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Quelques précisions sur la Chine

samedi 26 avril 2008, par François Schreuer

Un précédent texte publié ici à propos de la Chine m’a valu pas mal de commentaires, pas tous enthousiastes, sur le blog et en dehors. Comme promis, je reviens sur la question pour préciser quelques points.

1. Je m’étonne que le fait d’émettre des doutes sur la pertinence de boycotter les Jeux Olympiques de Pékin soit assez rapidement assimilé par certaines personnes à un alignement sur la position chinoise. C’est à ce genre de remarques — parfaitement abusives, faut-il le dire : rien dans mon texte ne me semble permettre cette conclusion — que l’on voit que la mentalité du « si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes contre moi » a bel et bien fait des ravages. Précisons donc : tout en étant défavorable au boycott des JO, je considère le régime politique chinois comme particulièrement déplaisant.

2. Une des raisons pour lesquelles je suis défavorable au boycott est que je pense qu’il n’est pas une mesure efficace pour obtenir de Pékin ce qu’on souhaite en obtenir (grosso modo : le respect des droits de l’homme). Et ceci pour deux raisons : primo, pas grand-monde n’est prêt à boycotter sérieusement les JO (e conséquence de quoi, une bonne partie de l’agitation actuelle est parfaitement factice) ; secundo, quand bien même les JO seraient effectivement boycottés, je vois mal Pékin infléchir significativement sa politique pour si peu.

3. Je remarque par contre qu’il existe un moyen réellement efficace pour qui souhaite faire pression sur l’empire chinois : le commerce international. Certes, "nous" en dépendons, mais l’inverse est également exact et sans doute dans une plus grande mesure. Au-delà cependant de la négociation de circonstance que pourrait éventuellement susciter les troubles au Tibet, c’est à une remise en cause générale des règles du commerce mondial que j’en appelle, pour la raison que le régime chinois — ce mélange dégénéré de maoïsme autoritaire et de libéralisme hayekien de la pire eau — est en bonne partie le produit, la conséquence du régime du commerce mondial que l’Occident a instauré. Autrement dit : remettre en cause le libre échange sans conditions qui est la norme mondiale actuelle revient à forcer le régime chinois à évoluer. Concrètement, je plaide pour une forme revisitée de protectionnisme, conditionnant la liberté des échanges au respect de clauses sociales, fiscales et environnementales. Pas question de commercer avec un pays qui ne respecte par les droits syndicaux, fait travailler sa main d’oeuvre en dessous d’un certain salaire au au-delà d’un certain nombre d’heures par semaine ; pas question non plus de commercer avec des paradis fiscaux ; pas question enfin de commercer avec des pays qui saccagent la planète. Ces critères pourraient être pondérés en fonction du niveau de développement des partenaires économiques de façon à éviter de produire des effets néfastes sur les pays les plus pauvres.

Notez que le régime actuel tient partiellement compte de ces préoccupations puisque l’adhésion à l’OMC est conditionnée au respect de certaines réglementations édictées par le bureau international du travail (BIT). Ces normes sont sans doute trop vagues, elles ne sont surtout pas respectées (ce qui devrait théoriquement ouvrir une porte à une réouverture du dossier).

4. En proposant cette approche, il me semble enfin satisfaire à une règle d’économie voulant qu’en politique il vaut mieux s’intéresser prioritairement à ce sur quoi on a prise. L’attitude consistant à critiquer un régime politique étranger sans disposer de moyens sérieux de transformer l’indignation et négociation ou en rapport de force me paraît malsaine à bien des égards, opinion que j’ai pu par exemple exprimer dans ces pages au sujet du débat sur la Birmanie.