Les archives des Bulles

Lendemain de la veille

jeudi 8 novembre 2007, par François Schreuer

Quelques éléments complémentaires sur BHV et suites, rapidement. Pour une analyse plus fouillée, voir mon billet d’hier.

Ce matin, dans le journal parlé de la RTBF, Vincent de Coorebyter, pénétrant comme à l’ordinaire (mais comment fait-il ?), expliquait que la réaction des négociateurs francophones de l’Orange bleue (suspension et non rupture des négociations) est somme toute modérée et que cette modération est d’une certaine manière le prix à payer pour la survie de la Belgique. Je partage cette analyse. Ainsi que le constat qu’il faisait, poursuivant son propos, du jeu très délicat dans lequel on entre de ce fait. Car si les francophones avalent le vote flamand sans (trop) broncher, celui-ci pourrait être suivi d’autres de même teneur (sur toutes les matières non soumises à une majorité spéciale). Comme l’écrit Béatrice Delvaux dans Le Soir, "les Flamands ont transgressé un tabou et peuvent avoir pris goût à cet exercice unilatéral de leur pouvoir. Les Francophones eux, ont subi une humiliation sans précédent et vont se vivre en victimes de l’ex-pacte belge." À l’inverse, précipiter une crise ouverte, en refusant de négocier, donnerait du grain à moudre aux séparatistes flamand. Il faudra beaucoup de talent et de subtilité pour se tirer brillament de ce traquenard.

MP3 - 16.1 Mo

Un peu auparavant, Elio Di Rupo avait pourtant surenchéri, exigeant de façon véhémente la fin des négociations de l’Orange bleue — on peut également lire une prise de position allant dans ce sens sur son blog : « Notre pays vit la crise politique la plus grave de son histoire, écrit M. Di Rupo Il n’y a pas de précédent. ». J’ai le sentiment que le président du PS a peut-être un peu perdu les pédales. On sent beaucoup de fébrilité dans sa réaction de ce matin comme dans diverses autres prises de position récentes. Il est vrai que la perte du leadership politique — toute relative que soit cette notion — au profit de M. Reynders, les tentatives du PS pour reprendre la main et le passage, jusqu’à nouvel ordre, des socialistes dans l’opposition impliquent d’importants changements stratégiques. Manifestement, on n’a pas encore trouvé le ton juste du côté du boulevard de l’Empereur.

Je vous suggère d’écouter l’intégralité du débat de ce matin sur la RTBF entre les présidents de partis francophones et Herman De Croo :

MP3 - 43.5 Mo

Dans le train de Bruxelles, un peu plus tard, je ramasse les deux éditions du jour du quotidien gratuit « Métro ». À la Une de chacune d’entre elles, la même photo des députés flamand — fachos compris — en train de procéder au vote d’hier. Et deux titres différents. Sur l’édition française, celui-ci : « le coup de force flamand » ; et sur la néerlandaise, celui-là : « Oranjeblauw is niet dood ». Un coup d’oeil à la devanture d’un marchand de journaux à la gare centrale confirme que la teneur du reste de la presse est à l’avenant. Toute la difficulté de gouverner la Belgique est probablement résumée dans ce simple constat.

À propos de cette Orange bleue, justement, toujours pas morte, en effet, on est interpelé, une fois encore par l’attitude d’Yves Leterme, dont on aura noté le mutisme pendant que ses compères de cartel exultaient. De deux choses l’une en effet. Soit l’épisode d’hier montre que le leader du cartel CD&V-NVA est débordé par ses troupes dont le vote constitue à première vue un coup de poignard à la négociation menée par Leterme. Soit celui-ci a organisé lui-même — ou à tout le moins cautionné — le « coup » d’hier. Dans les deux cas, la conclusion est la même : que ce soit en raison de son inconsistance ou de sa duplicité, Yves Leterme ne devrait pas rester formateur. Mais voilà, l’arithmétique électorale étant ce qu’elle est, le parti de « M. 800 000 voix » est incontournable. Et semble bien décider à ne lâcher ni son premier-ministrable, ni son allié séparatiste.

M. Leterme est incapable de faire aboutir la négociation. Il est incapable de se placer dans une posture d’arbitre, de premier ministre. Mais il est incontournable.

Les francophones ont-ils bien fait d’activer cette procédure du "conflit d’intérêt" ? Je n’en sais rien. Ca permettra en tout cas de gagner du temps — reste à espérer que ce temps soit bien utilisé. Mais après...