mercredi 19 septembre 2007
On parlait mobilité sur la RTBF ce matin. Avec Pierre Courbe, expert en mobilité à Inter-Environnement Wallonie (qui vient de renouveller son site web), et Pascal Smet, ministe bruxellois de la mobilité.
Merci à Pierre qui n’a pas manqué l’occasion de poser une question sur le tram liégeois et l’autoroute CHB.
Pour mémoire, les enregistrements des deux parties de l’émission (Matin Première et Questions publiques) :
Petit à petit, le tout-a-la-bagnole wallon est en train de se faire ringardiser [1]. Et c’est très bien comme ça.
[1] Quoique, ce n’est pas encore gagné : on peut lire dans Le Soir de ce jour une hallucinante interview de Jean-Claude Phlypo, incarnation de l’immobilisme le plus complet. Ça fait peur.
Quel ne fut mon agacement ce lundi 17/09 de constater l’envahissement de la grande place piétonne entourant la statue de Charlemagne sur le bld d’Avroy par une masse de véhicules stationnés. Je me dis alors qu’un évènement a peut-être lieu et cause la venue d’un charroi supplémentaire de véhicules à caser.
Que nenni ! Toute cette semaine, ces lieux furent envahis de plus belles, même sur des espaces de pelouse annexes certains se garent, parfois l’espace pour les piétons entre la chaussée et une voiture se restreint à 50cm...
A quand les voitures dans le parc d’Avroy ?
Face à cette invasion grandissante se pose la question des mesures contraignantes et alternatives que prennent les dirigeants de la ville. A première vue, que dalle ! Le transit aisé des piétons ne semble pas être une priorité de nos têtes pensantes (?). Entre les voitures sauvagement garées sur les trottoirs un peu partout dans la ville et les terrasses de café de plus en plus envahissantes*, l’espace de déplacement pour les piétons se réduit parfois à rien*.
* Un exemple parmi tant d’autres : les terrasses du café "Cécile", au coin de la rue et de la place Cathédrale, débordent tellement que pour les contourner le piéton est obligé de descendre sur la route... J’ai signalé ce problème au patron qui n’en a eu cure.
Un article de Marco Van Hees paru dans le journal Solidaire du 1er juin 2005.
TEC : Phlypo (23.361 €/mois) refuse d’augmenter les chauffeurs (1.300€/mois)
Politiciens et médias s’acharnent contre les grévistes des TEC. Pourtant, ceux-ci se contentent d’exiger ce que nous souhaiterions tous : un salaire décent. Mais leur boss, Jean-Claude Phlypo, malgré son salaire indécent, est inflexible. Portrait.
Phlypo, le cumulard. L’administrateur général de la Société régionale wallonne du transport (SRWT, qui chapeaute les TEC) est membre du PS depuis 1967. Il a commencé sa carrière dans les cabinets de Robert Urbain, Guy Mathot et André Cools, dont il était le poulain. Et, comme ce bon monde, a pris l’habitude de cumuler les mandats (voir tableau). « Je suis un cumulard, dit-il, et je le revendique ». Par contre, quand en octobre 2000, La Dernière heure lui demande le montant de son salaire, il répond : « Je préfère le garder sous silence. » Nous avons donc été obligé de faire une estimation par comparaison avec des fonctions similaires. Résultat : un revenu mensuel net estimé à 23.361€ (942.000 FB).
Phlypo, le manager public au service du privé. Parmi ses nombreux mandats, Phlypo préside Eurobus holding (EBH). Puisant 650.000 euros dans les caisses de la SRWT, il a lui-même créé cette société privée en 1996 dans la perspective de la libéralisation européenne des transports publics. Active dans plusieurs pays, elle couvre trois activités : autocars de tourisme, bus scolaire et bus de ligne. Bus de ligne ? Oui, ces fameuses sociétés privées qui roulent pour le TEC dans les zones rurales et dont le personnel je divise pour régner ne fait pas grève.
Phlypo, le Dark Vador du droit de grève. Lors des grèves de 2000, Phlypo s’était déjà acharné avec une rare violence sur le mouvement syndical, menaçant de retirer 10% de leur crédit d’heures syndical aux délégués qui oseraient reconnaître la grève. Aujourd’hui, il est question d’imposer un « service minimum » aux grévistes. En clair : vive le droit de grève, sauf la grève qui fait mal. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas autoriser les grèves sauf en période de conflit social ?
Conclusion : échange phlypo contre boss réglo. Le PTB estimeque : 1) l’administrateur général des TEC ne peut gagner plus de trois fois le salaire de base ; 2) il doit être élu, contrôlable et révocable par le personnelet les usagers ; 3) tout le transport par bus doit appartenir à une société publique unique, ayant un seul statut pour tout le personnel.
Combien gagne Jean-Claude Phlypo ?
Mandats Estimation du salaire [1] Administrateur général de la SRWT 300.000 € Président d’Eurobus holding 200.000 € Président de l’intercommunale CILE 50.000 € Administrateur de la Sowaer 30.000 € Administrateur Port autonome Liège 30.000 € Echevin de la commune de Blegny 23.000 € Total annuel brut 633.000 € Total mensuel net 23.361 €
[1] Jean-Claude Phlypo refusant catégoriquement de dévoiler ses revenus, nous les avons estimés par comparaison avec les rémunérations en vigueur pour des fonctions équivalentes.
Cette liste n’est pas tout à fait complète.
D’après le Moniteur Belge du 13 août 2007, en 2006, Mr Phlypo était aussi :
président ($$) des Autobus et autocars Dujardin,
président ($$) de CILEX sa,
président ($$) des Etablissements G. Lienard et Cie,
administrateur ($$) d’Euro Liège TGV,
président ($$) d’Eurobus Holding sa,
administrateur de la Société de développement de Liège-Guillemins sa,
président ($$) de Sophibus sa,
président ($$) de Taxis Melchior,
président ($$) de TCM Cars,
administrateur de TSB sa,
président ($$) de Versô sa,
président ($$) de Lin Collard-Lambert,
président ($$) de Terranova SA.
($$) : mandat rémunéré
La question que je me pose à chaque fois : quand on gagne autant d’argent et qu’on en dépense si peu (je sais pas si vos avez remarqué, mais plus on gagne d’argent, plus on a des avantages en nature et plus on facilement invité au resto tout ça), on en fait quoi ?
J’ai beau être plutôt de droite (plutôt au centre en fait et accessoirement, convaincu qu’il y a des bonnes idées à prendre chez tout le monde ou presque mais passons), mais ces salaires démentiels pour les responsables me donne la nausée. Ok qu’un responsable gagne dans les 2500, même 3000 €. C’est logique, il a plus de responsabilité qu’un facteur.
Mais au délà ça devient juste une statistique qui coute cher à tout le monde et ne profite à personne (l’air de rien, faut vraiment se vautrer dans le luxe pour dépenser autant par mois).
Autre question que je me pose : j’ai déjà du mal à boucler mon boulot de petit employé administratif en 38h (ceci dit, ça me gène pas de bosser mes 38 et passer à 40 ne me gènerait pas plus que ça). Mais comment font-ils pour être efficace dans autant de poste à la fois ? Ça me fait doucement rigoler.
Et on ne dit pas pas quels sont les avantages en nature (ça m’étinnerais pas qu’il ait deux ou trios voutres de fonction (je connais en exemple) qu’il attribue sans doute lui même à des fidèles parmi les fidèle.
Quand on aura dépolitisé la Wallonie et mis fin à ces ridiculse cumuls de mandats et salaires hallucinants, la Wallonie ira sans doute mieux. Non pas que le budget allouer à des choses utiles va soudainement augmenter, simplement les gens auront d’avantage envie de bosser et non pas d’être juste dans des bonne grâces de quelques pontes (difficile de résister quand on a un loyer à payer et qu’on est sur un siège ejectable). Tant qu’on restera dans cette logique de clientélisme, on n’arrivera à rien avec les services publiques.
Une chose qui est tout à fait fascinante dans les inégalités effrayantes de richesse que génère notre société, c’est la distorsion de perception sur ce qu’est la richesse ou la pauvreté. J’avais lu un bouquin il y a quelques années (toujours à l’époque du franc belge) qui parlait de cette question. Ses auteurs avaient demandé à des gens très riches quel était, selon eux, le revenu d’une personne pauvre et les répondes données tournaient à l’époque autour de 60.000 francs belges par mois. Ensuite, les auteurs du livre avaient demandé à des personnes très pauvres ce qu’il croyaient être le montant du revenu d’une personne riche et ils avaient répondu... 60.000 francs.
Dans le fait, les écarts explosent évidemment de façon bien plus considérable encore. Et un Jean-Claude Phlypo — même s’il gagne probablement deux ou trois fois le salaire d’un ministre, voire plus ; c’est-à-dire 20 fois celui d’un ouvrier — n’est qu’un avorton par rapport aux vrais riches que sont les détenteurs de l’appareil de production, c’est-à-dire les gros actionnaires. Ces derniers, dès lors qu’elles ont hérité de leur patrimoine, sont pourtant souvent les personnes les moins méritantes de la société, ne travaillant pas et jouissant du travail des autres d’une façon parfaitement indécente.
En fait, si je suis assez d’accord avec ce que vous dites, je ne comprends pas comment on peut être « plutôt de droite » et tenir ce genre de discours. La politique fiscale de la droite est largement orientée vers l’augmentation du patrimoine des plus riches, le renforcement des inégalités. Parfois, c’est présenté de manière habile, mais sur le plan réel, les politiques fiscales de droite (et depuis deux décennies, parfois celles des sociaux-démocrates aussi) tendent à concentrer le patrimoine et les revenus dans un petit nombre de mains.
C’est pas faux, mais le clientélisme (dont Phlypo est un grand bénéficiaire, pour avoir autant de mandat, ils doit avoir la bonne carte de parti et inviter au resto les bonnes personnes) est selon moi un pur produit de ce que la gauche peut donner si on la laisse partir en vrille (genre en étant au pouvoir depuis 25 ans). Disons que je laisse un centième de longueur d’avance au MR sur le PS, mais au fond pour moi y en a pas un pour rattraper l’autre dans ce pays.
Disons que je serai du genre gestionnaire* : on essaye de voir les choses avec discernement et selon la situation on agit avec les politiques adaptées peu importe leur couleur. Ça malheureusement ça n’existe pas, les gens préfèrent rester prisonnier d’une idéologie.
*j’entends par là mon idéal politique pour gouverner un pays
