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Quelle réponse à l’augmentation des prix de l’énergie ?

vendredi 11 janvier 2008, par François Schreuer

Je reçois pas mal de courriels ces jours-ci m’invitant à signer des pétitions cherchant à « lutter » [1] contre l’augmentation du prix de l’énergie. Il y est principalement question de demander des subventions à la consommation, sous diverses formes (primes diverses, réductions de la fiscalité, etc). Je peux comprendre. Mais je ne veux pas signer. Pour une raison très simple qu’il serait bon que tout le monde comprenne : ces mesures — très coûteuses pour les pouvoirs publics au demeurant — ne sont qu’emplâtre sur jambe de bois. Pire : elles constituent des subventions indirectes aux multinationales pétrolières et — en incitant à la consommation (et donc en renforçant la demande) — elles aggravent in fine la situation.

La question théorique sous-jacente est celle du caractère plus ou moins incontournable du marché comme forme d’arbitrage de l’allocation des ressources. Pour ma part, si je refuse de considérer le marché comme naturel ou irremplaçable, je ne pense pas non plus que l’économie soit nécessairement et intégralement politique, que ses phénomènes soient complètement réductibles au vouloir des acteurs. En particulier, je pense que l’expérience de la rareté est difficilement évitable. C’est précisément celle que l’on vit aujourd’hui.

Et dans cette discussion qui s’amorce, il est amusant de constater à quel point les postures politiques implicites des uns et des autres sont finalement à géométrie variable. Si vous voulez bien me pardonner un fifrelin de caricature, disons que les automobilistes furieux, ceux qui ont tout fait pour se mettre dans la situation qui est la leur aujourd’hui — soutenir la fiscalité scandaleuse des voitures de société en votant conscienscieusement pour le MR, aller faire leurs courses dans des grandes surfaces en périphérie des villes, habiter dans une maison quatre façade loin de toute infrastructure, refuser de soutenir les services publics,... —, invoquant à tour de bras pour se justifier le réalisme et le pragmatisme de leur posture, les voilà, ces superbes, qui proclament sans vergogne que les 21% de TVA sur l’essence sont une « honte ». Quelle dérision !

Car dans le même temps — géométrie variable disais-je —, il est des gauchistes [2], de ceux qui clament le pouvoir de la volonté sur la matière, pour rappeler quelques fondamentaux de la théorie néoclassique. Et notamment qu’il serait peut-être temps de s’interroger sérieusement sur cette véritable et colossale rente pétrolière que nous versons quotidiennement à des pétro-monarchies et autres trans-nationales planétophages dont on se demande bien ce qu’elle ont fait pour mériter tant de complaisance.

Les solutions à notre présent embarras sont connues, pourtant. Ce sont bien sûr les économies d’énergie — les fameux gisements de negawatts — et le développement d’énergies alternatives aux combustibles fossiles. C’est la seule voie d’avenir. La seule échappatoire à la crise sociale qui ne va faire que s’aggraver si des mesures énergiques (si je puis dire) ne sont pas prises. Le reste n’est que démagogie.

Individuellement, la seule façon de réduire sa facture de mazout, c’est de consommer moins. La seule façon de ne plus payer son essence à des tarifs exorbitants, c’est de se déplacer autrement. Et ainsi de suite.

Collectivement, il s’agit d’investir massivement dans la recherche et de réorienter les crédits vers les secteurs porteurs d’avenir. Il s’agit aussi de réorganiser les espaces et les modes de vie. Il nous faut sans doute quintupler ou décupler la capacité de nos transports en commun, généraliser — par exemple via des mécanismes du tiers payeur — la rénovation écologique de l’habitat, etc.

Dès lors, j’attends des pouvoirs publics qu’ils investissent dans la nécessaire transition écologique et non qu’ils gaspillent l’argent public en d’inutiles subventions qui ne feront que s’évaporer dans la nature. J’aimerais que les dizaines de milliers de personnes (et le reste) qui signent des pétitions à fleur de peau pour demander des mesures irréalistes et nuisibles se rendent compte de cela. Est-ce vraiment trop demander ?

Notes

[1Sic. Comme si la pétition relevait du domaine de la lutte.

[2Il me semble que le mot revient à la mode, mais dans une acception sensiblement différente de celle qui avait prévalu jusqu’alors. C’est que quand la « gauche » est en déshérence, la dite « petite gauche » change relativement de position.