Les archives des Bulles

Lendemain de la veille

jeudi 8 novembre 2007, par François Schreuer

Quelques éléments complémentaires sur BHV et suites, rapidement. Pour une analyse plus fouillée, voir mon billet d’hier.

Ce matin, dans le journal parlé de la RTBF, Vincent de Coorebyter, pénétrant comme à l’ordinaire (mais comment fait-il ?), expliquait que la réaction des négociateurs francophones de l’Orange bleue (suspension et non rupture des négociations) est somme toute modérée et que cette modération est d’une certaine manière le prix à payer pour la survie de la Belgique. Je partage cette analyse. Ainsi que le constat qu’il faisait, poursuivant son propos, du jeu très délicat dans lequel on entre de ce fait. Car si les francophones avalent le vote flamand sans (trop) broncher, celui-ci pourrait être suivi d’autres de même teneur (sur toutes les matières non soumises à une majorité spéciale). Comme l’écrit Béatrice Delvaux dans Le Soir, "les Flamands ont transgressé un tabou et peuvent avoir pris goût à cet exercice unilatéral de leur pouvoir. Les Francophones eux, ont subi une humiliation sans précédent et vont se vivre en victimes de l’ex-pacte belge." À l’inverse, précipiter une crise ouverte, en refusant de négocier, donnerait du grain à moudre aux séparatistes flamand. Il faudra beaucoup de talent et de subtilité pour se tirer brillament de ce traquenard.

MP3 - 16.1 Mo

Un peu auparavant, Elio Di Rupo avait pourtant surenchéri, exigeant de façon véhémente la fin des négociations de l’Orange bleue — on peut également lire une prise de position allant dans ce sens sur son blog : « Notre pays vit la crise politique la plus grave de son histoire, écrit M. Di Rupo Il n’y a pas de précédent. ». J’ai le sentiment que le président du PS a peut-être un peu perdu les pédales. On sent beaucoup de fébrilité dans sa réaction de ce matin comme dans diverses autres prises de position récentes. Il est vrai que la perte du leadership politique — toute relative que soit cette notion — au profit de M. Reynders, les tentatives du PS pour reprendre la main et le passage, jusqu’à nouvel ordre, des socialistes dans l’opposition impliquent d’importants changements stratégiques. Manifestement, on n’a pas encore trouvé le ton juste du côté du boulevard de l’Empereur.

Je vous suggère d’écouter l’intégralité du débat de ce matin sur la RTBF entre les présidents de partis francophones et Herman De Croo :

MP3 - 43.5 Mo

Dans le train de Bruxelles, un peu plus tard, je ramasse les deux éditions du jour du quotidien gratuit « Métro ». À la Une de chacune d’entre elles, la même photo des députés flamand — fachos compris — en train de procéder au vote d’hier. Et deux titres différents. Sur l’édition française, celui-ci : « le coup de force flamand » ; et sur la néerlandaise, celui-là : « Oranjeblauw is niet dood ». Un coup d’oeil à la devanture d’un marchand de journaux à la gare centrale confirme que la teneur du reste de la presse est à l’avenant. Toute la difficulté de gouverner la Belgique est probablement résumée dans ce simple constat.

À propos de cette Orange bleue, justement, toujours pas morte, en effet, on est interpelé, une fois encore par l’attitude d’Yves Leterme, dont on aura noté le mutisme pendant que ses compères de cartel exultaient. De deux choses l’une en effet. Soit l’épisode d’hier montre que le leader du cartel CD&V-NVA est débordé par ses troupes dont le vote constitue à première vue un coup de poignard à la négociation menée par Leterme. Soit celui-ci a organisé lui-même — ou à tout le moins cautionné — le « coup » d’hier. Dans les deux cas, la conclusion est la même : que ce soit en raison de son inconsistance ou de sa duplicité, Yves Leterme ne devrait pas rester formateur. Mais voilà, l’arithmétique électorale étant ce qu’elle est, le parti de « M. 800 000 voix » est incontournable. Et semble bien décider à ne lâcher ni son premier-ministrable, ni son allié séparatiste.

M. Leterme est incapable de faire aboutir la négociation. Il est incapable de se placer dans une posture d’arbitre, de premier ministre. Mais il est incontournable.

Les francophones ont-ils bien fait d’activer cette procédure du "conflit d’intérêt" ? Je n’en sais rien. Ca permettra en tout cas de gagner du temps — reste à espérer que ce temps soit bien utilisé. Mais après...

Messages

  • Il faudrait d’abord que Di Rupo s’efface définitivement pour redonner une force et un avenir
    à la wallonie. Celui ci après tant d’année de
    laxisme et de pusillanime est en partie responsable de la montée des extrèmistes flamingants.

  • Di Rupo avec sa réactions et son obsession des droits des francophones m’apparait comme presqu’aussi extrémiste (borné plutôt) que la NVA ou le FDF. Puisqu’il se prétend différent, qu’il veut l’unité de la Belgique qu’il commence par parler de la défense des droits des Belges.

    Sinon simple question : ça n’aurait pas été plus simple de garder un Branbant et de le rendre bilingue, voire d’étendre ça à tout le pays (avec l’Allemand en plus) ? Il y a des Néerlandophones qui vivent à Visé et des Fancophones à Tongres, les pauvres ils doivent voter pour des parti de l’autre communauté. J’aimerais vraiment pas être à leur place, on doit se sentir sale.
    Bref, il suffirait de dire au moment où on s’installe dans une commune dans quelle langue on veut recevoir ses formulaires administratifs et tout serait réglé ou presque.
    Je rappelle que BHV c’est en grande partie une question de langue dans laquelle sont imprimés des convocations électorales et quelques formulaires. On ne va pas forcer les francophones de la périphérie à porter un brassard avec un coq rouge, il n’y aura pas de raffle et les policiers flamands ne seront pas autorisé à tirer à vue sur toute personne parlant français dans la rue.
    Tant qu’à faire revenons à des partis nationnaux, mais là je rêve un peu. Pourtant si on avait des partis nationnaux comme en Allemagne ou aux USA (pays fédéraux avec de grands pouvoirs pour les landers/états mais avec des lois fédérales toujours au dessus des régionnales (la solution à Zaventem)), cette mascarade n’aurait jamais eu lieu.

    Je commence à préparer mon sac pour l’Alaska, qui vient avec moi ?

  • La différence de traitement par les journaux des deux communautés est quelque chose que l’on peut observer très souvent et pas seulement dans les moments de crise.

    Ce matin sur les ondes de la RTBF, Kris DESCHOUWER s’étonnait que les médias des deux communautés suivaient à ce point leur hommes politiques. Je trouve qu’effectivement cela pose question. On pourrait par ailleurs se demander dans quelle mesure l’inverse n’est pas vrai aussi.

    J’essaye de lire de temps à autres De Standard pour avoir un parfum de l’autre côté de la frontière linguistique. Je me dis souvent que ce serait utile d’avoir sur un site internet les éditos et les articles principaux des journaux des deux communautés traduit dans les différentes langues nationales.

    Je ne sais pas dans quelle mesure un tel projet pourrait voir le jour ; que cela soit par une collaboration des différents journaux ou par une initiative plus tendance wiki.

  • Edito par Michel Konen dans LLB du 09/11/2007

    Plus belge que ça, tu meurs !

    Nous voilà plongés dans une situation si typiquement belge qu’elle est inexportable. Après une de ces phases de dramatisation politique dont, seuls, nous avons le secret, voici donc revenu le grand beau temps.

    Rétroactes : jusqu’à mercredi 14 h 30, donc, tout citoyen normalement constitué croyait que la situation était claire.

    Pour les francophones, un vote flamand en Commision de l’Intérieur sur la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde conduisait nécessairement au naufrage de l’orange bleue. Pas question de poursuivre avec Yves Leterme comme formateur, ce dernier n’étant pas parvenu à s’imposer comme premier ministrable puisqu’il n’avait pas su trouver le compromis.

    Côté flamand, l’affaire paraissait tout aussi limpide : ne pas voter en Commission sur le dossier emblématique de BHV était hors de question dès lors que les francophones avaient refusé, selon eux, l’idée même d’une solution négociée.

    Donc, les Flamands votent. On s’attend au pire. L’orange bleue ne peut qu’éclater comme un fruit pourri.

    Rebondissement. Contrairement aux prévisions le ton des uns et des autres n’est pas celui que l’on attend. Les Flamands ne font pas dans le triomphalisme, c’est tout juste si les francophones ne sont pas ravis.

    Certes, le front des francophones se réunit pour dénoncer le passage en force des Flamands et décider d’actionner au départ de la Communauté française la procédure du conflit d’intérêt, première manoeuvre de retardement du dossier BHV. Mais pas d’ukase de la part du CDH et du MR à l’encontre de Leterme.

    Côté flamand, le CD & V/N-VA est atomisé dans la presse néerlandophone. L’argument : en votant, sottement, le dossier BHV est renvoyé aux calendes grecques et les négociateurs flamands se sont privés d’un moyen de pression.

    Les francophones, eux, expliquent désormais que ce vote est en fait une bénédiction. Certes, ils attendent un geste des Flamands : une promesse de ne plus recommencer. Mais pour le reste, c’est parfait. Mieux même : c’est quasi-officiel, le débat institutionnel est désormais hors gouvernement. C’est le Roi qui l’a dit. Et le CD & V/N-VA qui voulait que ce dossier reste au gouvernement est lui aussi ravi puisque la Roi permet de prendre en compte ces revendications.

    Business is business . Les affaires reprennent. Qui manipule qui ? Le scénario n’a pas été écrit à Hollywood. Les scénaristes sont en grève là-bas. C’est une histoire bien de chez nous.

    Dans le journal Le Soir de ce matin, en première page :

    Une crise en trompe-l’oeil.

    Dans quelle pièce la Belgique joue-t’elle ?
    Ce que nous vivons aujourd’hui n’est plus une crise. Il faut désormais parler - au choix - d’un jeu de dupes, d’un scénario kafkaïen ou d’un trompe l’oeil politique que l’initiative royale n’ a fait que renforcer ...

  • Un petit regret par rapport à "Bulles" : celui de ne pas trouver, dans les liens que tu référencies vers le reste de la blogosphère belge, un seul lien vers un blog néerlandophone.

  • Bonjour,
    je suis journaliste à TF1 et viens d’ouvrir un blog sur les blogs liés à l’actualité, baptisé "Le tour du monde en 80 Blogs"

    Je cherchais un blog, qui me permette de décrypter la situation politique belge, et suis ravi d’avoir découvert le vôtre.

    Je souhaiterais donc consacrer un billet à votre blog. Si vous en acceptez le principe, voici les quelques questions que je souhaiterais vous poser :
    Qui êtes-vous ?
    Pourquoi avez-vous crée ce blog ?
    Quelles sont vos sources d’information ?
    Votre intime conviction concernant l’avenir institutionnel de la Belgique ?
    Quels sont vos blogs préférés (et de préférence concernant l’actualité ?)

    Vous pouvez me répondre par écrit ou par téléphone, si vous préférez.

    Avec mes remerciements,

    Christophe PALLEE

  • Dans le journal Le Soir du 12.11.2007 (page 17).
    Une carte blanche de Marc Uyttendaele, professeur à l’Université libre de Bruxelles, intitulée "Albert II, première victime collatérale de l’Orange bleue".

    "Il est sans doute prématuré de faire le décompte des victimes de la tragi-comédie politique qui se joue dans notre pays depuis le 11 juin 2007. Il est une certitude, cependant. Parmi celles-ci, figurera le Roi, et de manière plus générale la monarchie. Dans un régime démocratique, on ne peut donner au Chef de l’État qui ne doit ses fonctions qu’à la loi du sang, un quelconque pouvoir. Il est, plus que quiconque, soumis à la loi de la représentation nationale. Cela, le constituant de 1831 l’avait parfaitement compris en inaugurant un système dans lequel le Roi règne, mais ne gouverne pas et dont les actes n’ont de valeur que pour autant qu’un ministre en assume la responsabilité. Il était, cependant, communément admls, jusqu’ici, qu’en période de formation du gouvernement, le Roi disposait d’une marge de manoeuvre accrue et qu’il pouvait mettre en jeu son autorité morale afin de favoriser le dénouement de la crise. Dans de telles périodes, plus encore qu’à l’accoutumée, le chef de l’Etat doit faire le choix de l’altitude. Il doit se situer au-delà des intérêts partisants et prendre des initiatives marquées par une exigence d’impartialité et la nécessité de faire prévaloir l’intérêt national sur toute autre considération. Dès lors que, en toute autre circonstance, le rôle du Roi est purement formel et symbolique, il est permis d’affirmer que la principale raison d’être - sinon la seule - de la monarchie consiste dans le rôle d’arbitre dévolu au chef de l’Etat dans les périodes où le monde politique, fragilisé par la crise, s’avère incapable, seul, de garantir le bien commun.

    Or, aujourd’hui, le constat est saisissant. Albert II n’a pas pris l’exacte mesure de sa mission. Plutôt que de se situer au-dessus de la mêlée, il se laisse instrumentaliser par les acteurs en perdition de l’Orange bleue. Déjà, au mois d’août, il avait joué dans une mauvaise pièce. Il avait accepté de prendre des contacts politiques en lieu et place d’Yves Leterme, formateur déjà essoufflé. Il avait confié une mission informelle à Didier Reynders dont il n’a jamais fallu consacrer l’échec puisqu’elle n’a jamais été dévolue officiellement. Enfin, il avait accepté d’occuper la scène en recevant un certain nombre de mnistre d’Etat, triés sur le volet, et cela dans le seul but de permettre en sous-main aux "partenaires" de l’Orange bleue de gagner un peu de temps et de ne pas devoir déjà jeter le gant.

    Au début de mois de novembre, un pas supplémentaire est franchi. Après le vote infâme intervenue en commission de l’Intérieur de la Chambre et la volonté d’une Communauté d’user de la force pour imposer ses vues à la minorité, le Roi, à nouveau, fait ce que lui demandaient les "partenaires" de l’Orange bleue. Plutôt que de se forger une opinion personnelle sur l’état de la situation politique en écoutant tous les responsables des partis démocratiques démocratiques du pays, il s’est contenté de recevoir Yves Leterme et de faire ce que celui-ci lui demandait : lui maintenir, en dépit de toute forme logique, une confiance dont il s’est avéré incapable jusqu’ici de se montrer digne et confier aux présidents de la Chambre et du Sénat, le soin de faire de la haute couture dans le tissu dégradé des relations entre francophones et flamands. Ce faisant, Albert II a accepter de jouer dans une pièce - dont on ne sait avec certitude qui a cautionné le scénario - dans laquelle la formation - topujours hypothétique - d’un gouvernement orange-bleu se ferait non seulement au prix d’une utilisation guerrière de la loi de la majorité au détriment des francophones, mais pire encore d’une promiscuité assumée des partis démocratiques flamands et de l’extrême droite. Car ce coup de force majoritaire n’eût pas été possible sans que ne soient mélangées les voix des partis démocratiques et celles, jubilatoires en l’occurence, du Vlaams Belang. Les démocrates francophones eussent apprécié qu’une telle dérive suscite un vague émoi de la part du Palais.

    L’instrumentailisation et partant l’affaiblissement du Roi sont apparus avec d’autant plus de force que, dès le lendemain, de l’initiative royale, nombre d’acteurs de l’Orange bleue se sont empressés de la déprécier, voire de la vider de tout son sens. Alors que le Roi demandait la formation rapide d’un gouvernement, le président du MR a indiqué que les négociations restaient à l’arrêt et que rien n’est plus relatif, compte tenu de l’ampleur de la crise, que le concept de "rapidité". Alors que le Roi venait de confirmer Yves Leterme comme formateur, le président du FDF, prenant acte de cette décision, relevait que l’intéressé n’avait plus l’autorité requise pour assumer cette mission. Alors que le Roi suggérait de dissocier la formation du gouvernement des débats institutionnels, le cartel CD&V/N-VA rappelait que sans avancée dans la réforme de l’Etat, il n’y aurait pas de gouvernement. Bref, le Roi est désavoué par ceux-là même dont il voulait assurer la promotion.

    Le Roi a donc été qu’un élément d’un dispositif tactique mis en oeuvre par certains pour essayer de sauver l’Orange bleue, mais ceux-là ne font rien pour sauver le Roi. Au contraire, en assignant à Albert II un rôle de rustine de l’Orange bleue, ils démontrent que, même dans l es moments où il eût pu en être autrement, la monarchie n’est pas un facteur de résolution de la crise. Ceux qui, notamment en Flandre, rêvent d’en finir avec ce système doivent rirent sous cape. Albert II est une victime collatérale de l’Orange bleue et la tentation sera grande, pour certains, de se dire que si c’est pour jouer le rôle qui est aujourd’hui le sien, il est possible de se passer d’un Roi qui n ’est pas capable de relever le débat et d’imposer aux acteurs politiques une plus grande hauteur de vue."

    • Marc Uyttendaele est quand même aussi souvent l’avocat du PS et dans sa vie privée a quelques relations non négligeables avec certaines personnes haut placées au PS.

      Cela n’empêche pas de prendre au sérieux son argumentation mais aurait-elle été la même si le PS était autour de la table ?

      Je lirais avec plus d’intérêt un avis de Marc Uyttendaele sur les prises de positions plus que discutables de ce cher Elio Di Rupo.

    • C’est sûr qu’un avocat marié à la ministre de la justice (quel choix judicieux d’autant plus qu’elle n’était pas à la justice en 1999-2003) qui critique la formation du gouvernement c’est le truc le plus crédible qui soit.
      Elio est-il désespéré à ce point ?

      LOrange-bleue ne brille pas par son sens des responsabilité, mais le PS parvient à s’enfoncer d’avantage en se réfugiant dans une logique du "c’était mieux avec nous, mais on ne veut rien négocier."
      Sérieux ils font un concours pour voir quel parti sera le plus minable ? Ecolo pourrait tirer son épingle du jeu, malheureusemet, la populace vote par habitude. En tout cas, je votais pour un des trois partis "historique" (MR, cdH, PS), il est clair que ces trois là se sont grillés pour longtemps avec moi.

  • C’est la fête du Roi : le dessin de Kroll

    Dans LLB

    Albert II dans la mare au Canard.

    Le Canard Enchaîné de mercredi s’en donne à coeur joie à propos de la crise belge. Deux caricatures, une citation ("les Wallons redoutent les Flamands rosses") et, surtout, une interview (presque) imaginaire d’Albert II titrée : "Le bla-bla pays qui est le mien..."

    Extraits. Le Canard : vous êtes le garant de l’unité de la Belgique. Albert II : donner la Wallonie, non, mais je peux vous la louer [...] Ou vous donner le Brabant wallon mais vous nous rendez Annie Cordy. Ou marier Sarkozy à une de mes petites-filles à condition que Johnny Hallyday chante en flamand.

    Le Canard : mais comment expliquez-vous cette crise politique depuis cinq mois ? Albert II : les Belges sont en train de démontrer qu’un pays moderne marche très bien sans gouvernement. C’est la même chose en France, mais vous ne le savez pas...

    Conclusion : Virons une fois pour toutes, tous ces politiciens (flamands et wallons) parvenus au leur niveau d’incompétence !

  • "J’ai le sentiment que le président du PS a peut-être un peu perdu les pédales."

    Si di Rupo perd les pédales, il va perdre une bonne partie de son électorat, non ?

  • Dans le journal Le Soir du 16.11.2007

    La spectaculaire histoire des rois des Belges est le roman le plus vendu de la rentrée littéraire belge avec plus de 28.000 exemplaires écopulés en trois mois. En apothéose de son livre, l’auteur Patrick Roegiers, dresse le portrait d’Albert II en "Roi-digue", dernier rempart contre un séparatisme qui a donné des sueurs froides à la famille royale dès 1830. Mais dont la marée clapote désormais aux portes de BHV à cause du réchauffement communautaire...

    Assailli par les vagues d’émotions de lecteurs à chacune de ses conférences ou de ses dédicaces, au Nord c omme au Sud, Patrick Roegiers a tressailli à la lecture du Soir, jeudi matin. Avec le refus de nommer trois bourgmestres francophones de communes à facilités et le discrédit porté à la mission de reconciliation des présidents de la Chambre et du Sénat, il a vu les dernières digues du Royaume céder. Invité au JT de treize heures de la RTBF par Thierry Bellefroid, il a appelé Albert II à poser un geste fort à la hauteur de ses ancêtres Albert Ier ou Léopold III.

    L’auteur se pose en écrivain citoyen et demande au Roi d’exiger l’organisation d’un référendum sur l’avenir de la Belgique.

    Albert II voit son territoire partir en flambeaux en même temps que l’histoire de son pays. Dans mon livre je l’avais surnommer le "Roi-digue" en référence à son grand-père, Albert Ier, contraint par les Allemands de se réfugier derrière les digues de l’Yser pour sauver la Belgique. Aujourd’hui, la crise est si violente qu’Albert II a, lui aussi, rendez-vous avec l’histoire. Face à ce pays en guerre contre lui-même, en proie à des forces véhémentes, il doit poser un geste fort. Face aux antimonarchistes et aux antibelges, il aura le soutien de son peuple. J’étais cette semaine à Gand et à Louvain-La-Neuve. D’un côté comme de l’autre, les gens sont en désaccord total avec le monde politique. Le Roi symbolise l’unité du pays. Lui seul peut réclamer, comme l’avait fait Léopold III en d’autres circonstances, un référendum où l’on poserait clairement la question : "Voulez-vous que la Belgique existe ?"

    Patrick Roegiers n’est ni historien ni politologue. Mais sa prise de position n’a rien de fantaisiste. En ces circonstances de tension communautaire extrême, il tente de dire tout haut ce que le plus grand nombre pense tout bas : "Je zappe le monde politique comme je l’ai fait dans mon livre, parce que je pense qu’il faut sortir du micmac actuel.Ce ne sont pas les hommes politiques flamands ou francophones qui nous tireront de l’embrouille, pas plus que les sages désignés, Herman Van Rompuy et Armand De Decker. Dans les situations extraordinaires, il faut oser élever la voix. Voilà pourquoi j’ai lancé un Scud vers le Palais en direct dans le journal télévisé et répété tout haut ce que les gens viennent me dire en masse."

  • Ce vendredi 23 novembre 2007 dans le journal Le Soir (page 22), une carte blanche de Suzanne de Lannoy, Avocate :

    Le présent document est parvenu par erreur sur mon fax. Les noms des émetteurs et des destinataires n’étaient pas précisés. Une rapide enquête a cependant permis de conclure qu’il s’agirait d’une note secrète adressée par un coordinateur des politiques « nationalistes » flamandes à ses membres. Je l’ai traduite en français et je l’ai envoyée au Soir.

    « Geachte Collegas,

    Comme nous en étions convenus lors de notre dernière réunion, je vous fais rapport sur l’état d’avancement de notre stratégie destinée à doter notre futur Etat flamand des meilleurs atouts en vue de la proclamation de notre autonomie.

    1. Je m’attarderai particulièrement sur notre préoccupation actuelle, qui porte sur le meilleur moyen de nous approprier définitivement Bruxelles. Il est clair que nous ne pouvons avancer à visage découvert. Nous devons adopter un double langage, qui nous permettra d’engranger des accords définitifs sur des points essentiels… sans que cela n’apparaisse fondamental aux yeux des francophones.

    Ainsi, BHV a été présentée comme une question « symbolique », alors que la longue absence de gouvernement qui en a découlé laissait apparaître l’enjeu – réel, pour nous – de BHV . De même, afin d’endormir la méfiance des francophones, nous avons laissé dire qu’il ne s’agissait que d’un vote en commission, sans effet juridique réel à long terme. En réalité, cette première étape, la plus difficile (ces « cinq minutes de courage politique »), mènera au vote définitif de cette disposition. La procédure en conflit d’intérêts et la sonnette d’alarme ne feront que retarder le processus, qui aboutira en 2009.

    Le gouvernement si péniblement mis en place ne refusera pas d’entériner un vote légal du Parlement.

    Le dernier recours serait la Cour constitutionnelle – mais elle sera alors présidée par Marc Bossuyt, lequel a fait des déclarations sur BHV lors de sa nomination, dont on peut tirer toutes les garanties que la Cour constitutionnelle présidée par un Flamand ira dans le même sens que la chambre flamande du Conseil d’Etat pour la périphérie.

    Dès que l’uniformité de notre « territoire » sera acquise par le vote définitif sur BHV et la suppression, dans les faits, des facilités, Bruxelles sera en Flandre. Nous proclamerons alors notre indépendance, en 2009, à l’occasion des élections régionales, date à laquelle notre budget sera en équilibre.

    Cette situation nouvelle devra être prise en compte par les autorités internationales qui auront à arbitrer le conflit qui nous opposera alors aux francophones quant à l’attribution de Bruxelles à l’une ou l’autre des régions. Nos arguments sont prêts : Bruxelles sera totalement enclavée en territoire flamand ; elle est la capitale de notre région depuis de nombreuses années et est habitée, la journée, à parité entre francophones et néerlandophones : elle doit donc être reconnue au niveau international comme capitale de la Flandre.

    Quand ce sera chose faite, nous accorderons aux francophones de Bruxelles des facilités équivalentes à celles de la périphérie, mais avec un délai d’adaptation qui sera clairement limité dans le temps.

    2. Le double langage actuel sur BHV est donc clairement destiné à nous assurer les meilleures chances d’aboutir à nos fins. Nos membres le comprendront d’autant mieux que c’est également sur la base de la désinformation que nous avons acquis notre statut d’acteur politique privilégié actuel. Depuis de longues années, nous avons véhiculé des idées fausses sur notre histoire et sur les francophones afin de créer dans la population flamande un sentiment de victimisation, et de fédération contre les francophones, qui fait le lit électoral de tous les partis flamands actuels.

    3. Afin d’endormir les francophones sur notre but réel, nous avons lancé le leurre des négociations de l’Orange bleue, alors que la formation du dernier gouvernement fédéral de notre histoire est le cadet de nos soucis… La résistance de Joëlle Milquet n’était pas prévue. Dire « non » comme elle l’a fait était la parfaite attitude à adopter pour bloquer le processus que nous avons engagé. Nous avons tenté de lui faire lâcher prise, en vain. Nous avons donc dû utiliser le plan B, en votant en force la scission de BHV, et en refusant la nomination des bourgmestres de la périphérie, pour fragiliser les facilités appelées, à terme, à disparaître.

    Nous prenions ainsi le risque que ces deux coups de force donnent lieu à une réaction de défense des francophones, vis-à-vis de l’étranger, dont il aurait fallu tirer les conséquences, à savoir la séparation de la Belgique à nos torts… et nous aurions perdu Bruxelles.

    Cependant, plus de cent soixante jours de négociations de l’Orange bleue avaient épuisé les négociateurs et les observateurs, qui n’y ont vu que du feu. Une petite rumeur lancée dans la presse selon laquelle Didier Reynders et Yves Leterme s’étaient mis d’accord sur le vote de BHV pour écarter la question, a suffi à mettre le feu aux poudres entre MR et PS. Aveuglé par la nécessité temporaire de mettre sur pied un gouvernement fédéral, Didier Reynders fait l’impasse sur les deux coups de force flamands et est prêt à céder sur les réformes institutionnelles.

    4. On aborde ici un nouveau point de notre stratégie de désinformation. Nous avons fait croire que la réforme de l’Etat fédéral que nous sollicitions était nécessaire pour renforcer notre Etat fédéral, dans le respect de chacune des communautés. En réalité, nous avons absolument besoin d’un maximum de transfert de compétences de l’Etat fédéral à la Région flamande afin qu’en 2009, notre Région ressemble déjà, légalement, à un quasi-Etat. Ces transferts de compétences nous permettront de transformer la frontière linguistique en frontière d’Etat.

    Il n’existe actuellement juridiquement qu’une terre belge, un seul territoire belge. La frontière linguistique ne sert qu’à définir la limite territoriale dans laquelle s’exercent les compétences régionales… Par contre, dès que les compétences de la Région flamande seront majoritaires par rapport aux compétences de l’Etat fédéral, nous pourrons prétendre que ces frontières purement linguistiques doivent devenir des frontières d’Etat. Les frontières d’Etat étant tracées, toute idée d’un référendum populaire organisé par une autorité internationale sera obsolète.

    5. Notre stratégie a jusqu’ici été très fructueuse. Mais nous ne devons pas nous voiler la face sur les dangers que nous aurons encore à surmonter.

    – Si Madame Milquet devait maintenir son « non », nous perdrions la possibilité de transférer les compétences de l’Etat fédéral vers la Région et, dès lors, de faire valoir, à l’égard des autorités internationales, que la frontière linguistique doit être considérée comme une frontière d’Etat. Un référendum serait alors organisé, notamment dans les communes à facilités et à Bruxelles.

    – Si les deux réconciliateurs, MM. Armand De Decker et Herman Van Rompuy, devaient organiser au Parlement un débat ouvert à la société civile et aux experts sur notre histoire réelle et sur la réalité des transferts, et si la presse francophone et la presse néerlandophone donnaient écho à ces débats, la volonté même de sécession disparaîtrait auprès des électeurs flamands…

    Tous les indicateurs actuels sont cependant très positifs : rien ne permet de croire que notre manipulation puisse être mise au jour. Je me permets dès lors d’insister pour que vous gardiez parfaitement secret ce P-V d’état des lieux de notre stratégie et vous fixe rendez-vous, victorieux, en 2009. »

    Signé : X.