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Gratuité des transports publics, ça bouge un peu

dimanche 17 février 2008, par François Schreuer

La bonne idée de la semaine écoulée, une fois n’est pas coutume, vient du PS. « [...] la confection d’un budget, écrit Elio Di Rupo sur son blog, c’est aussi l’occasion d’être volontariste dans les domaines de société. Une mesure qui combinerait, selon moi, diminution du coût de la vie, mobilité harmonieuse et volontarisme environnemental serait de rendre les transports en communs, et notamment, le trafic national passagers de la SNCB entièrement gratuit. » Il précise sa pensée dans une interview au journal Métro : « il faut tendre vers la gratuité tout simplement parce qu’on ne pourra pas résoudre les problèmes climatiques et d’encombrements de nos routes sans passer par là », ajoutant encore que « dans les cinq à dix années qui viennent, il faudra entamer une réflexion plus fondamentale sur le chemin de fer et les transports en commun. » (via Belga)

Faut-il le dire, je suis à 100% d’accord.

Oui, la gratuité des transports en commun est une mesure de bon sens dans le contexte actuel, susceptible de contribuer aux deux objectifs centraux de toute politique de gauche aujourd’hui : lutter contre la dégradation de l’environnement et réduire les inégalités sociales. Loin d’être saugrenue, cette idée est appelée à s’imposer dans un avenir relativement proche. Simple exemple : elle est aujourd’hui au centre de la campagne municipale dans plusieurs villes françaises, notamment à Toulouse, à Nantes ou à Nice... quand elle n’est pas tout simplement appliquée, comme dans un nombre croissant de villes européennes (dernière sur la liste : Cluses, en France). En Suisse, un vote est organisé la semaine prochaine dans la ville de Genève à ce sujet. Si la proposition mise aux voix recueille la majorité, Genève instaurera la gratuité des transports publics (lire l’interview du porte-parole des Verts genevois dans Le Temps). Si la proposition du parti communiste local passe, la gratuité sera financée par une taxe sur les activités aéroportuaires.

Las, les réactions de la droite à la proposition d’Elio Di Rupo ont été glaciales comme on pouvait s’y attendre. Didier Reynders, qui ne se laisse pas étouffer par la décence ou l’honnêteté, déclare sans hésiter qu’« il y a déjà beaucoup d’usagers qui bénéficient aujourd’hui de la gratuité des trains, je ne vois pas donc pas ce que la proposition de M. Di Rupo peut apporter de plus. Sauf à entraîner des coûts importants supplémentaires qui ne seront pas couverts ». Ce que M. Reynders fait mine d’ignorer, c’est que les usagers qui bénéficient déjà de la gratuité ne sont pas les moins privilégiés, au contraire. Ceux qui bénéficient de la gratuité aujourd’hui sont principalement les travailleurs appartenant à certaines catégories plutôt privilégiées ainsi que les pensionnés ; en aucun cas les pauvres et les précaires, qui sont pourtant ceux qui en ont le plus besoin. C’est notamment ce qu’ont affirmé l’année dernière les 15.000 signataires de la pétition du collectif « Libre parcours ».

Même son de cloche au CDH : « Ce n’est pas avec la gratuité qu’on va attirer plus d’usagers dans les trains. Il vaut mieux augmenter l’offre et garantir aux usagers davantage de confort et de sécurité à bord des trains. C’est ce que nous avons fait en Wallonie et qui nous a permis d’accroître le nombre des voyageurs à bord des bus des Tec » pérore André Antoine, dont le rapport à la vérité faits est, là encore, caractérisé par une grande liberté. La fréquentation à la hausse de réseau des TEC n’est certainement pas liée à une augmentation — parfaitement imaginaire dans le chef du ministre Antoine — de la qualité du service (compte tenu de l’augmentation de la fréquentation, on est plutôt dans une stagnation ou une détérioration) mais bien à la pauvreté qui fait son retour en force avec l’augmentation du coût de la vie.

Plus surprenant, les Verts se sont montrés eux aussi défavorables à l’idée de gratuité généralisée des transports en commun, se contentant se plaider pour un « gel tarifaire ». Pour quel motif ? « Il y a un pas que la connaissance de la réalité, notamment financière, d’un service de transport public aussi important que la SNCB nous empêche de franchir, plaide le secrétariat fédéral d’Ecolo. Cette mesure démagogique est en outre peu réaliste dans le cadre d’une politique réfléchie de la mobilité. Elle condamnerait le rythme des investissements indispensables ».

Ce point de vue me semble hautement contestable. Les expériences de gratuité montrent en effet que l’instauration de la gratuité, en augmentant sensiblement le nombre des usagers, est au contraire un moyen de renforcer la pression politique en faveur de l’investissement dans les transports en commun.

Cette prise de position d’Ecolo est une relative (et surtout une mauvaise) surprise. On savait en effet la question en débat chez les Verts depuis un bon bout de temps déjà. La voilà tranchée ! Au moins, on saura à quoi s’en tenir sur le niveau d’ambition sociale d’un parti dont le positionnement à gauche laisse de plus en plus de monde sceptique, à comme par son ancien secrétaire fédéral Jacques Bauduin qui parlait clairement, dans sa contribution au numéro anniversaire de la revue Politique en juin dernier, de « dérive centriste » d’Ecolo.