Les archives des Bulles

Décret « inscriptions », pff

vendredi 30 novembre 2007

J’ai été me ballader cette nuit dans Liège, pour aller taper un brin de causette avec les parents de futurs élèves du secondaire qui attendaient devant certaines écoles du centre-ville pour y inscrire leur progéniture. J’y ai rencontré toutes sortes de gens, et pas seulement des bourgeois. Je dirais même que j’ai surtout rencontré des gens « normaux ». J’ai discuté avec une aide-soignante, avec plusieurs ouvriers, avec un militaire de carrière, une cuisinière,... Aucun d’entre ceux-là n’avait pu prendre congé et tous s’apprêtaient donc à travailler ce vendredi après une nuit blanche et glaciale (mais pourquoi avoir fixé la date le 30 novembres demandaient-ils, nombreux ?). Aucun d’entre eux ne pensait que le décret était une bonne chose.

Certaines des écoles devant lesquelles ces gens faisaient la file n’ont pas, les années précédentes, connu de saturation précoce ni ne sont réputées pour refuser des élèves sur des critères sociaux, ethniques ou autres. Mais devant le phénomène de pénurie organisée, il était plus prudent, aux yeux de ces parents, de venir faire la file. Le moins est de le comprendre. Et de comprendre que Mme Arena n’entend rien à la théorie des jeux (parce que provoquer une pénurie artificielle dans des écoles où il n’y en avait pas, au motif de rendre l’enseignement plus accessible à tous, c’est quand même très fort).

Je ne vais pas répéter ce que j’ai écrit il y a peu sur ce décret, mais je ne comprends pas que Marie Arena s’entête à prétendre que son décret va « donner à tout le monde les mêmes chances ». C’est faux, parce que tout le monde n’a pas la possibilité de faire 24 heures (si ce n’est 48) de file pour inscrire son enfant dans l’école la plus prisée (à tort ou à raison, d’ailleurs). Quid, par exemple, des gens qui travaillaient cette nuit ?

Mme Arena voudrait plomber sa « bonne intention » qu’elle ne s’y prendrait pas autrement. Plutôt que d’organiser un tirage au sort qui aurait probablement été beaucoup plus équitable, malgré le travers qu’on peut trouver, aussi, à ce système, elle a fait perdre de nombreuses heures, fort pénibles de surcroît, à plein de gens. Pour, au final, obtenir un changement quasiment nul dans la ségrégation scolaire (sans parler du beau paquet de voix perdu par le PS dans l’opération).

Bref, comme l’écrit Nico Hirtt dans Le Soir de ce matin, « S’il faut reprocher quelque chose à Marie Arena, ce n’est pas d’avoir voulu réguler les inscriptions d’élèves, mais de l’avoir fait beaucoup trop timidement ».