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La part du travail continue de baisser

mercredi 28 novembre 2007

La part des revenus du travail dans la richesse nationale est une donnée économique essentielle, absolument fondamentale. Ce chiffre constitue en particulier un bon indicateur du caractère plus ou moins inégalitaire d’une société. De ce fait, il reflète à mon avis assez fidèlement l’état du rapport de forces entre la gauche et la droite (bon, je vous préviens, c’est pas super réjouissant).

Sachez, chers lecteurs, que la part des revenus du travail dans la richesse européenne n’a jamais été aussi faible qu’aujourd’hui. C’est du moins ce que signale le rapport annuel sur l’emploi en Europe (disponible uniquement en anglais) de la Commission européenne, dont l’édition 2007 vient d’être publiée.

On y apprend que la part du revenu du travail dans la richesse globale est passée de 70% du PIB en 1975 à 58% en 2006 (pour l’Europe des 15). En ce qui concerne la Belgique, même tendance, un tout petit peu moins marquée : on est passé de 67% en 1981 à à 60% en 2006. En cause, selon le rapport : les politiques de modération des revenus, le chômage où la croissance des revenus financiers, mais aussi le remplacement croissant des travailleurs les moins qualifiés par des machines.

Et le reste ? demanderez-vous à bon droit. Qu’en fait-on du reste de la richesse nationale ? Le reste, tout simplement, ce sont les revenus du capital sous ses diverses formes (loyers, dividendes, plus-values, rentes diverses,...). Autrement dit, en caricaturant à peine, un travailleur européen qui bosse 38 heures semaines (oui, je sais, dans certains pays, c’est vachement plus) passe en moyenne 16h par semaine à trimer pour le seul portefeuille des actionnaires et autres rentiers. C’est ce qu’on appelle le capitalisme.

Il y a bien des choses à dire sur cette évolution très dommageable des choses (au point que la Commission elle-même s’inquiète pudiquement de ses conséquences préjudiciables à la « cohésion sociale »), dont on se contentera pour l’instant de prendre note.

Et puis, quand même, un petit jeu : essayez de dénicher dans un journal tirant à plus de 50.000 exemplaires un article un peu substantiel qui donne cette information et explique clairement ce qu’elle signifie (à mon avis, ce chiffre mériterait de faire la une de tous les quotidiens). Pour ma part, j’ai cherché sur le net, j’ai pas trouvé (il y avait une brève de 10 lignes dans le supplément économique du Soir de ce mardi). Cela dit, le machin ayant été publié lundi, on peut attendre quelques jours avant de tirer des conclusions.

10 Messages de forum

  • La part du travail continue de baisser 28 novembre 2007 12:21, par GuyPasEnsuite

    C’est vraiment le genre de statistique dont tout le monde devrait faire un tract. Car ça fait quand même plus de 100000 euros de pertes sur plus de 25 ans de travail, par rapport à la situation d’exploitation de l’homme par l’homme antérieure.
    Autre statistique aussi passionnante : le "problème" du financement des retraites en France, ces milliards qui manquent soi-disant, ce qui justifierait l’appauvrissement des travailleurs à la retraite : cela représente 20% des bénéfices des entreprises du CAC40. Bénéfices qui sont si hauts parce que les partis politiques qui se succèdent au pouvoir depuis des décennies accordent au actionnaires baisses d’impôts sur les bénéfices et baisses de charges (qui financent les retraites et la sécurité sociale).

  • La part du travail continue de baisser 28 novembre 2007 22:27

    J’ai eu la chance d’apercevoir la brève sur le site du Soir...

  • La part du travail continue de baisser 29 novembre 2007 11:17, par Pierre Lison

    Oui, mais si, comme tu l’affirmes, la part des revenus du travail dans la richesse nationale est un si bon indicateur du degré d’inégalité d’une société, comment expliquer alors que cette part soit plus importante aux Etats-Unis qu’en Europe ? Selon les chiffres de la BCE, le labour income share est de 65.8 % pour la zone Europe, de 69.3 % pour les USA, et de 76.8 % pour le Japon.

    Je suppose que tu seras pourtant d’accord avec moi concernant la caractère profondément inégalitaire (en terme de justice sociale) de la société américaine.

    Pierre

    PS : Je ne suis pas sûr non plus de te suivre concernant la corrélation entre le caractère (in)égalitaire d’une société et rapport de force gauche/droite. Intuitivement, je verrais plutôt la corrélation en sens inverse : n’est-ce pas plutôt quand la société fait justement face à des inégalités criantes que les revendications de gauche prennent toute leur force et leur sens ? Pour ne prendre qu’un exemple, si Lula da Silva a largement remporté en 2003 les élections brésiliennes, c’est précisément à cause des inégalités sociales dont le pays était accablé.

  • Une autre grille de lecture 29 novembre 2007 12:00, par Hobbart

    Permettez-moi d’apporter une autre grille de lecture à votre analyse :

    - Dans l’absolu, on peut se réjouir que la part du travail continue à baisser dans le calcul global des revenus produits par un pays. Vous avez beau aimer votre métier, il n’en demeure pas moins que le travail, quel qu’il soit, porte en lui des contraintes et un certain niveau de pénibilité. Réjouissons-nous de ne plus avoir à chasser ou pêcher toute la journée pour nous nourrir. Réjouissons-nous de pouvoir profiter, plus qu’avant et sûrement moins que demain, d’heures de loisir que nous mettons à profit pour dormir, nous promener, jouer du saxophone, tenir un blog ou... travailler à une oeuvre potentiellement génératrice de revenus futurs.

    - Qu’on soit cadre supérieur, fonctionnaire ou ouvrier, nous effectuons tous un choix rationnel qui nous amène à fixer notre part de travail et notre part de loisir (ou de "non-travail"). Après ce qui a été dit précédemment, on comprend l’attitude des individus qui préfèrent vivre de rentes plutôt que de s’échiner à l’usine ou au bureau. Je ne juge pas ici (contrairement à vous) la moralité de leurs choix : je me contente de dire qu’il sont logiques (ou rationnels). Voilà pourquoi des quinquagénaires ayant payé leur maison partent en pré-pension, voilà pourquoi des propriétaires louent leur bien et travaillent à mi-temps, voilà pourquoi des cadres jouent en bourse ; voilà pourquoi aussi des personnes qui ont peur de s’ennuyer à la maison préfèrent se rendre chaque jour au boulot, voilà pourquoi des chômeurs peu qualifiés préfèrent toucher leurs allocations et effectuer par-ci par là un petit boulot en noir. Partant de ce constat, je vois mal pourquoi les revenus générés par un loyer ou par des stock-options seraient plus condamnables ou "malhonnêtes" que ceux générés par le travail : votre généralisation me paraît trop rapide.

    - Quelles sont les véritables causes de la modération salariale ? J’en retiendrai deux principales. 1) Le taux de chômage élevé, qui introduit une concurrence sévère sur le marché du travail, et qui rend de nombreux travailleurs interchangeables ("si ça te plaît pas, je trouverai bien ailleurs"). C’est ce qui explique en partie la rigidité du marché du travail, et les protections bétonnées apportées au travailleur en cas de licenciement. 2) Le taux d’imposition extrêmement élevé en Belgique. Je ne vous apprends rien en vous disant que nous figurons dans le peloton de tête mondial. Prenez le salaire réellement payé par un patron à son travailleur, retirez les cotisations sociales et les impôts de toutes sortes, et vous amputez le montant de départ d’environ 47 %. Cet argent volé par l’Etat n’est pas pris en compte dans les chiffres du revenu généré par le travail, puisqu’il s’agit de taxes. Donc, si l’Etat vampirisait moins ceux qui contribuent à SA richesse à lui, on obtiendrait déjà de meilleurs résultats.Permettez-moi donc de rectifier votre proposition : "un travailleur belge qui bosse 38 heures/semaine passe en moyenne près de 16 heures/semaine à trimer pour le seul portefeuille de l’Etat et de ses sbires (fonctionnaires, politiciens, cabinettards, etc.)." Ces derniers étant de plus en plus nombreux, il est donc normal que la part globale du revenu du travail diminue.

    - Un dernier mot sur la mécanisation du travail, que vous semblez honnir. Savez-vous que, sans elle, notre pays ne figurerait pas parmi les plus performants dans de nombreux domaines (le montage automobile, tiens, pour ne citer que cet exemple), et que cette mécanisation a permis d’augmenter la qualification (et les salaires) de la main-d’oeuvre ? Lisez Bastiat : l’épargne permise grâce à la mécanisation du travail récompense l’inventeur ou le capitaliste qui aura mis en place la nouvelle technique. Juste retour des choses, et sur le plan moral vous ne pouvez le discuter. Résultat : la mécanisation vient effectivement grossir la part de revenu générée par ce que vous appelez le "revenu du capital". Je passe sur les effets indirects de la mécanisation, qui vous permettent de vous déplacer aujourd’hui dans des voitures/vélos/trams confortables et pas dans des carrioles tirées par des chevaux.

    • Une autre grille de lecture 30 novembre 2007 12:41, par GuyPasAprès

      N’importe quoi ! L’argent est toujours généré par le travail. Un appartement qu’un enculé de bourgeois qui en possède plusieurs loue ne génère pas d’argent. L’enculé de bourgeois prend une partie de l’argent généré par le travail d’un travailleur qui ne possède pas d’appartement car les lois de la bourgeoisie permettent à certains enculés de posséder plusieurs appartements, pendant que des êtres humains se retrouvent SDFs ou esclaves de la si malsaine spéculation immobilière.
      Les machines sont fabriquées par des travailleurs, surveillées et entretenues par des travailleurs, approvisionnées en matières premières par des travailleurs qui travaillent comme des merdes dans des mines pendant que des rentiers aussi cons que toi dorment la conscience tranquille sur leur matelas de fric.
      Vivement la prochaine révolution pour qu’on en finisse avec la bourgeoisie, la classe à la conscience la plus fausse que l’humanité ait jamais connue.

      • Une autre grille de lecture 30 novembre 2007 15:48, par Benito Staline

        Faut un peu nuancer. Que des gens possèdent plusieurs appartement et fassent payer un loyer n’est pas en soit un problème. Faut payer un concierge, entretenir l’immeuble etc, tout ça par des travailleurs qu’il faut payer.
        Les actionnaires qui investissent pour faire vivre une entreprise, ça n’a rien de mal.

        Le problème vient du fait qu’on a laissé partir tout ça en roue libre. Vouloir tout bruler n’est pas plus malin que de laisser faire le capitalisme pur et dur sans le moindre garde fou.

        • Une autre grille de lecture 30 novembre 2007 22:57, par GuyPasAprès

          Qui parle de brûler quoi ?
          Le capitalisme brûle déjà la Terre ; ça brûle trop comme ça.
          Le problème c’est celui de la démocratie directe : la vraie démocratie, enfin ! Là on pourra partager démocratiquement toutes les richesses, tous les appartements, le travail,...

          • Une autre grille de lecture 1er décembre 2007 13:02, par Louis XIV

            C’est vrai que la bourgeoisie, c’est la pire chose qu’on ait jamais connue. Revenons à la monarchie de droit divin.

            • Une autre grille de lecture 1er décembre 2007 16:19, par GuyPasAprès

              Tu te drogues dur ? Parce que pour réagir de manière aussi illogique à ta lecture abrutissante de mes réponses...

  • La part du travail continue de baisser 7 décembre 2007 11:34, par Pierre Robette

    Tiens c’est une erreur de post ou bien mon court message a-t-il été censuré ? En gros il disait ceci de manière imagée : si le capitalisme fait qu’une minorité de travailleurs exécutant un travail agréable peut assurer le bien commun d’un majorité alors pourquoi pas ?