Les archives des Bulles

La RTBF télé, officine de propagande du pouvoir

lundi 17 décembre 2007, par François Schreuer

Il y a parfois des reprises de contact avec la réalité qui sont un peu pénibles.

Hier après-midi, comme annoncé ici, une manifestation était organisée à Liège pour protester contre la construction de l’inutile autoroute Cerexhe-Heuseux/Beaufays (CHB), demander un changement de priorités dans la politique de mobilité en Wallonie et promouvoir les alternatives au transport routier, à commencer par la construction d’un nécessaire réseau de tram dans l’agglomération liégeoise.

Environ 550 personnes selon un comptage effectué rue des Guillemins (probablement 600, ou un peu plus, compte-tenu des arrivées ultérieures) se sont retrouvées lors de cette manifestation. C’est sans doute bien peu si l’on compare ce chiffre à celui des milliers de participants à la parade « RTL » de Noël qui polluait le centre-ville de Liège de son envahissement publicitaire samedi soir. Mais c’était déjà pas mal quand l’on voit à quel point l’immense majorité des citoyens occidentaux renonce si souvent à l’exercice de ses droits civils et politiques. L’ambiance était chouette, on croisait plein de gens motivés, on se prenait à rêver un instant de possibles alternatives à cette politique suicidaire qui nous est infligée aujourd’hui.

Puis, au journal télévisé de la RTBF, regardé pour l’occasion chez des proches disposant d’une télévision, c’était la douche froide.

Sur les deux ou trois minutes du reportage, intitulé « Le retour du tram à Liège », seules quelques secondes, en fin de reportage, ont en effet consacrées à une vue de la manifestation ; le reste étant dédié à des interviews de dignitaires politiques appartenant tous au même parti expliquant combien ils aiment le tram et en sont les promoteurs. Un peu comme si le PS avait organisé une conférence de presse un dimanche pour annoncer le retour du tram (après quoi la manifestation apparaît au téléspectateur non informé comme dépourvue d’objet puisque le pouvoir politique est déjà en marche). Sauf qu’il n’y a pas eu de conférence de presse.

À aucun moment, la journaliste de la RTBF n’estime utile de questionner ces dignes éminences sur les raisons de ce soudain intérêt alors qu’en des années de mandat, c’est l’inertie qui a été leur ligne de conduite. À aucun moment, la journaliste ne parle de la manière dont ils comptent financer ce projet — alors que cette question est évidemment centrale à l’heure où le gouvernement wallon s’apprête à investir 400 millions de ses rares deniers dans une autoroute inutile. Tout au plus nous est-il permis d’entendre le ministre Marcourt annoncer fièrement qu’il a débloqué une somme de... 300.000 euros pour une étude.

Quelques bonnes intentions d’un ministre et d’un bourgmestre,... et voilà tout, estimez-vous servis, braves gens. Pour le débat, il faudra repasser. Notez que pour faire le compte, la servile officine du boulevard Reyers a annoncé le chiffre de 300 manifestants, de toute évidence nettement sous-évalué, de même qu’elle évite scrupuleusement de donner la parole à un porte-parole du mouvement ou à un manifestant. Elle parvient même à ne pas évoquer le projet d’autoroute CHB — tant qu’à faire évitons les sujets qui fâchent.

Tout cela ne serait encore rien si la situation évoluait effectivement, si le pouvoir politique était vraiment en train de prendre les choses en main. Jusqu’à preuve du contraire, tout laisse penser que ce n’est pas le cas et que nous n’assistons qu’au jet d’un peu de poudre aux yeux, que des années se passeront encore avant que, forcé par l’évidence de la saturation généralisée du réseau, un tram soit enfin construit. Et tout laisse penser que c’esr alors un projet au rabais, mal fagotté, mal pensé, sous-financé, qui sera mis en place.

On a ainsi appris cette semaine qu’un projet (d’un montant d’un peu plus de 100 millions d’euros) a été rentré au FEDER (fonds de développement régional européen) en vue d’obtenir un financement européen pour un mode de transport structurant à Liège. Passons sur la probabilité assez faible de voir ce financement attribué et constatons que la somme demandée est très largement insuffisante pour la construction d’un transport structurant à Liège. Là encore, on se demande si il ne s’agit pas tout simplement d’une diversion.

Il est parfois bien détestable de constater à quel point le pouvoir peut utiliser les instruments médiatique dont il dispose à des fins de manipulation et de propagande ; à quel point, aussi, la RTBF peut s’asseoir sur sa déontologie pour plaire au pouvoir en place. Ce bidonnage manifeste de l’information est cependant instructif en ce qu’il montre que nous touchons juste.

Il est aussi instructif en ce qu’il montre que le Parti socialiste considère aujourd’hui les mouvements sociaux comme des menaces qu’il convient d’étouffer et de réduire au silence et non comme des alliés potentiels. Nous avons pourtant multiplié ces derniers mois les signes d’ouverture en direction de l’aile réputée progressiste de ce parti dont il nous semblait naturel de solliciter le soutien. Pour toute réponse, nous aurons donc eu droit à cette récupération organisée.

J’ai le sentiment de plus en plus marqué que le triste état de la région liégeoise est dû pour une part non négligeable à l’état déplorable du débat public qu’il est possible d’y tenir, à une culture démocratique défaillante. Il n’y a pas à Liège de discussion collective sur l’avenir de la région, les grands projets y sont décidés au mieux de manière plébiscitaire, le plus souvent de manière technocrate. Il n’y a pas de délibération citoyenne ; les slogans font office de. Les carences des médias sont à cet égard particulièrement frappantes ; en particulier, on n’y trouve quasiment jamais de débats. Pour publier un texte d’opinion, il faut aller chercher les pages de débat des quotidiens nationaux. Même la télévision locale RTC n’organise tout simplement aucun débat.

Comme échos de la lutte que nous menons, nous aurons eu quelques articles, quelques petites phrases reprises ici et là ; jamais une possibilité d’exposer de manière un tant soit peu structurée un ensemble d’arguments. Jamais, a fortiori, la possibilité d’une confrontation avec les promoteurs du projets CHB. Sans doute me rétorquera-t-on que c’est la loi du genre et je ne jette pas ici la pierre aux journalistes tenus de faire tenir une information dense en peu de place. Reste que la vie démocratique liégeoise semble véritablement anémiée par l’absence d’un espace public digne de ce nom, par l’ignorance crasse qui en découle (combien de citoyens, à Liège, sont seulement au courant du projet de construction de l’autoroute CHB ?).

Quoi qu’il en soit, le combat continue. Ce lundi, à 18h15, nous nous retrouverons avec ceux qui le souhaitent devant l’hôtel de ville de Liège pour distribuer au bourgmestre de Liège aux élus liégeois une lettre ouverte appelant les autorités liégeoises à enfin prendre leurs responsabilités dans le dossier de la mobilité.