Les archives des Bulles

Et un crachat pour finir la journée

mardi 18 décembre 2007

Y’a des soirs comme ça.

Retour de Bruxelles, tout à l’heure, sur le coup de 21h. Les trains avaient, comme souvent [1], pas mal de retard. Compter 2h15 pour le retour à la maison après avoir franchi les portes de la gare du midi. Ca fait beaucoup tout de même quand on habite au centre-ville de Liège.

Plus tard, le train ayant péniblement traversé — via les si ferroviaires Tienen et Landen — Brabant, Campine, Hesbaye et autres étendues de terre noire, sortir, à Ans, de la grosse boîte en fer sur roulettes, de l’odieuse boîte aux banquettes mal foutues. Sortir pour ne pas étouffer. C’est un rien plus long, Ans, que depuis les Guillemins, mais on gagne quelques (petites) minutes et puis ça descend presque tout le temps. On trouve les arrangements qu’on peut, pas très rationnels peut-être.

Descente à vélo, par sans doute deux ou trois degrés en dessous de zéro. On aurait pu mieux s’organiser mais pas de gants disponibles et une veste trop légère qui donne furieusement envie de rejoindre la chaleur du poële qu’on sait proche. Alors qu’on cherche un compromis entre vitesse et évitement des taques d’égoûts non sans respirer les particules fines du trafic qui monte en sens inverse, des coups de klaxon résonnent. On dérange, manifestement.

Pas question, bien entendu, de s’écraser pour laisser passer. Question de survie, tout simplement. Toujours se laisser un mètre de jeu pour parer aux imprévus. Surtout quand on roule vite. Le pressé attendra pour dépasser. Il attend un peu, un rien, quelques petites secondes sans doute. Dépasse en serrant, ne laissant que quelques dizaines de centimètres, sans raison, juste pour marquer son territoire, le tout en pleine accélération. Le non-respect du code, qui prévoit un mètre de distance de sécurité, est évident. Ce type joue avec ma sécurité pour son plaisir mal placé. Je lève le poing et lui gueule un « connard » retentissant. Je sais, c’est pas très constructif, mais faut saisir le contexte.

Alors qu’il devait déjà être à 60 kilomètres heures, il freine brusquement, serre un peu plus encore, ouvre sa vitre, gueule un truc inaudible. Moi je rétorque, tout en veillant à ne pas me faire prendre en sandwich entre lui et la file de voitures stationnées :
— « Tu nous mets en danger à conduire comme ça. » Est-ce là une sorte de café politique qui s’amorce, improvisé à 40 à l’heure dans la descente d’Ans par moins deux degrés Celsius ? Il répond, en tout cas, hurlant toujours et pour cause :
— « Serre à droite, pour laisser passer les bagnoles ». Il y a des impératifs, je vous jure. Moi je me dis qu’un petit rappel du code s’impose :
— « On a le droit de rouler comme ça », je lui hurle.

Pour toute réponse, ce brillant personnage se contentera, dans un geste remarquablement maîtrisé, marque sans doute d’une longue pratique — geste pour tout dire époustouflant d’adresse dans la situation que je viens de vous décrire — de me cracher à la gueule.

Notes

[1Par exemple comme ce matin, où le train pour Bruxelles s’est payé une bonne demi-heure de retard. C’est un mal récurrent. Pas plus tard qu’en début de soirée, aujourd’hui même, installé dans un bar bruxellois, attendant un ami, je lisais dans les pages de La Capitale un article sur le sujet. On y lisait les explications d’un responsable de la SNCB : "Cela fait des années que nous nous réunissons pour trouver des solutions aux problèmes récurrents des retards et nous n’en avons pas". C’est hallucinant ! Le manque de personnel est chronique à la SNCB, les syndicats répètent et expliquent que le manque de personnel en est à mettre en cause la sécurité. Mais la SNCB n’a pas de solution. Brillant. Authentiquement brillant.