lundi 3 mars 2008
Le tram est semble-t-il définitivement revenu dans les bonnes grâces des élus locaux et des urbanistes tandis que les citoyens le plébiscitent. Le tram est tout simplement en train de devenir le symbole d’un nouvel art de vivre en ville ; véritable fer de lance qu’il est d’un réaménagement des espaces urbains faisant la place belle aux piétons, aux vélos, aux espaces verts. Si besoin est de s’en convaincre, voyez « Le Monde 2 » qui lui consacrait sa couverture de ce week-end et 8 pages intérieures !
Vous trouverez en ligne le long article de Martine Valo et Michèle Champenois (sans les illustrations, faut pas pousser non plus) qui, en passant par Nice, Nancy et Nantes [1], montre cette évolution plus culturelle que technique.
Bien entendu, pendant ce temps, le gouvernement wallon continue à vouloir investir ses sous dans les autoroutes.
Ah oui, la pétition pour le retour du tram à Liège est toujours en ligne. Et puis, pour les Liégeois, la semaine prochaine, le mardi 11 mars, une conférence est organisée sur les enjeux de long terme des choix de mobilité... histoire de faire un petit peu avancer le débat.
[1] Un petit tour hors des frontières de l’hexagone eut sans doute été utile, mais ne boudons pas notre plaisir.
Pourquoi est-il si improbable de voir un prémétro à Liège ? Serait-ce si grave que ça ? Pourquoi cette obsession de tram alors que la moitié des rues de Liège n’ont pas la place nécessaire ?
Trois réponses :
1. Le métro coûte (beaucoup) trop cher.
2. La densité et la population de l’agglomération liégeoise ne justifient pas un métro.
3. Le métro ne permet pas de remodeler l’espace urbain (il passe en dessous) alors que le tram est avant tout une manière de changer l’aspect d’une ville, de réduire la place de la voiture. Si l’on accepte de réduire (un peu) la place de la voiture (parkings et voies de circulation), il est parfaitement possible d’implanter un tram à Liège.
François
Pour y vivre, j’ajouterai qu’un tram à Liège serait tout à fait adapté au mode de vie de ses habitants et à la configuration de la ville, et de sa périphérie proche (Grivegnée, Herstal) : de grands et larges quais, de grands boulevards et un tracé historique du tram qui sillonait la ville il n’y a pas si longtemps.
Le seul danger réside dans le fait de ne pas vouloir remodeler la ville et l’adapter à ses habitants et au tram. Pour le moment, on a une ville engorgée par la voiture, mais très souvent, ce ne sont même pas les habitants de la ville qui viennent polluer et vriller nos tympans avec leurs klaxons mais des campagnards, exilés "parce que la ville, c’est moche, c’est trop peu sécurisé et ça ne sent pas bon", qui viennent déposer leurs gosses à l’école ou faire leurs courses (quand ils ne vont pas à Belle-Île).
Si on fait en sorte de privilégier le tram, les modes de déplacement plus doux, alors on aura de plus en plus d’usagers de ce mode "doux". En revanche, si on continue à aménager des routes à 3 bandes en plein centre-ville, il ne faudra pas s’étonner de ne voir que deux ou trois cyclistes se risquer entre les filles.
Pour ma part, je pense que le plus important reste d’optimiser la mixité et la complémentarité des modes de transport en commun comme par exemple éviter les correspondances inutiles ou redondantes, les correspondances aux horaires inadaptés (le bus qui arrive à 8.25 quand le train part à 8.20, ce genre de choses), donner - enfin - au vélo la place qu’il mérite en ville (Liège est une ville ultra facile à parcourir en vélo, pratiquement aucun dénivelé pour 80% de la ville) parce que pour le moment, on frise le ridicule (le boulevard de la Sauvenière fraichement rénové, avec 4 bandes pour les voitures, 2 bandes pour les bus, et 2 bandes d’arbres larges d’un bon gros mètre et rien pour les vélos !) et inciter réellement les gens à laisser leur voiture en dehors de la ville (mais pour ça il faut qu’en 10 minutes on sache rejoindre l’hyper centre depuis une zone à circulation autorisée, sinon les voitureux ne lacheront jamais leur volant s’ils doivent attendre et marcher).
Trois réflexions :
Des bouchons à Liège, il n’y en a pas au centre-ville. Au pire, il y a des ralentissements.
De larges quais et boulevards, c’est sympa de penser au cœur historique (mais, suis-je bête, ce dernier n’en a pas besoin... ses habitants peuvent bien marcher jusqu’au quai).
Des aménagements pour les cyclistes ? Et si on pensait plutôt à peupler nos boulevards de cyclistes. Certes, il y a danger de cohabiter avec les voitures sur un même axe mais ça obligera les conducteurs à ralentir et faire attention.
Des bouchons à Liège, il y en a, et pas qu’un peu !
Pour preuve : la rue Saint-gilles, le Boulevard d’Avroy, la sortie du tunnel de Cointe vers les Guillemins et la descente du Cadran à 7-8h et 16-17h en semaine ... Tout le tronçon Boulevard de la sauvenière/Place Saint-Lambert est sujet à de très fort ralentissements (mettre 40 minutes pour faire 1km, je ne sais pas comment vous ne pouvez appeler ça des bouchons ...)
Je pense au coeur historique, mais ferait-on passer le tram dans les rues de la casquette, du pot d’or, etc ? Un brin étroit, le tram doit être vu selon moi comme un élément permettant de relier les quartiers, pas d’éviter tout déplacement à pied.
Si le tram passait bvd de la sauvenière, place st lambert, le cadran, St Martin, Ste Margueritte, reliait le XX Août et le Sart-Tilman au centre, Outremeuse et St Léonard par un réseau semi-maillé, ce serait déjà une belle performance !
Des aménagements pour les cyclistes ? Bien sûr ! Cycliste depuis 3 ans en ville, je peux dire que l’aménagement de la route (rien que ça), des chutes de trottoir (20cms avec un vélo sans amortisseur, c’est pas la joie !) et de signalisation routière pour signaler la présence de vélos serait les bienvenus (à ce compte, le sens unique "sauf vélo" est encore largement - et volontairement - ignoré par les automobilistes).
Je connais énormément de personnes qui aimeraient se mettre au vélo en ville mais qui ont peur de se faire dérober leur vélo (où va-t-on garer nos vélos si "tout le monde" roule à vélo et utilise la maigre quantité de poteaux de signalisation pour sécuriser nos véhicules avec un cadenas ? Les "cercles métaliques" sont inutiles au possible : on ne sait pas attacher un vélo et sa roue avant avec un cadenas en U ...) ou de circuler à cause du comportement des automobilistes et des aménagements quasi inexistants pour les vélos.
C’est comme pour tout : si il y a des incitants, alors on facilitera l’adhésion de nouveaux modes de transports. Si on continue à privilégier la voiture (parking, nouvelles routes sans aménagements pour cyclistes, détours de parfois plusieurs centaines de mètres imposés aux cyclistes, non-gratuité des transports en commun), il ne faudra pas s’étonner de voir les usagers "sains" déserter la ville, ce qui est dommage, parce qu’à impôts égaux, le cycliste coûte quand même NETTEMENT moins cher qu’un voitureux (entretien des routes, parkings, pollution, bruit, ...).
Note pour moi : demander à Willy Demeyer une réduction d’impôts pour mon comportement citoyen :p
Il y a un article intéressant sur le dossier Guillemins dans le Soir (Ed. Liège) de ce mardi 11/03/08, où les commerçants du quartier signalent en passant qu’ils avaient demandé en vain une piste cyclable rue des Guillemins. Par contre, l’échevin Godeaux déclare qu’on a prévu une "dalle polyvalente" centrale avec comme explication "si d’aventure un tram devait passer rue des Guillemins, il suffit alors de scier la dalle et d’y installer des éléments préfabriqués pour poser les rails".
Crédible ou poudre aux yeux ? L’avis d’un technicien ?
(c’est comique : alors que je rédigeais ce qui suit, un autre intervenant vient de poster un message parlant "d’obsession du tram"... je ne suis donc pas seul à douter ;-)) )
La pétition "pour le tram", c’est une manière brève et volontairement accrocheuse pour dire "pour un réseau de transports en commun structuré". Le 11 février dernier avait lieu une autre conférence-débat au titre plus adéquat ; y étaient présents notamment, outre François, M. Didier Castagne, administrateur au TEC et auteur de l’étude dont ce site s’est largement fait l’écho, et M. Iwan Couchard, directeur régional de la SNCB ; ce dernier a fait plusieurs rappels intéressants, concernant des projets ou études impliquant la SNCB, par exemple une voie ferrée montant vers le le Sart-Tilman à partir de la vallée, ou le projet Spartacus de nos voisins limbourgeois.
Après la conférence, j’ai découvert sur ce site une présentation de diverses expériences de "trains légers", qui mérite sans doute tout autant l’attention des personnes intéressées (voir aussi ce lien (légèrement daté)). Deux conclusions importantes de cette présentation sont d’une part l’importance capitale d’une bonne collaboration entre tous les opérateurs (donc, dans le cas liégeois, TEC et SNCB, ce qui ne semble pas évident...) et d’autre part le large éventail de solutions techniques existantes, entre le bus et le train IC (pour prendre 2 extrêmes), solutions qui bien souvent coexistent efficacement (l’intermodalité c’est aussi et peut-être d’abord entre différents modes de transport en commun..).
Or, et c’est là où je veux en venir, les échos de ces dernières semaines, comme les déclarations du ministre Antoine et celles qui ont accompagné le lancement de l’élaboration du "PUM", ne donnent pas vraiment l’impression qu’on va réfléchir globalement, sans a priori ni exclusive, mais bien que ce sera le tram classique et rien d’autre, en coordination avec les bus (modernisés) et rien d’autre, pour la seule agglomération liégeoise et rien d’autre. Ancien utilisateur assidu des TEC (depuis plus de 25 ans) qui s’essaie maintenant à la solution train + vélo pliant, peut m’importe, vraiment, de prendre un train, un tram ou un bus, peu m’importe d’être client des TEC ou de la SNCB, seul compte le résultat (confort, rapidité, simplicité). C’était d’ailleurs un peu le leitmotiv de la conférence de l’ACTP : remettre l’usager au centre du débat, ce qui n’est pas vraiment la même chose que résoudre les problèmes d’un opérateur particulier. A fortiori si le but n’est pas simplement d’augmenter une clientèle mais, comme je crois l’avoir compris, de changer radicalement les pratiques de mobilité d’une population.
Bref, je suis donc curieux (et inquiet) de voir si le débat va s’élargir.
Mes 0.02 EUR
Bonsoir Réginald,
Quelques remarques rapidement :
1. Assez d’accord avec toi sur le principe. Il ne faut pas réfléchir sur bases d’a priori ; mais examiner les différentes possibilités de la façon la plus objective possible.
2. Pour autant, on ne part pas de rien. De nombreux exemples existent dans d’autres villes d’Europe, sur lesquels on peut se baser pour définir le projet liégeois. Des critères sont définis sur ce que sont les besoins de l’agglomération liégeoise (augmentation des capacités, identification des tronçons structurants, amélioration de la vitesse commerciale, du confort et de l’accessibilité, finesse de la desserte, etc). D’ailleurs, la conférence de l’ACTP à laquelle tu fais référence se concluait très clairement en faveur du tram « classique » (précisément parce que c’est la seule solution qui répond complètement aux critères sur lesquels un relatif consensus).
3. En ce qui me concerne, je suis effectivement partisan du tram à Liège (pour des raisons que j’ai assez longuement développées dans des posts précédents sur ce blog). Pour autant, j’évite de me prononcer lorsque je m’exprime en tant que porte-parole de la pétition ou du collectif anti-CHB, de façon à laisser la place à d’autres points de vue que le mien et à ne pas fermer un débat sur lequel je ne suis que très modestement compétent.
François
Bonjour François
Les "conclusions" de la conférence de l’ACTP ne m’ont vraiment pas paru aussi limpides. Entretemps, on m’a transmis ce lien à verser au dossier (lire aussi les commentaires dont certains sont polémiques mais d’autres très intéressants). Parmi les problèmes soulevés, celui des aménagements de voirie au détriment des voitures, en terme de perte de place et de coût des travaux (un peu dans le sens de l’intervention lors de la conférence du conseiller MR Raphaël Miklatzki, même si sa thèse selon laquelle cela aurait coulé le projet TAU n’a pas convaincu des "anciens" à qui j’en ai parlé..) ; comme l’expliquent plusieurs commentateurs, répondre que les automobilistes "n’ont qu’à" prendre le tram est un peu court, ne serait-ce que parce que le transitoire durera des années et qu’il faudra bien permettre à chacun de se déplacer pendant ce temps ; et surtout parce que cela suppose qu’on soit en mesure de prendre le tram (cf : quelle proportion de la population de la région liégeoise le sera ?)
D’où, pour finir : vu son contenu, l’enquête de l’ACTP ne répond pas aux questions suivantes : êtes-vous pour l’essentiel utilisateur des transports en commun ou de la voiture ? Dans ce dernier cas, que faudrait-il pour que vous "changiez de bord" ? En particulier, le feriez-vous si demain matin existait un réseau de tram à Liège ? Si oui, à quel stade minimum de l’extension du réseau, puisque sa mise en oeuvre est prévue en plusieurs phases ?
Existe-t-il une étude sérieuse à ce sujet ?
Bon dimanche,
Réginald