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André Antoine met Inter-Environnement au tapis

dimanche 13 janvier 2008

Inter-Environnement Wallonie (IEW), c’est une fédération qui regroupe 150 associations actives dans la défense de l’environnement en Wallonie. Inter-Environnement Wallonie, c’est une expertise irremplaçable sur des questions comme l’aménagement du territoire, la mobilité, l’énergie, la pollution de l’air, de l’eau et des sols, etc. Inter-Environnement Wallonie, c’est, depuis 30 ans, le principal « lobby » — si l’on peut dire — environnemental en Wallonie. Inter-Environnement Wallonie, c’est une vingtaine de salariés qui travaillent avec acharnement pour défendre des enjeux essentiels pour notre avenir face à une horde de promoteurs immobiliers, constructeurs automobiles, industriels pétrochimiques et autres pollueurs invétérés — généralement indifférents à l’environnement mais disposant d’une force de frappe démesurée par rapport à celle des défenseurs des biens communs.

Bref, Inter-Environnement Wallonie, c’est le genre de structure que, à l’heure où les défis environnementaux sont tellement urgents, n’importe quel responsable politique doté d’un brin de sens des responsabilités (vous savez, ce truc qui incite à faire des actions utiles à la collectivité mais dont on ne tire pas nécessairement un bénéfice politique immédiat) devrait avoir à coeur de soutenir. Tel n’est pas le cas du ministre André Antoine qui vient de décider de couper une partie significative des vivres à IEW, ainsi qu’on l’a appris cette semaine.

Il faut dire que le sieur Antoine est familier des petites crapuleries par derrière, du double discours avec un grand sourire et du dégommage d’associations dérangeantes. Le parti « humaniste » — le cdH —, dont est membre M. Antoine, tient généralement un discours très favorable à l’environnement. Sa pratique toutefois diverge de façon étonnante avec ses mots. Les exemples abondent. À commencer par l’implantation forcenée de zonings industriels ou de lotissements immobiliers dans des zones rurales éloignées de tout moyen de transports en commun — à commencer par Perwez, le village dont M. Antoine est bourgmestre —, garanties certaines de « notre » dépendance totale à la bagnole reine [1].

Notez que Antoine n’en est pas à son coup d’essai en matière d’étêtage d’associations dérangeantes. L’année dernière, il avait ni plus ni moins sucré les subventions du Gracq, obligeant la principale association cycliste francophone à licencier la plus grande partie de son personnel wallon.

Ceci pose une fois de plus la question de l’indépendance des associations critiques. Le subventionnement public — fautes de garanties dans la manière dont il est délivré — s’apparente de façon évidente à une laisse dorée — les politiciens l’utilisant sans vergogne pour contrôler cette soi-disant « société civile ». Si les citoyens veulent que des voix libres continuent à s’élever — ce qui est une condition sine qua non de l’existence de processus démocratiques et puis aussi sans doute de la survie de l’humanité face au défi environnemental —, il faut qu’il mettent la main au portefeuille : en versant des cotisations à des associations comme IEW, en achetant des journaux indépendants, en versant des dons pour soutenir. Cette culture de l’indépendance est très faible en Europe — alors qu’elle est beaucoup plus forte aux Etats-Unis, par exemple, pour le pire ou le meilleur. C’est la recette de Greenpeace. Force est de constater que ça a des conséquences très dommageables. Pour un qui s’en prend ouvertement dans la gueule comme IEW aujourd’hui, combien en effet pour s’autocensurer au quotidien ?

Notes

[1Et quand il n’y aura plus de pétrole, vous allez voir qu’il faudra que les pouvoirs publics paient les dégâts pour les naïfs qui se retrouveront perdus en pleins champs.