mercredi 7 novembre 2007
Les députés flamands, majoritaires au Parlement, ont donc voté cette après-midi la scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV) en commission de la Chambre. Cette commission est présidée par le député Pieter De Crem, membre du même parti qu’Yves Leterme, l’(ex- ?)futur premier ministre. Dix des onze députés néerlandophones (CD&V/N-VA, Open VLD, SP.A-Spirit et Vlaams Belang) ont voté pour ; l’élue Groen Tinne Van der Straeten [1] (voir son blog) s’est abstenue. Les 6 députés francophones ont quitté la séance dès le début du vote.
J’ignore les conclusions qu’il convient de tirer de ce vote sur le plan institutionnel (sans parler de l’état de la désormais très improbable Orange bleue). Par contre, une chose est d’ores et déjà certaine : le cordon sanitaire est tombé — et pas n’importe où, puisque c’est sous les plafonds dorés du palais ironiquement nommé « de la nation » qu’a eu lieu cette forfaiture. Pour obtenir ce vote, en effet, une alliance des fascistes et des soi-disant démocrates du Nord du pays a dû être réunie.
Ca donne une idée de la gravité de la situation.
Merci aux Verts qui font demeurer l’un des seuls lieux de dialogue Nord-Sud dans ce pays.
Pour suivre : BHV, surtout garder la tête froide
[1] Dont on imagine le courage qu’il lu a fallu et les persiflages qui ont couru et vont courir sur son dos.
Entièrement d’accord avec toi sur le courage politique de la députée Groen !
Voici le mail que j’ai envoyé à Thierry Giet, chef de groupe PS suite à ses déclarations (Groen ! est resté en séance et a donc aidé à assurer le quorum pour permettre aux Flamands, y compris le Vlaams Belang, de voter ces propositions de loi.) :
Suite au vote flamand en commission de l’Intérieur, vous avez déclaré, à en croire le site du Soir et de la Libre, que :
"Groen ! est resté en séance et a donc aidé à assurer le quorum pour permettre aux Flamands, y compris le Vlaams Belang, de voter ces propositions de loi."Après avoir consulté le règlement de la Chambre, je m’aperçois que le quorum pour valablement voter se situe à la majorité simple. Autrement dit, le fait que Tinne Van der Straeten n’ait pas quitté la salle n’a en rien "aidé à assurer le quorum" et a, au contraire, indiqué que son groupe politique préconise une solution négociée plutôt qu’un passage en force, aidé en cela par les voix du Vlaams Belang. En effet, après le départ des députés francophones, il restait 10 députés sur 17. Le départ éventuel de la députée de Groen ! n’aurait en rien fait basculer le quorum.
J’avoue ne pas comprendre en quoi le comportement de la députée écologiste doit être discrédité.
Elle n’a pas rompu le cordon sanitaire.
Elle a montré qu’il y avait une troisième voie, celle du dialogue entre communautés.
J’aimerais connaître vos explications sur votre déclaration.
A vous lire
Ce cordon est une vaste blague blague. Politiquement, les morceaux de la VU ne sont pas bien loin du VB. Médiatiquement, ne pas en parler fait qu’on ne connaît même pas leur programme. Lire un tract de l’extrême droite ou écouter leur programme, c’est le meilleur moyen de ne plus vouloir voter pour eux tant c’est stupide et irréaliste.
Bonsoir
Je ne suis pas tout à fait en accord avec le fait que "le cordon sanitaire est tombé".
Cette vision des choses viendrait à dire qu’il faut systématiquement voter autrement que le VB, ou plutôt qu’un parti démocratique qui déposerait une proposition devrait voter contre cette proposition si le VB votait pour, de peur de se voir accuser de briser le cordon sanitaire et de s’appuyer sur les votes du VB...
Cela me paraît un peu simpliste.
Votre avis ?
Je m’attendais à cette réaction. Et je suis d’accord sur le principe : rompre le cordon sanitaire n’est pas seulement voter comme ou avec le VB (sans quoi, sous prétexte de ne pas tenir compte de lui, on finirait par prendre attitude uniquement en fonction de ses positions).
Là où le cordon sanitaire a été rompu, c’est dans la stratégie qu’ont suivie les partis démocratiques flamands. Cette stratégie reposait sur le fait qu’ils savaient pouvoir obtenir le vote en commission, or ce vote tenait aux voix du VB : si les deux élus VB s’étaient abstenus, prétextant par exemple des avancées insuffisantes à leurs yeux, le vote ne serait pas passé.
C’est parce qu’ils savaient cela et qu’ils ont quand même joué le jeu de la tension que les partis démocratiques flamands (sauf Groen, donc) ont à mon avis rompu le cordon sanitaire.
Ils sont capables de dire que c’est la faute de Groen puisque si je compte bien, 11 députés flammand - 2 députés VB, ça fait 9. C’était suffisant pour passer. Quelle bande de traitres à la cause flammande ces Groen.
Ceci dit, VB ou pas ce n’est pas le problème. Le problème c’est qu’on est sans gouvernement depuis 5 mois uniquement à cause de 1% de la population qui ne pourra plus voter pour certains partis. Ok, il faut protéger un minimum les minorités, mais là on est dans une logique de dictature des minorités. Il arrive un moment où l’intérêt général prime et continuer à se chamailler pour des anneries pareilles ne va rien résoudre. Ce que veulent les gens veulent en priorité, c’est une vie confortable (en vrac et sans vouloir être complet : un toit, de la nourriture, des soins de santé accessibles et une pension raisonnable). C’est en tout cas ce sur quoi un gouvernement fédéral peut agir directement et surtout ce dont il devrait se préoccuper avant tout. L’orange bleue est discutable sur bien des points, mais c’est le résultat des urnes (quoiqu’on puisse en penser) et continuer avec un gouvernement en affaire courante n’est pas vraiment une solution très intelligente.
Protéger une minorité c’est symbolique, surtout quand il s’agit de l’image que l’on transmet aux électeurs. Mais il y a aussi l’espoir d’engranger un maximum de compensations territoriales (Bruxelles) en prévision du jour inéluctable ou la Flandre nous lâchera.
Pour moi l’image elle est claire : on est en face de gosses qui se disputent pour un jouet alors qu’ils ont à peine commencé à faire leurs devoirs.
Je pense qu’aux prochaines élections je ne me déplacerai même pas, y en a vraiment pas un pour rattraper l’autre.
Quand je vois la plupart des réactions des gens c’est navrant. Tout le monde considère que ce qui est grave c’est le vote d’hier et par extension ce conflit communautaire alors que ce qui est grave (je me répète mais bon) c’est qu’on ne s’intéresse qu’à des querelles politiques. On aurait un gouvernement qui roule, un budget en équilibre, de l’argent pour les pensions pour 250 ans et une justice rapide (dans le sens pas d’arriéré judiciaire), allez-y : battez vous pour BHV. Mais là avec l’augmentation du prix de l’énergie, les problèmes environnementaux et les inverse de ce que je cite juste avant pour ne citer que ces problèmes là parmi tant d’autres, on perd son temps et on hypothèque réellement l’avenir du pays ou plutôt de ses citoyens.
Ne vous méprenez pas sur le propos de mon message précédent qui n’était qu’un constat de ce que je crois être les pauvres intentions de nos politiciens. Cette impression qu’ils jouent dans une cour de récré provient de leur vision étriquée et protectionniste. Notre tout petit pays manque effectivement de représentants ayant une véritable carrure d’"hommes" d’état, capables de se dépêtrer des querelles de clocher en rassemblant une majorité par des projets fédérateurs pour les deux communautés. Qualités que ne possède pas M Leterme malheureusement…
Hihi, j’avais bien compris que dans les grandes ligne tu partagais mon avis (je tutoie, vouvoyer ça me gonfle) à savoir BHV = accessoire.
En fait ce que je voulais souligner, c’était mon incompréhension face à ce que les gens avalent. En se basant sur le blog de matin première, on se dit que nos politiciens ont convaincu la population qu’il y avait plus que la langue maternelle comme différence entre un flammand et un wallon. Quelque part la Belgique a déjà cessé d’exister.
Ce qui fait un pays, ce sont ses citoyens pas ses institutions, son territoire ou son drapeau. Si les citoyen sont divisés, alors le pays est divisé.
J’ai pas lu de philosophe, je ne suis pas historien, je ne milite pas et je ne fais que survoler la vie politique. Mais là c’est quand même gros comme Euralille (ceux qui connaissent comprendront, pour les autres débrouillez vous) qu’on va droit dans le mur et qu’on nous prend pour des cons (en même temps ça marche, regardez la popularité de Daerden), et pas pour les raisons dont les médias veulent bien nous convaincre.
Un bon résumé de la journée d’hier : le dessin de Kroll "Quelle journée historique !"
Relevé dans LLB :
Pieter De Crem,le président de la commission de l’Intérieur : "Il n’est pas question de mettre les revendications communautaires au placard, assène-t-il à la VRT lors de l’émission "Ter Zake". Un gouvernement socio-économique en Belgique, ça n’existe pas". Un responsable du cartel CD & V/N-VA confirme : "On a gagné une étape avec ce vote en commission de l’Intérieur, mais on pense déjà à la lutte suivante.".
A quand le prochain passage en force d’une communauté contre l’autre ?
Ce sera peut être lors de l’ asymmetrische staatshervorming défendue par le professeur Matthias Edward.
Gérard Deprez n’a pas peur des métaphores osées pour expliquer le vote flamand sur BHV.
Dans le journal METRO du mardi 13 novembre 2007.
Les présidents du MCC, Gérard Deprez, et du FDF, Olivier Maingain, ont croisé le fer par média interposé.
... ...
Très en verve, il a commenté à sa façon le vote sur la scission de BHV.
"C’était comme une éjaculation précoce : ils voulaient tellement voter qu’ils ne pouvaient plus se retenir et ils l’ont fait", a dit l’ex-homme fort du parti social-chrétien.
En même temps, c’est exactement ça.
Dans Le Vif
La décision prise mercredi par le ministre flamand des Affaires intérieures, Marino Keulen, est une "deuxième gifle infligée aux francophones" alors que ces derniers n’ont, jusqu’à présent, reçu aucun des gestes attendus qui permettraient de renouer le dialogue entre les communautés, a fait savoir la présidente du cdH, Joëlle Milquet.
"Cette décision est un véritable déni de démocratie. Alors que le pays a besoin de signes d’apaisement afin de rétablir le dialogue entre les communautés, le ministre VLD envoie un signal totalement opposé", a-t-elle expliqué dans un communiqué. Les partis francophones ont dit attendre un geste de la part des partis flamands après ce vote. Mais il n’en est rien, constate le cdH. La présidente du cdH prendra contact jeudi matin avec ses collègues des partis francophones afin d’examiner ensemble les suites à donner à cette décision.
Dans la presse flamande :
De Morgen : Keulen legt nieuwe bom onder formatie
Standaard : ’Nieuwe slag in het gezicht’
Het Laatste Nieuws : Di Rupo noemt beslissing Keulen "nieuwe agressie"
Attention, il y a un dicton stupide qui dit : "Jamais deux sans trois."
Faut quand même remarquer que pour un vote communauté contre communauté, ça ne pourra jamais devenir une loi. Toute loi votée à l’assemblée doit être promulgée par le roi et le gouvernement. Or un gouvernement doit être paritaire francophones-néerlandophones. Bref, les flamands peuvent faire ce qu’ils veulent, ils ne pourront rien faire passer à moins de trouver des francophones prêts à accepter n’importe quoi pour gouverner avec eux. Ça me semble impossible.
Pour les bourgmestres, le plus drôle serait que les conseillers communaux des trois communes passent en affaire courante eux aussi, le problème c’est que ce sont les gens qui vont en patir. Il semble aussi que cette fois le ministre flamand à la loi contre lui (ou un arrêt de la cours constitutionnelle, je m’y perd un peu) qui permet aux élu des communes à facilité de tenir leur conseil communaux en français. Quant aux convocation pour les élections, qu’on ne me fasse pas rire. N’importe quel belge à défaut d’être bilingue a les notions suffisantes pour comprendre ce document en Français-Néerlandais ou même Allemand.
Je ne sais plus ou j’ai lu* qu’une idée super cool serait d’étendre les facilité à toute la belgique. C’est vrai que c’est pas bête, pouvoir choisir sa langue pour les documents administratifs avec en bonus la circonscription nationale pour la chambre et le sénat. Je crois que la majorité des citoyens y seraient favorable. Les politiciens par contre, je n’y crois pas trop.
*sans doute le blog de matin première, une émission à laquelle j’ai pris goût depuis deux mois.
une idée super cool serait d’étendre les facilité à toute la belgique
Ca a quand même quelques implications pratiques, notamment une exigence de bilinguisme vis-à-vis des fonctionnaires et autres représentants de la puissance publique. Ce qui est peu réaliste, faut-il le dire.
Par contre, peut-être que faire du Brabant (les deux provinces de Brabant et Bruxelles) une région intégralement bilingue serait une solution acceptable (étant donné le cadre étriqué dans lequel on évolue, en tout cas). Ce faisant, on remettrait au goût du jour l’antique plan Spinoy, dont j’ai été heureux de lire un rappel il y a quelques jours dans Pan.
Par contre, peut-être que faire du Brabant (les deux provinces de Brabant et Bruxelles) une région intégralement bilingue serait une solution acceptable (étant donné le cadre étriqué dans lequel on évolue, en tout cas)
Ik ben helemaal akkord met deze voorstelling over de tweetaligheid
1- Edito d’Olivier Mouton dans Le Soir du 14.12.07 Le chaos sur tous les ponts d’un navire perdu
Parfois, en songeant à cette Belgique en crise depuis plus de six mois, on se souvient du Titanic. Ici, l’iceberg était annoncé, mais notre Etat l’a heurté de plein fouet. Et sombre, lentement. Guy Verhofstadt sera-t-il le capitaine susceptible de colmater les brèches à la dernière minute ? Chaque jour qui passe, sa mission semble de plus en plus insoluble. Car le chaos règne sur tous les ponts du navire.
Jeudi, le parlement flamand a rajouté une nouvelle couche au désarroi et à la méfiance des francophones. En commission, tous les partis du Nord du pays ont voté une proposition de décret visant à rendre la Flandre compétente pour l’inspection pédagogique dans les écoles primaires francophones de la périphérie bruxelloise. En clair, une reprise en main de cet enseignement au nom du sacro-saint principe de territorialité. Une « nouvelle gifle » ou un « vote vexatoire » : la réaction francophone ne s’est pas fait attendre. Une procédure en conflit d’intérêt est entamée. Un nouveau bras de fer entre des Communautés qui se divisent chaque jour davantage. La confiance est au plus bas, à l’heure où une réforme de l’Etat est annoncée. Mais comment se parler dans un contexte où prime sans cesse la loi du plus fort ?
Cela brûle sur tous les ponts, disions-nous. Ainsi, la zizanie francophone fait-elle peine à voir. Le prétendu front des quatre présidents de parti, qui n’a jamais été très fringant, est au bord de la rupture. L’inimitié entre le MR, qui pourrait tout perdre dans l’aventure, et ce qu’il nomme le « cartel CDH-PS » est à son climax. Ironie du sort : alors que les partis francophones réclamaient un gouvernement au plus vite pour gérer l’urgence, ils sont à présent susceptibles d’être à l’origine du blocage. Surréaliste et dangereux : cela prouverait par l’absurde que le pays est ingouvernable…
Sur tous les ponts, on se fusille, on se déteste, on se charge. Le débat n’est guère plus limpide au Nord. Le SP.A a posé ses conditions pour une éventuelle participation, le CD&V est ouvert mais l’Open VLD râle.
Leterme et Reynders trépignent dans l’ombre. Guy Verhofstadt doit prendre l’initiative. Mais les jours passent, le navire s’enfonce et une question s’impose : mais où est passé le gouvernail ?
2- Le Kroll du jour : Le cauchemar de Didier
3- Edito de Michel dans La Libre Belgique Nouvelle fausse note en périphérie
En adaptant l’adage : "On peut plaisanter de tout mais pas avec tout le monde", on pourrait dire, pour ce qui est de la politique : "On peut voter n’importe quel décret, mais pas à n’importe quel moment".
Et le moment que vient de choisir le Parlement flamand pour voter le décret inspection scolaire dans l’enseignement francophone de la périphérie n’est pas le bon.
Venant après le vote sur la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde en commission de l’Intérieur de la Chambre, venant après la décision du ministre flamand de l’Intérieur de ne pas nommer trois bourgmestres francophones de la périphérie, voilà le Parlement flamand qui impose l’inspection scolaire dans les écoles francophones de la périphérie par l’administration flamande.
Quand bien même les leaders politiques flamands se sont voulus rassurants - à l’exception, évidemment du Vlaams Belang qui propose l’interdiction pure et simple de l’enseignement francophone - la méfiance s’est installée. Et on ne peut manquer de voir dans ce geste à haute valeur symbolique un pas supplémentaire vers la flamandisation totale de la périphérie. Un geste, après bien d’autres, qui n’a, sinon pour but, du moins comme seul effet que de rendre plus désagréable la vie des habitants du cru.
Ce vote laisse, à nouveau, la désagréable impression que là où la Flandre ne veut pas de consensus, elle s’impose par la force. Il est mille manières de multiplier les tracasseries et rendre de plus en plus difficile, voire impossible un enseignement de qualité. Et l’on sait combien les responsables flamands peuvent se montrer tatillons en la matière.
Un seul homme, il faut le dire, Jef Tavernier, de Groen !, a fait entendre une voix discordante. Il n’a pas approuvé le texte parce que le "climat du moment n’est pas serein", a-t-il dit. Et de demander la recherche d’un nouveau protocole d’accord entre les deux communautés.
Il n’a, faut-il le dire, pas été entendu ! C’est pourtant la voie du bon sens. D’autant qu’il n’y a aucune urgence, aucun motif même, de changer le système actuel si ce n’est la volonté d’affirmer que sur le "Vlaamse grond" la Flandre a monopole absolu et sans partage de la décision.
Une telle démonstration de force brutale relève presque de l’aveu de faiblesse.
4- Peut-être bien que les francophones, après tout, ont des têtes à claques.