Une chose qui est tout à fait fascinante dans les inégalités effrayantes de richesse que génère notre société, c’est la distorsion de perception sur ce qu’est la richesse ou la pauvreté. J’avais lu un bouquin il y a quelques années (toujours à l’époque du franc belge) qui parlait de cette question. Ses auteurs avaient demandé à des gens très riches quel était, selon eux, le revenu d’une personne pauvre et les répondes données tournaient à l’époque autour de 60.000 francs belges par mois. Ensuite, les auteurs du livre avaient demandé à des personnes très pauvres ce qu’il croyaient être le montant du revenu d’une personne riche et ils avaient répondu... 60.000 francs.
Dans le fait, les écarts explosent évidemment de façon bien plus considérable encore. Et un Jean-Claude Phlypo — même s’il gagne probablement deux ou trois fois le salaire d’un ministre, voire plus ; c’est-à-dire 20 fois celui d’un ouvrier — n’est qu’un avorton par rapport aux vrais riches que sont les détenteurs de l’appareil de production, c’est-à-dire les gros actionnaires. Ces derniers, dès lors qu’elles ont hérité de leur patrimoine, sont pourtant souvent les personnes les moins méritantes de la société, ne travaillant pas et jouissant du travail des autres d’une façon parfaitement indécente.
En fait, si je suis assez d’accord avec ce que vous dites, je ne comprends pas comment on peut être « plutôt de droite » et tenir ce genre de discours. La politique fiscale de la droite est largement orientée vers l’augmentation du patrimoine des plus riches, le renforcement des inégalités. Parfois, c’est présenté de manière habile, mais sur le plan réel, les politiques fiscales de droite (et depuis deux décennies, parfois celles des sociaux-démocrates aussi) tendent à concentrer le patrimoine et les revenus dans un petit nombre de mains.