Les archives des Bulles

Première édition de la « République des blogs » à Bruxelles

mercredi 31 octobre 2007, par François Schreuer

J’ai participé hier soir à la première édition belge de la République des blogs. De quoi s’agit-il ? Non, non, pas d’un cercle de hackers anti-royalistes. Tout simplement d’un rendez-vous lancé sur le net aux blogueurs « politiques » (étant entendu que qui se reconnait dans cette dénomination est le bienvenu), relayé par la grâce propagatrice du réseau (le concept est né en France il y un an et demi, d’où le nom). Et une centaine de jeunes urbains netaholic de se retrouver dans un bar ixellois pour deviser informellement de l’air du temps et de leurs productions respectives. J’avais un peu hésité à y aller (c’est que j’ai une réputation à tenir), finalement, par curiosité, par intérêt très utilitaire aussi (à quoi ça sert d’écrire si on ne se fait pas connaître ?), j’y suis allé avec mon ami (et collègue de Mouvements.be) Walter Nepigo. Et, toute honte bue (bon, oui, j’arrête d’ironiser), c’était plutôt intéressant et plutôt sympathique.

Je ne vais pas faire la liste des gens que j’ai rencontrés (elle se trouve sur le wiki du machin), mais par contre noter ce contraste entre une hétérogénéité très forte des postures en présence combinée à une homogénéité sociale tout aussi marquée. On trouvait là des professionnels de la politique (mandataires politiques, journalistes,...), dont certains assez connus (quelques parlementaires étaient présents), autour desquels beaucoup de monde (et de caméras numériques) se pressait. Mais on trouvait aussi pas mal de quidams, plus ou moins pertinents, plus ou moins au fait de leur sujet. Dans le même temps, la diversité sociologique était très très réduite : jeunes, urbains (pour ne pas dire bruxellois), très majoritairement masculins (mais pourquoi les filles sont-elles aussi peu nombreuses dans ce genre de lieux ?), pour la plupart professionnellement impliqués dans le secteur de la communication ou dans le milieu politique — autrement dit, soyons explicites, plutôt privilégiés.

De cette homogénéité sociale découle assez directement l’idée que la pratique commune du blog (bien que sous ce terme se trouvent les usages les plus divers) fait communauté. D’où ce énième néologisme (qui me laisse un peu sceptique) de « blogosphère ». Et l’esprit un peu grégaire qui va avec. Pas mal des blogueurs présents se connaissaient déjà bien, voire se fréquentent régulièrement. Dans le même temps, pas mal de très bons blogueurs politiques (notamment quelques blogueurs de gauche, ou à tout le moins traitant de l’actualité sociale) n’étaient pas présents.

Autre constat (probablement lié au biais sociologique que je viens de souligner), la tendance politique semblait pencher assez nettement du côté du centre-droit, pour autant que je puisse en juger.

Bien sûr, il y avait quelques exceptions, évidemment, notamment quelques membres d’Ecolo, cat, karim et ronny qui m’ont parlé de mon très fameux post sur Juliette Boulet, qui n’emportait pas leur unanimité. Il y avait aussi un membre du PS, non blogueur, qui m’a dit qu’il était d’accord avec ce que j’écris sur le PS, ce qui m’a fait grand plaisir pour le PS.

N’empêche, j’ai eu l’impression de m’être aventuré fort loin de mon mes bases (bon, autant vous dire qu’il n’y avait absolument rien de commun avec le café syndical des métallos liégeois dont j’ai dit un mot la semaine dernière). Pour autant, l’ambiance, comme je l’ai dit, étant franchement détendue et cordiale, j’étais heureux de pouvoir discuter avec certains personnes qui sont à mille lieues de mes préoccupations habituelles et/ou sont objectivement des adversaires politiques sur bien des questions. J’ai par exemple pu parler, assez longuement, avec Alain Destexhe, du cas de Bahar Kimyongür et du caractère liberticide des lois anti-terroristes.

J’ai aussi discuté avec Luc Van Braeckel, un libertarien flamand qui avait traduit un de mes textes sur la Flandre. Reconnaissez que c’est là une situation pas banale, quand même (parce que, même en cherchant bien, j’ai quand même fort peu de prémisses communes avec un hayekien).

Autre discussion intéressante, avec Jean Quatremer (bon, j’ironisais sur les attroupements autour des stars, mais je n’ai pas fait autre chose, comme vous voyez), le très controversé (et très lu) correspondant de Libé à Bruxelles (il a notamment cette drôle de lubie de chercher à toute force à assimiler critique de gauche du libéralisme et pétainisme, ce qui est une forme de pensée par l’analogie qui me déplaît beaucoup pour son manque de rigueur). Discussion sur l’Etat, le post-étatisme européen dont il est le chantre. Comme il avait commencé par se foutre de la gueule des gauchistes — pro-Etat — qui n’avaient pas lu Marx, je lui ai parlé de Michael Walzer, qui me semble proposer des armes philosophiques percutantes pour défendre une posture républicaine, et notamment régulationniste. Bref, je ne suis pas (du tout) d’accord avec ses vues (celles de Jean Quatremer, je veux dire), mais le bonhomme est très sympa et plutôt ouvert au dialogue.

Rencontrer des centristes ou des gens de droite est quelque chose que je fais trop peu et qui a pourtant le plus haut intérêt. Pour cette raison et pour d’autres, je ne pense pas avoir perdu ma soirée.