Les archives des Bulles

Liège 2015, quelques précisions

samedi 10 mai 2008, par François Schreuer

L’Appel pour que Liège soit capitale européenne de la culture en 2015, que j’ai lancé voici une semaine avec Alain De Clerck et qui a déjà recueilli plus de 2000 signatures, fait grand bruit à Liège. La presse locale s’est largement faite écho de cette initiative dans plusieurs articles (par exemple ici) — et Le Soir, dans son édition de ce week-end, sous la plume de Marc Vanesse, y consacre même une pleine page. On peut notamment y lire une première série de réactions politiques desquelles il ressort une assez large unanimité en faveur de l’idée, à la notable exception du parti socialiste, qui se montre fort réservé. D’autre part, à gauche de la gauche, certaines voix expriment de fortes réticences, non sans arguments, ainsi qu’en témoigne par exemple cet échange sur Indymédia.

Il ne me semble dès lors pas inutile de préciser une série de choses à ce sujet. Pêle-mêle.

1. Tout ce qu’on fait ici, avec Alain et avec les autres personnes qui nous rejoignent, c’est ouvrir le débat — chose qui, à notre point de vue, ne peut pas faire de tort dans cette ville. Et ouvrir le débat, ce n’est pas construire un projet. La distinction est de taille, surtout quand on sait que c’est sur la qualité de leur projet et non sur leur richesse intrinsèque que les villes candidates seront évaluées. Même si nous aurons sans doute l’occasion de proposer certaines idées, ce n’est pas à nous, en effet, de dire à quoi ressemblera un éventuel « Liège 2015 », mais aux artistes, aux responsables culturels, aux citoyens,... auxquels on suggère de profiter de l’occasion pour s’exprimer. Même si nous n’avons en aucune manière vocation à coordonner cette prise de parole à laquelle nous appelons, nous avons ouvert une boîte à idées sur le web pour ceux qui auraient envie d’y écrire quelque chose.

2. Parler de culture ne dit encore rien de la culture qu’on veut faire. Il y a beaucoup à écrire sur ce sujet : une capitale culturelle n’aura aucun sens si elle ne permet pas, par exemple, le développement d’initiatives locales pérennes, ou si elle n’associe pas d’une manière ou d’une autre les acteurs non institutionnels voire rebelles au système — à cet égard la proposition d’une capitale « off » pourrait éventuellement faire son chemin dès à présent. L’essentiel, dans ce débat, me semble être de réfléchir à ce que peut vouloir dire aujourd’hui le concept de « culture populaire ». Pour autant que mes faibles connaissances historiques me permettent d’appréhender, je pense que ce terme a été largement galvaudé. Entre le projet émancipateur qu’a pu, peu ou prou, porter le socialisme — puisque c’est de lui qu’il s’agit — dans la première moitié du XXe siècle et ce à quoi on en est réduit aujourd’hui comme soupe événementielle et spectaculaire dès lors qu’on parle de « culture populaire », il y a de la marge.

3. Parler de culture, ce devrait aussi et d’abord parler des acteurs de la culture, à commencer par les artistes, dont la précarité ne se dément pas, particulièrement à Liège. Rêvons : que le projet de Liège 2015 permette aussi de reparler du statut des artistes...

4. Précision nécessaire : quoi qu’il y ait pu avoir quelques dérapages dans la communication sur ce point, notre initiative ne vise en aucune manière à contester une autre candidature — par exemple celle de la ville de Mons. Nous nous contentons ici de plaider pour une candidature liégeoise. Contrairement à ce d’aucuns peuvent penser, la distinction n’est pas que sémantique. Il s’agit d’abord de demander que Liège saisisse sa chance, ne laisse plus placidement passer les opportunités. Mais surtout, nous pensons que le simple fait de formuler un projet culturel pour la ville constituerait déjà une avancée significative tant il est vrai que le contraste est grand aujourd’hui à Liège entre le potentiel et sa réalisation. Liège est une ville pleine de richesses mal utilisées. L’exemple du Grand Curtius dont je parlais dernièrement en constitue un exemple frappant. À cet état de fait regrettable, l’interminable mandat du catastrophique Hector Magotte à l’échevinat de la culture n’est sans doute pas pour rien.

5. Avec cet appel, nous rappelons aussi qu’il existe une procédure de sélection qui doit être respectée : chaque ville a la possibilité de présenter une candidature, qui sera ensuite évaluée et, si elle est la meilleure, choisie. Cette procédure a été tant qu’à présent parfaitement niée, dans l’esprit sinon dans la lettre, puisque tout semble se passer par de petits arrangements plus ou moins clairs. Le « deal » récent entre Mons et Malines en témoigne encore : à en croire Le Vif de la semaine dernière [1], les deux bourgmestres se seraient « échangés » leur soutiens respectifs ; le flamand Somers renoncerait à présenter une candidature pour laisser le champs libre à Mons en échange de quoi le wallon Di Ripo soutiendrait la construction d’une grosse gare SNCB à Malines. De manière générale, Elio Di Rupo — à qui on ne saurait bien sûr reprocher son activisme — a longtemps présenté les choses comme si tout était joué... sans être démenti. Il se montre à présent plus prudent. De toute évidence, en aucune manière les jeux ne sont faits... puisque la procédure de sélection n’a même pas commencé.

6. Tout le monde semble à présent d’accord : Liège a besoin de construire une communauté urbaine — et pour cela il faut des projets. Liège 2015 pourrait être un de ceux-là. Il est clair, de toute façon, qu’une candidature liégeoise n’aura de sens et ne sera réaliste sur le plan financier que si elle est portée par l’ensemble de l’agglomération.

7. La procrastination étant ce qu’elle est et l’enlisement des dossiers pouvant parfois devenir chronique, disposer d’un horizon à moyen terme, d’une échéance stricte, aidera, je pense, à la concrétisation des projets actuellement sur le feu. Si Liège est capitale européenne de la culture en 2015, il faudra évidemment que l’esplanade des Guillemins soit terminée pour cette date, qu’une première ligne de tram soit mise en service, etc. Toutes choses qui profiteront à l’ensemble de la population tandis qu’on pourra se féliciter d’avoir évité une Place Saint-Lambert bis.

8. De nombreux lieux de Liège pourraient — devraient ? — être réinvestis, devenir des lieux publics ou des lieux de culture, ce à quoi Liège 2015 pourra grandement contribuer. Je pense par exemple au Val Saint-Lambert, au Val Benoît, au Botanique, aux Bains de la Sauvenière (où j’espère que le projet Mnéma se concrétisera, ce à quoi pourrait peut-être contribuer la candidature),... et bien sûr le Palais des Princes, qui devrait selon moi être le lieu phare en 2015.

Le logo est dû à Mike Latona.

Notes

[1« Di Rupo-Somers : topa là ! », Le Vif, 2 mai 2008, p. 11. Mais il me revient que cette information serait peut-être fausse quoi qu’elle n’ait pas été démentie pour autant que j’en sache.

Messages

  • Quels sont les fonds investis par la ville dans la culture ? La plupart des moyens publics reçus par les opérateurs liégeois proviennent de la communauté française ! Comment financer l’évènement ?!

    • C’est une bonne question. Il faudra bien sûr apporter des réponses solides. Quelques éléments quand même :

      — Avec la reprise de sa dette, la ville dispose à présent de plusieurs dizaines de millions supplémentaires par an à investir dans de nouvelles politiques. Bien sûr, la culture ne sera pas seule à demander de l’air, mais on peut imaginer qu’il y a là une partie de la réponse.

      — La constitution d’une communauté urbaine ouvre des portes. Peut-être que ce qu’on ne peut pas faire avec une entité qui regroupe 190.000 habitants deviendra possible si une entité de 600.000 habitants. D’autant plus que certaines communes de l’agglo bénéficient de recettes fiscales par habitant nettement plus importantes que la ville de Liège.

      — Concernant la Communauté française, elle est effectivement engagée dans des projets à Mons. On suppose néanmoins que cette institution se doit de garder un minimum d’impartialité vis-à-vis des différentes candidatures de villes francophones qui pourraient se faire jour. Bref, on pourrait sans doute assez facilement imaginer que la CF apporte son soutien à des projets dans les différentes villes candidates en conditionnant leur réalisation à l’obtention du titre de capitale. Ce serait plus sain que de prendre parti a priori pour un projet, en disqualifiant d’emblée tous les autres.

      — Il faut quand même rappeler qu’être capitale de la culture, ça coûte des sous, mais ça en rapporte pas mal aussi (pour Lille, j’ai lu que pour un euro investi, six avaient été amenés à la ville, je ne sais si cette information est fiable). C’est bien sûr très délicat de baser des projets culturels sur ce genre de considérations, mais bon, si des centaines de milliers de visiteurs se déplacent, ça se ressentira aussi nettement pour l’économie locale. De sorte qu’il ne serait pas insensé de demander une contribution de la part du secteur hôtelier, par exemple.

    • Accessoirement, le titre de capitale européenne est-il purement honorifique ? J’imagine que des fonds européens sont alloué aux villes lauréates pour leur permettre de mener une partie de leurs projets à bien...

    • Il est inutile de vouloir tout règler d’un coup. Il faut d’abord se poser la question de savoir si on veut déposer cette candidature avant de se dire comment financer le projet...

      Il faut phaser les décisions et puis imaginer les solutions. En outre, un seul financement public ne sera pas suffisant ; il faut des partenariats public-privé...

      Si on pense déjà aux problèmes à règler, on ne fait rien et on ne risque rien.

  • 2000 signatures en quelques jours !! Bravo aux "trublions" !

  • Je signe personnellement des deux mains pour la concrétisation. Toutefois, il faut être lucide ! Mons étant candidat déclaré, il me semble difficile d’imaginer Willy Demeyer prendre Elio Di Rupo de front.

    Mais 2018 pourrait être une opportunité à saisir. Pourquoi 2018 ? Ce sera alors au tour des Pays-Bas de proposer une ville comme capitale culturelle européenne or Maastricht envisage très sérieusement cette candidature. Et si Maastricht se lance dans le projet, ils ont imaginé une candidature eurégionale incluant au minimum Liège et peut-être Aachen (je tiens ces informations de TRES bonne source).

    Liège aurait donc ainsi une opportunité historique de se positionner sur un magnifique projet eurégional et international tout en affirmant clairement son caractère transfrontalier et sa situation unique au carrefour des mondes latins et germains.

    Il ne faut donc pas faire une fixation sur 2015 mais dès maintenant envisager 2015 et 2018.

    • Je suis d’accord : beaucoup de choses plaident en faveur d’une candidature conjointe Liège-Maastricht(-Aachen).

      Une réserve cependant : les candidatures conjointes de deux villes ne sont, pour autant que j’en sache, pas autorisées. Les collaborations trans-frontalières sont possibles, bien sûr (et même souhaitées), mais le pilotage de l’opération restera dans la seule ville reconnue comme capitale (Maastricht dans la présente hypothèse).

    • C’est un problème de pure forme mais qui n’enlève rien à l’intérêt de l’idée, que du contraire ! Peu importe si Maastricht est le candidat officiel, l’important est que Liège profite des projecteurs projetés sur Maastricht. Il s’agit d’une démarche qui me semble plus innovante et intéressante que d’entrer en confrontation frontale avec Mons... enfin "Eliopolis"...

    • Trois remarques :

      — Ca me semble moins formel que ce que vous dites. Tout bêtement : si la manifestation prend nom "Maastricht 2018", je vois mal comment elle pourra effectivement fédérer les énergies liégeoises...

      — J’imagine que d’autres villes hollandaises seront candidates pour 2018, de sorte que Maastricht n’est pas du tout sûre d’obtenir le titre. Je ne mettrais donc pas toutes les billes liégeoises dans ce panier-là.

      — L’idée que rentrer une candidature pour 2015 soit ni plus ni moins qu’une déclaration de guerre à Elio Di Rupo me déplaît beaucoup. Il existe une procédure de sélection ; qui n’a pas encore commencé. Chaque ville a le droit de présenter un dossier. Voilà tout. Il ne serait pas acceptable qu’un édit impérial transforme cette procédure contradictoire en plébiscite dont toute contestation serait, à vous lire, un crime de lèse-majesté.

    • Il est évidemment difficile d’être complet et nuancé par un texte écrit mais je vais tenter de préciser ma pensée en reprenant vos trois points :

      Ca me semble moins formel que ce que vous dites. Tout bêtement : si la manifestation prend nom "Maastricht 2018", je vois mal comment elle pourra effectivement fédérer les énergies liégeoises

      C’est aussi une question de forme. J’ai rencontré l’échevin de Maastricht en charge du dossier et, dans son chef, il n’envisage la candidature de Maastricht qu’à travers l’Euregio Meuse-Rhin. Son regret est par contre le manque de réactivité des autorités liégeoises. Quant au nom, place à la créativité !

      J’imagine que d’autres villes hollandaises seront candidates pour 2018, de sorte que Maastricht n’est pas du tout sûre d’obtenir le titre. Je ne mettrais donc pas toutes les billes liégeoises dans ce panier-là.

      Je vous rejoins ; tout est question de faire un bon dossier. Je n’ai d’ailleurs jamais dit qu’il fallait se concentrer uniquement sur 2018.

      L’idée que rentrer une candidature pour 2015 soit ni plus ni moins qu’une déclaration de guerre à Elio Di Rupo me déplaît beaucoup. Il existe une procédure de sélection ; qui n’a pas encore commencé. Chaque ville a le droit de présenter un dossier. Voilà tout. Il ne serait pas acceptable qu’un édit impérial transforme cette procédure contradictoire en plébiscite dont toute contestation serait, à vous lire, un crime de lèse-majesté.

      Ce n’est jamais ce que j’ai écrit ; mais il faut être lucide. Si les autorités régionales doivent mettre le paquet pour faire passer une ville wallonne, elles se concentreront sur Mons. Il faudrait donc que les autorités liégeoises aient le courage de monter au front pour monter un dossier, ce qui équivaut à s’opposer à Di Rupo par belle ou par laide. Et je doute que nos édiles liégeoises aient ce courage.

      Au plaisir de vous lire.

    • je pense qu’il y a une certaine logique à ce que soit Mons qui soit présenter pour représenter la wallonie car c’est quand même la capitale culturelle de la wallonie (ou de la cf, je ne sais plus)

      par contre, même si Maastricht serait la ville, rien n’empêcherait d’appeler ça Maastricht-Liège-Aachen et à ce moment, là les liégeois seraient content aussi. Car la ville qui se présente, c’est une chose, mais le nom qu’on donne à l’évènement, c’est une autre.

      En plus, ce serait une occasion de promouvoir le Thalys entre Liège et Aachen

    • Il faut arrêter le trip de Di Rupo qui consiste à ramener chez lui tout ce qui est possible en dépit de critères objectifs. Mons compte à peine 100 000 habitants et n’a aucune renommée culturelle, aucun "monument" culturel (monument étant à prendre au sens immatériel et matériel). Si la Wallonie présente une ville candidate, ce doit être celle qui a le plus riche patrimoine culturel, histoire de se donner une chance de sélection. Avec des moteurs comme l’opéra Royal et l’orchestre Philharmonique à côté d’un un tissu associatif très dense, le choix de Liège s’impose. Reste qu’il faut que les dirigeants politiques de la ville fassent preuve de volonté et surtout d’initiatives : dans une démocratie comme la nôtre, Mons ne peut pas interdire au bourgmestre de Liège de poser une candidature pour sa ville, surtout pour des raisons plus que subjectives.

      Et pourquoi ne pas proposer à Maastricht de s’inscrire dans le projet "Liège 2015" plutôt que de lui demander de nous intégrer dans un éventuel projet "Maastricht 2018" ?

    • Mons n’est pas dénué de patrimoine matériel ou immatériel

      pour preuve, pour y avoir déjà été, on peut constater que la ville historique est encore très bien conservée, la cathédrale de Mons a déjà accueilli un évènement diffusé en mondiovision, le beffroi a bénéficié de fond de l’unesco pour sa rénovation, les Minières néolithiques de silex de Spiennes sont classées dans le patrimoine mondial de l’unesco et la ducasse de Mons dans le patrimoine immatériel

      avant d’un jour visiter Mons presque par hasard, j’avais plein de préjugés mais, à mon sens, c’est une ville relativement jolie qui (s’il on oublit le nombre de barakis qui y habite) pourrait facilement être comparée à Namur

      Liège a pour atout sa très grande taille mais sinon, elle n’a pas grand chose de plus que d’autres anciennes villes wallonnes comme Namur ou Mons ou Tournai

    • je pense qu’il y a une certaine logique à ce que soit Mons qui soit présenter pour représenter la wallonie car c’est quand même la capitale culturelle de la wallonie (ou de la cf, je ne sais plus)

      Et après ?

      Pourquoi sommes-nous sommés de penser, de nous penser dans ce seul cadre de la Wallonie. C’est étouffant ! À plus forte raison, les répartitions médiocrates et le saupoudrage institutionnel systématique qui semblent congénitalement liées à cette regrettable "Wallonie" sont profondément insignifiants en plus que d’être castrateurs de l’imagination et de la créativité.

      par contre, même si Maastricht serait la ville, rien n’empêcherait d’appeler ça Maastricht-Liège-Aachen

      Non, ce n’est pas possible. C’est explicitement interdit par le règlement européen.

  • C’est pas évident de naviguer entre l’Institution et le Mouvement (j’oppose ces deux termes en un immense raccourci et dans un gros présupposé idéologique, mais bon, on comprend).

    Ton point 2 recèle une étonnante dialectique : pousser à l’organisation d’un "IN" (pour ’INstitution’) en espérant l’apparition d’un "OFF"...

    En filigrane, aussi, l’idée que l’organisation sera prise en main par d’Autres (du pouvoir ou de l’institution), mais qu’il faudra quand même en profiter pour donner son avis.

    Doit-on vraiment s’accrocher à Leur train ?
    N’y a-t-il pas dialectique plus ’puissante’ ?

    Note que ce sont des questions que je me pose dans mon propre quotidien, fait également de multiples petits instants schizophréniques (je suis prof, imaginez un peu...). Mais j’ai déjà du mal à assumer cet état aujourd’hui, doit-on en faire un programme pour l’intervention politique, culturelle et sociale ?

    • Vastes questions...

      Concernant le Mouvement et l’Institution, il y a d’abord que, à la différence de pas mal de monde dans « le » Mouvement, je ne pense pas que celui-ci pourra seul réaliser le programme politique auquel j’aspire. Taxer le capital au niveau européen sans l’Institution, franchement, je ne vois pas comment c’est possible. Forcément, ça définit un rapport très différent à l’Institution que celui peuvent avoir, par exemple, les tenants de l’anarchisme.

      Ensuite, il y a que l’Institution agit en notre nom, qu’on le veuille ou pas. Qu’à tout prendre, je préfère y avoir mon mot à dire.

      Concernant les OFF et les IN — même si leurs rapports sont généralement plus symbiotiques qu’antagonistes —, tu as peut-être raison sur mes tendances schyzo. Je vais y penser.

      Mais ça reste fort abstrait en l’état. Il faudrait développer...

    • Oui ça m’a sauté au yeux aussi. Réclamons l’organisation d’un énorme machin couteux pour pouvoir s’y opposer ?...
      Vous ne savez pas que ce trucs de "Capitale Culturelle Européenne" c’est depuis toujours du vent, du "prestige", jamais au service des citoyens ??

  • Hello Francois,

    Quelque chose m’a fait un peu tiquer dans ton Appel : tu présentes Liège comme une "passerelle entre le monde latin et le monde germanique". Ce n’est pas la première fois que j’entends ce type d’arguments, et cela m’a toujours énormément surpris.

    Je ne vis pas à Liège, mais je connais un peu la ville pour y avoir de nombreux amis et m’y être souvent rendu, et je n’ai jamais rien trouvé dans le comportement des Liégeois qui puisse venir étayer cette hypothèse. Liège est une ville purement latine/francophone, dont les habitants sont, dans leur très grande majorité, des unilingues francophones et, malheureusement, le plus souvent incapables de prononcer dix mots dans quelque langue germanique que ce soit. Dans mon souvenir, je n’ai jamais rencontré de Liégois portant un intérêt plus qu’anecdotique pour la culture allemande, flamande ou néerlandaise — et ce malgré sa proximité géographique avec ces pays. Liège ne me semble pas être plus une "passerelle" de ces cultures que Marseille ou Bordeaux.

    Si on compare Liège avec d’autres villes transfrontalières comme Maastricht, le décalage est flagrant. Maastricht peut effectivement prétendre à bon droit le statut de "passerelle" entre cultures - on y entend effectivement en rue parler l’allemand, le néerlandais, l’anglais et le francais. La plupart de ses habitants sont des multilingues confirmés et portent, à ce que j’ai pu en constater, un véritable intérêt pour les cultures européennes avoisinantes. Mais Liège ?...

    Une amie britannique ayant séjourné un an à Liège m’a un jour expliqué son étonnement en constatant à quel point les Liégeois, bien que géographiquement très proches des pays germaniques, semblaient être hermétiquement fermés à ces cultures, et ne différaient guère de la plupart des français, concentrant leur regard culturel essentiellement sur Paris.

    Enfin voilà, à mon sens l’idée de Liège comme "passerelle de cultures" me semble davantage relever du fantasme ou de l’argument marketing que de la réalité liégeoise. (

    (Ce qui ne veut pas dire que Liège manque d’attraits pour autant — c’est une ville que j’apprécie personnellement beaucoup)

    • Je partage à moitié ton opinion dans le sens où Liège n’est pas autant germanique que certains laissent le penser. Cependant elle l’est certainement plus qu’un Mons ou qu’un Namur (logique vu sa proximité avec les pays-bas et l’Allemagne). Ceci dit, ça commence à venir, d’une année à l’autre je m’étonne du nombres croisants d’allemands et d’hollandais dans nos rues :)

      De plus au vu des mes nombreuses escapades à Maastricht, les habitants de Maastricht ne savent pas beaucoup plus parler français que nous le néérlandais.
      Les 4/5ème du temps je suis obligé d’employé l’anglais pour me faire comprendre à Maas :-)

    • Oui, sans doute, la pratique de l’allemand et du néerlandais sont trop peu répandues à Liège (mais plus que tu ne dis, je peux te l’assurer), victime, sans doute, d’une idéologique régionaliste wallonne qui prétend peu ou prou qu’il n’y a guère d’intérêt à avoir au commerce des Germains.

      Pour autant, la proximité de Liège avec le monde germanique est historiquement indéniable. Toute l’histoire de la principauté de Liège (dont je ne suis pas nostalgique, soit dit en passant) est celle de passages nombreux de l’orbite de l’empire germanique à celle de la France et réciproquement. L’architecture liégeoise, notamment, est profondément marquée par cette hybridation. Je pense que c’est aussi le cas d’autres types d’expressions artistiques que je connais moins bien.

      Quant au présent, les choses évoluent. Les relations entre l’université de Liège et celle de Maastricht sont très intenses et sans doute destinées à déboucher sur la création d’une association. Le nombre de résidents hollandais à Liège est très important. Les relations culturelles entre les deux villes sont également nombreuses. Trop peu sans doute. Mais suffisamment pour que cela génère une singularité et surtout pour qu’il y ait motif à encourager le développement de ces germes.

  • Voilà que Namur s’y met aussi maintenant, ils ont lancé une pétition qui a déjà presque 500 signataires.

  • D’autres blogs en parlent :

    http://julietteboulet.hautetfort.co...

    Yves Leterme a en tout cas confirmé que ce serait une ville francophone. Mais, entre Mons, Liège, Namur et peut-être d’autres, la bataille va être rude.

  • Même si nous aurons sans doute l’occasion de proposer certaines idées, ce n’est pas à nous, en effet, de dire à quoi ressemblera un éventuel « Liège 2015 », mais aux artistes, aux responsables culturels, aux citoyens,...

    C’est curieux ? pourquoi pas vous ? Quelqu’un que l’on présente dans les medias comme un jeune philosophe n’a-t-il pas son mot a dire en matière de culture ? Plus qu’un "responsable culturel" ?

    • Il faut se méfier des gens qu’on présente comme « jeunes philosophes ». Cette qualité est souvent usurpée. Elle l’est en tout cas dans le mien : entre étudier la philosophie et être soi-même philosophe, il y a plus que de la marge.

      Mais peu importe, la question n’est pas là : nous pensons que Liège manque d’un projet. Et nous pensons que ce projet ne peut être élaboré que collectivement. Nous n’allons donc pas, alors que nous critiquons les autorités publiques sur leurs pratiques démocratiques, nous substituer à elles en tant que « ceux qui savent ».