se rapporte à une confiance quelque peu spécieuse dans le droit bourgeois comme garant de la neutralité de l’état.

      Personnellement je ne m’illusionne pas sur la volonté de la police belge à combattre le fachisme, ni sur la volonté de l’état à garantir la liberté d’expression, tout au plus, je pense que le rapport de force politique permet de construire un espace plus ou moins large de contestation et d’influence politique en général. Dans ce cadre, la répression des actes racistes comme l’action du sioe va pour moi dans le bon sens (la gauche), d’où l’importance de son effectivité et le fait que l’on salue ces initiatives.(allez quoi, pour une fois que c’est eux qui s’en prennent sur la g..)

      Je dis seulement qu’il ne faut pas se tromper de combat, la liberté d’expression est par ailleurs en danger mais dans d’autres affaires (voir le proces dhkc), ni s’égarer en se faisant l’idiot utile d’un mouvement politique ennemi.

      Salutations de gauche

      alec de vries

    • je conseille à Alec d’aller faire un tour en Algérie pour voir si l’islamisme est vraiment si rassurant...
      A defaut qu’il lise donc Boualem Sansal.
      S’il n’y a que l’extrème droite pour crier "au feu" devant la propagation de l’islamisme en Europe, je m’inquiète pour l’avenir de la démocratie.
      Je suis donc "avenirophobe".

  • Un aspect qui n’est pas abordé me semble-t-il : dire la vérité comporte des risques. Pour soi ou pour sa famille. Un employé qui dénonce les mauvaises pratiques de son employeur est a peu près certain de se retrouver sans emploi. Si l’europe a fait un choix philosophique en faveur de la religion chrétienne, ce n’est peut être pas une bonne idée d’aller le clamer a proximité d’un quartier a majorité mulsumane. Parce que la police n’a pas nécessairement les moyens d’intervenir efficacement pour protéger la liberté d’expression.

  • Salut François,

    Entièrement d’accord avec tout ton article. Je ne pense pas que les objections d’incitation au meurtre (ou génocide) ou de trouble à l’ordre public qui t’ont été formulées contredisent de quelque manière que ce soit ta position. Car dans aucun des deux cas il ne s’agit de l’expression d’une opinion. La radio des Mille Collines lançait un ordre d’action préparé de longue date ; le trouble à l’ordre public consiste en certaines actions et non en paroles. Si les uns avaient dit "j’estime que chacun doit tuer son voisin" et les autres "j’estime qu’il faut perturber toute la circulation de la ville" (par exemple), cela relèverait de la liberté d’expression et on pourrait y répondre par d’autres opinions, à moins que ça ne mérite même pas une réaction (c’est le contexte qui détermine la crédibilité d’une opinion).
    Bref, merci pour ta réflexion très salutaire.

  • On lira avec intérêt ses propos de Jean Bricmont, prononcé lors d’une intervention faite le 9 septembre 2006 aux "Six heures pour nos libertés", manifestation organisée par le Comité pour la liberté d’expression et d’association, et consacrée à la défense de Bahar Kimyongur [1], belge d’origine turque poursuivi pour délit d’appartenance à l’organisation turque DHKP (voir http://leclea.be). Il faut remercier Thierry Delforge pour avoir assuré la transcription de cet exposé oral.


    Quelques remarques sur la violence révolutionnaire

    Je remercie le CLEA de m’avoir invité. J’espère qu’il ne va pas le regretter. Je dois reconnaître que je ne suis pas du tout spécialiste des problèmes des libertés, des lois sécuritaires, des Droits de l’Homme etc. Mon intervention va donc se situer un peu en dehors du thème général de la soirée. La seule façon dont j’ai pu établir un lien avec l’affaire Bahar, c’est de parler de la violence et de la violence révolutionnaire. Quand j’ai eu des discussions sur l’affaire Bahar, on m’a toujours parlé de la violence, du problème de la violence aveugle, du terrorisme du DHKP. Je ne vais pas légitimer la violence du DHKP, ni discuter de la situation en Turquie à laquelle je ne connais rien. Je ferai seulement quelques réflexions générales sur le rôle de la violence dans l’Histoire, pour terminer par des remarques sur ce qui me semble être le problème le plus important dans la politique internationale aujourd’hui, en relation avec les guerres au Moyen-Orient.

    Quand je veux parler de la violence révolutionnaire, je ne veux pas parler seulement de la violence « sympathique », celle des Sandinistes au Nicaragua, ou celle des Communards pendant la Commune de Paris, dont il est assez facile de trouver des gens qui en disent du bien. Mais de la violence qui est en général diabolisée ici, celle du Hamas, du Hezbollah, des révolutionnaires népalais, de la résistance irakienne, celle des Talibans etc. Avant de dire des choses qui pourraient être prises pour une apologie de la violence, je dois signaler que toutes mes actions passées et futures sont non-violentes et que tous les conseils d’action que je pourrais donner à quiconque seront toujours à caractère non-violent. Je pratique totalement la non-violence, mais je ne peux m’empêcher de le faire de façon critique. Je n’arrive pas à partager les discours occidentaux sur la non-violence quand il s’agit de la violence des autres.

    Le premier exemple que je vais prendre dans l’Histoire, c’est la Révolution française et les guerres napoléoniennes. La Révolution française était un événement très violent, et les guerres napoléoniennes l’étaient encore plus. Je pense par exemple à la Terreur : il y a pas mal de gens qui ont été tués et qui étaient totalement innocents. Il y a eu beaucoup de sang innocent qui a été versé. Néanmoins, l’impact de la Révolution française dans l’Histoire est énorme. C’est une révolte antiféodale et antireligieuse d’une radicalité qui n’a pas existé dans les révolutions anglaise et américaine, ce qui était sans doute lié à sa forme particulière de violence. La Révolution française est restée, pour les anarchistes, pour les marxistes, pour les bolcheviques, mais aussi pour les laïques du monde entier, en Asie, en Amérique latine et ailleurs, même dans le monde arabo-musulman, quand il y avait là des mouvements laïques, LE modèle de la révolution. Cela n’a pas été le cas des révolutions anglaise et américaine, qui étaient en fait aussi très violentes, mais d’une autre façon. Cette violence révolutionnaire, qui est en général très critiquée, a eu un impact non négligeable. Les guerres napoléoniennes, qui étaient d’une certaine façon le travestissement, le détournement et l’échec de la Révolution française, qui ont débouché sur la Restauration et qui, en ce sens, ont été un désastre complet, ont néanmoins eu un effet de déstabilisation par rapport aux monarchies traditionnelles en Europe et ont permis d’une certaine façon de répandre des idées révolutionnaires, bien que de façon ambiguë.

    Passons maintenant à la Révolution russe. Et prenons la période la plus noire de cette révolution, celle qui est la plus diabolisée, la période de Staline. Vous pouvez retourner les choses comme vous voulez, et je veux bien avoir un débat sur l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, mais les gens qui in fine ont battu les fascistes et les Nazis, ce sont les Soviétiques et ils étaient dirigés par Staline : c’est l’Armée rouge qui a porté le plus gros coup à l’armée allemande et qui a permis la victoire. Ce ne sont pas les démocrates occidentaux, ce ne sont pas les antifascistes occidentaux, ce n’est pas la République espagnole et ce ne sont pas les Anglo-américains qui ont mis fin au nazisme, mais les Soviétiques. C’est un fait historique, qu’on aime ou qu’on n’aime pas, mais c’est un fait historique qui est en général oublié et que, à mon avis, il ne faut pas oublier. On peut peut-être dire que les Anglo-américains ont empêché la progression des Soviétiques plus à l’Ouest mais il est certain qu’ils sont arrivés à un moment où les Allemands étaient déjà essentiellement vaincus.

    Prenez maintenant les luttes anticoloniales qui sont probablement le plus grand mouvement de libération du 20ème siècle. Toutes ces luttes ont été extraordinairement violentes. Beaucoup de gens aiment opposer la résistance irakienne à la résistance vietnamienne dont j’entends subitement dire beaucoup de bien. Mais je suis assez vieux pour me rappeler de ce qu’on disait de la résistance vietnamienne, à l’époque où elle avait lieu. Et à cette époque-là, que disait-on ? Ho-Chi-Minh qui dirigeait cette résistance était un produit de la III ème Internationale, c’est-à-dire de l’Internationale stalinienne. Et il a évidement éliminé l’opposition dans son pays. Quand il y a eu la réforme agraire au Nord-Vietnam, des dizaines de milliers de gens sont partis vers le Sud, à pied, ont voté avec leurs pieds, comme disaient les Occidentaux et leur départ a été utilisé par la propagande de guerre américaine. Donc, il ne faut pas reconstruire le passé aujourd’hui, en ce qui concerne la violence de la lutte vietnamienne.

    J’insiste sur le fait que je parle ici de la « mauvaise » violence, celle qui est injuste, qui implique l’usage de la force arbitraire, où des civils innocents sont tués, la violence des états, y compris des dictatures, mais qui, au regard de l’Histoire, a des effets importants, dont il n’est pas évident qu’ils auraient été pu être obtenus autrement.

    Je veux dire aussi deux mots sur les actions non-violentes, parce qu’en général, les gens qui critiquent ces méthodes violentes leur opposent la lutte pour les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis, la décolonisation de l’Inde et la lutte contre l’Apartheid. Mais ils oublient plusieurs choses.

    Dans la lutte des Noirs aux Etats-Unis, il faut comprendre, qu’à partir de Kennedy, le gouvernement fédéral américain a décidé de soutenir la déségrégation et de s’opposer aux menées des extrémistes blancs qui, en fait, avaient régné par la terreur dans le Sud des Etats-Unis jusqu’à ce moment-là. Que ce soit pour des raisons d’image des Etats-Unis ou des raisons de politique interne, je n’en sais rien, mais Kennedy a envoyé l’armée fédérale appuyer les mouvements de déségrégation. Et donc les extrémistes blancs se sont trouvés face à l’armée la plus puissante du monde, ce qui n’est pas exactement une situation de pure non-violence.

    Quand on prend l’Inde et le combat de Ghandi, il ne faut pas oublier que, quand il a réussi, il faisait face à un empire britannique qui avait été terriblement affaibli par les deux guerres mondiales. Et ni Guillaume II ni Hitler, qui avaient contribué à cet affaiblissement, n’étaient particulièrement non-violents.

    Quand on passe à l’Afrique du Sud, il ne faut pas oublier que les conflits dans les pays de la ligne de front, l’Angola et le Mozambique, étaient extraordinairement violents. Et l’intervention cubaine en Angola, violente évidemment, qui a permis de défaire l’armée blanche sud-africaine a eu un impact psychologique énorme sur l’Apartheid et sur la lutte contre l’Apartheid.

    Si on passe à la période actuelle, ce qui s’est passé au mois d’août de cette année est, à mon avis, un événement absolument historique parce qu’Israël, si l’on tient compte du rapport de force réellement existant, et de sa volonté d’avoir comme carte ultime son armée, qui est un moyen de dissuader, comme ils disent, toutes les forces arabes de la région, a été vaincu. Son armée a été vaincue par le Hezbollah. Elle n’a pas été vaincue complètement mais, par rapport à ses objectifs, qui étaient de détruire le Hezbollah, Israël et son armée ont complètement échoué. Mais c’est le Hezbollah qui a vaincu, lui, et non pas les mouvements de solidarité avec la Palestine, ni les mouvements de la paix. Le Hezbollah, armé par la Syrie et l’Iran, bien sûr : comment voulez-vous qu’il résiste autrement, alors qu’Israël est armé constamment par les Etats-Unis ?

    Prenons un autre théâtre d’opération, l’Irak. La résistance irakienne réalise un changement inouï dans la situation mondiale, parce qu’ils sont en train de bloquer l’armée américaine et les Etats-Unis, qui étaient supposés être la « nouvelle Rome », comme disait Condoleeza Rice quand ils sont entrés dans Bagdad, montrent qu’ils ne sont pas aussi forts que les Romains. En Irak, les Américains n’ont pas montré leur force mais leur faiblesse. L’armée américaine est complètement bloquée. Il ne faut pas croire ce que vous lisez dans la presse, qui est souvent relativement optimiste. Lisez les rapports des gens du Pentagone qui disent qu’ils n’en sortent pas, qu’ils ne contrôlent pas la situation, pas plus que l’armée irakienne. La situation est évidemment dramatique et, quand ils quitteront l’Irak, ils quitteront un pays qu’ils auront détruit. Néanmoins, la résistance irakienne aura eu pour effet de mettre fin au mythe de la toute-puissance américaine, et çà, c’est un événement historique. De plus, la résistance a été préparée sous l’ancien régime, c’est-à-dire celui, très violent, de Saddam Hussein. Il ne faut pas croire qu’il s’agit uniquement d’une résistance spontanée due au fait que les gens n’étaient pas contents de l’occupation. Elle a été préparée. Elle a commencé à peu près un mois après la chute de Bagdad. Je ne peux pas croire qu’une résistance d’une telle force et d’une telle organisation soit purement spontanée. Il suffit de comparer, par exemple, avec la résistance en Belgique ou en France pendant l’occupation allemande, qui n’atteignait pas la force de la résistance irakienne.

    Quand je dis ce qui précède, on peut prendre cela pour une apologie de la violence. Ce n’est pas mon point de vue. Mon point de vue n’est pas que j’aime Robespierre, Napoléon, Staline, Ho-Chi-Minh, Saddam Hussein, Nasrallah etc. Ce que je pense de ces gens là est compliqué mais n’a pas beaucoup d’importance. Pour moi, ce qui m’interpelle, c’est ceci : toute la violence révolutionnaire dont j’ai parlé est, dans tous les cas - ce serait facile à illustrer - une réponse à une violence contre-révolutionnaire antérieure. Une violence des classes dominantes, des colons, des impérialistes. Et ce qui me perturbe c’est la faiblesse, l’extraordinaire faiblesse, en Occident, de la résistance à la violence que l’Occident lui-même produit. Pendant la guerre au Liban, je crois que, sur l’ensemble du territoire des Etats-Unis , pendant un mois, il y a eu entre dix et vingt mille manifestants contre cette guerre. Ce n’est pas que les Américains soient tellement passifs : il y avait un million de personnes dans la rue pour une question liée au problème des sans-papiers et des immigrés. Je suis content qu’ils manifestent pour cela, mais comment se fait-il qu’il y en a un million pour cette cause-là et vingt mille pour une guerre qui provoque plus de mille morts, des centaines de milliers de réfugiés, des destructions inouïes et qui est entièrement soutenue par leur propre gouvernement ? Comment se fait-il qu’il y ait ce hiatus ? Il me semble qu’il y a un désintérêt pour les questions internationales, pour ce genre de question internationale, et surtout pour la question de l’impérialisme ; et il me semble qu’à cause de cette passivité, - par exemple la passivité lors de la première guerre du Liban, qui a donné naissance au Hezbollah - nous n’avons simplement aucun droit d’aller donner des cours sur la non-violence, la démocratie et les Droits de l’Homme dans le Tiers-Monde. Simplement parce que nous nous sommes déconsidérés en ne critiquant pas et en ne nous opposant pas suffisamment à la violence de notre propre système. Ceci me paraît être un raisonnement moral élémentaire, bien que je sois conscient du fait que beaucoup de gens ne sont pas d’accord avec moi là-dessus.

    Je termine par une remarque générale. Quand les opprimés utilisent des moyens de lutte généralement non-violents, comme Chavez, Allende, Arbenz au Guatémala dans les années 1950, Mossadegh en Iran, les Palestiniens pendant la période d’Oslo - on leur vole leurs terres, on se moque d’eux de toutes les façons, on ne les écoute pas, on les renverse etc. Et quand ils utilisent des moyens violents, comme la résistance irakienne aujourd’hui, le Hezbollah, le Hamas etc., l’immense majorité des intellectuels occidentaux, bien que, sans doute, pas ceux qui sont dans cette salle, lèvent les bras au ciel et crient à la démocratie, à la non-violence et au respect des Droits de l’Homme. Je pense qu’il serait très aimable de la part des oppresseurs de dire aux opprimés, une fois pour toutes, quelles armes ils ont le droit d’utiliser.

    En espérant que ces quelques remarques ne seront pas utilisées contre le CLEA ou contre Bahar, je vous remercie.

    Jean Bricmont , est professeur de physique théorique à l’Université de Louvain (Belgique). Il a notamment publié « Impostures intellectuelles », avec Alan Sokal, (Odile Jacob, 1997 / LGF, 1999), « À l’ombre des Lumières », avec Régis Debray, (Odile Jacob, 2003) et Impérialisme humanitaire. Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ?, ( Aden, 2005).

    A lire aussi de Jean Bricmont :

    - Pour illustrer ce qui est erroné dans la tendance dominante, commençons par le slogan « ni-ni » : maintenant que Milosevic est à La Haye, les Talibans et Saddam Hussein renversés, les partisans de ce slogan peuvent-ils expliquer comment ils comptent se débarrasser de l’autre partie du « ni », Bush ou l’OTAN ?

    L’espoir change-t-il de camp ?.

    Impérialisme humanitaire. Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ?


    [1] Bahar Kimyongur, citoyen belge d’origine turque, a été condamné le 7 novembre à 5 ans de prison.
    L ’historienne belge Anne Morelli compare l’attitude du ministère actuel de la Justice belge à celle de Paul-Emile Janson, en 1930, qui avait refusé l’extradition d’un anti-fasciste italien réfugié en Belgique "Bahar Kimyongur (réclamé par la Turquie et qui a déjà une fois risqué d’être livré par la Belgique au régime d’Ankara) n’a tué personne, est Belge, né en Belgique, et est réclamé par un pays autoritaire bien connu pour les mauvais traitements qu’il inflige à ses détenus".

    Voir en ligne : Quelques remarques sur la violence révolutionnaire

  • Bonjour,

    Il manque une catégorie aux raisons invoquées : l’incitation à la haine. On peut contester que les discours d’incitation à la haine dussent être sanctionnés. C’est une posture anglo-saxonne connue, qui ne fait pas du tout consensus en France ou en Europe. Mais, on ne peut passer la question sous silence. Par ailleurs, aucune législation européenne, ne sanctionne de discours pour "outrage à la vérité". Il s’agit là d’un moulin, pas d’un dragon. La référence à Faurisson est fort mal venue : en France le discours négationniste n’est pas sanctionné en tant que discours mensonger, mais en tant que discours antisémite, c’est à dire en tant que discours d’incitation à la haine.

    On peut contester la validité de cette base, mais pas sa nature. Nous avons ici un leitmotiv erroné des défenseurs de la liberté d’expression. Il peut être tout à fait légitime de défendre une liberté d’expression totale, incluant les discours racistes les plus violents — et dans ce cas, en conséquence, défendre aussi le droit des négationnistes à s’exprimer malgré la dimension d’incitation à la haine de leur discours — mais si on admet le caractère fondé de la sanction des discours d’incitation à la haine (qu’en pense l’auteur de l’article ?), il s’ensuit logiquement que la sanction de l’expression publique du discours négationniste est légitime. Il faut choisir : soit on libère la parole haineuse complètement, soit non. Quelques compléments à ces réflexions, ici (je m’en suis largement inspiré pour le présent message) :

    Voir en ligne : L’interdiction due l’expression publique discours négationniste

    • La haine ?

      Le petit Larousse illustré 1992 me dit :
      "Haine n.f. (de haïr) 1. Vive hostilité qui porte à souhaiter ou à faire du mal à qqn. 2. Vive répugnance, aversion pour qqch."

      Alors quelques exemples d’incitations à la haine. J’ai croisé sur le Net une pétition dénoncant le tronçon d’autoroute CHB. L’auteur en dénonce le manque de vision à moyen/long terme ainsi que le gaspillage (de son point de vue) des deniers publics. S’en suit une argumentation assez détaillée qui aura pour effet de développer chez un pourcentage des lecteurs une répugnance pour ce projet voire même une aversion. L’auteur, je tairai son nom en ces temps de répression de la liberté d’expression, me semble faire acte d’incitation à la haine... Faut-il le censurer ?

      Plus sérieusement, si l’on accepte communément que l’incitation à la haine puisse être une raison de censure, il faut se rendre que la censure pourrait, dans une interprétation au sens large, s’appliquer à un très grand nombre de cas. La censure ne doit être que l’arme de dernier recours dans une démocratie.

    • D’accord ; c’est une question importante. Et vous avez raison, j’aurais dû parler plus directement de cette question dans mon texte.

      Je crois que la question de la haine est une question politique importante, mais je ne vois pas comment elle peut passer de la sphère politique à la sphère juridique sans faire de gros dégâts, sans être terriblement contre-productive.

  • Nous sommes, en Belgique et en Wallonie-Bruxelles plus particulièrement, dans un société du politiquement correct. Certaines choses ne peuvent être abordées sous peine d’avoir directement des procès d’intention. J’illustre par un exemple. D’un point de vue criminalité on ne peut avoir d’études officielles indiquant si les personnes sont d’origine étrangère ou pas.

    Pourquoi ?

    Réponse communément admise : Ne donnons pas du grain à moudre aux partis extrémistes. Là en tant que scientifique et statisticien je m’insurge. Les chiffres et les statistiques ne colportent pas d’idées. Ce sont les interprétations données qui peuvent être détournées et/ou orientées. Pourquoi se priver d’indicateurs ? Sous prétexte qu’ils pourraient être mal utilisés ?

    Mais direz-vous, quel but honnête pourrait être atteint avec cette connaissance ? Et bien, cela pourrait être utile pour avoir une meilleure intégration des nouveaux arrivants. Savoir que certaines filières criminelles utilisent des personnes sans repères à leurs fins... etc.

    Même chose pour le chomage. En connaissant mieux la situation ne peut-on pas mieux mettre en oeuvre des mesures de mise à l’emploi pour les étrangers ? Il est naif de dire : il n’y a pas de différence entre les Belges et les nouveaux arrivants (autre langue, autre culture, ...) Et au lieu d’essayer de comprendre les différences pour pouvoir intégrer plus vite les gens ; on se cantonne dans un discours bien-pensant, blindé contre toute attaque ou soupcon potentiel...

    Et maintenant, on fait la même chose entre les hommes et les femmes. Non monsieur, il n’y a pas de différences. Il y a un magnifique exemple dans un des films des Monty Python où se tient une discussion incompréhensible entre plusieurs personnes qui veulent à tout prix dire "un homme (ou une femme)"... Hilarant et représentatif.

    En me relisant je remarque que j’ai utilisé le mot "étranger". Ce mot existe encore mais on le retrouve sous la dénomination "nouveau belge". Dangereux aussi "intégration". Et parler d’"étranger" et "criminalité", "chomage" dans un même paragraphe c’est du suicide ;-)

  • Voici un bel exemple sur le blog du recteur de l’ULG.

    http://recteur.blogs.ulg.ac.be/?p=141