lundi 19 mai 2008
Parce que les inégalités n’ont plus été aussi importantes depuis des dizaines d’années (aux Etat-Unis, on vient de battre le record de 1929, c’est tout dire), que la part de la richesse — pourtant entièrement produite par le travail — allouée au travail est en passe de devenir moins importante que celle attribuée aux revenus du capital.
Parce que je revendique haut et fort la liberté, que je dénie pour cette raison au régime politique droitisé dans lequel nous vivons le droit de se proclamer « libéral » alors qu’il est capitaliste et ne sert que la seule liberté des actionnaires. Parce que la première liberté dans le domaine du travail est celle de ne pas travailler. Parce que le droit de grève est un des derniers remparts qui nous protègent du fascisme.
Parce que le capitalisme s’est immiscé dans les têtes (lire l’excellent Rêves de droite, de Mona Chollet), que le patronat parle dans (presque tous) les journaux, que les économistes ne sont pour la plupart que des alliés de classe lobotomisés des possédants (lire par exemple cette interview) et que toute cette propagande consume ce qui reste de nos droits.
Parce que la figure médiatique de l’« otage de la grève » commence sérieusement à me brouter. Et que les salariés pressurisés feraient mieux de rejoindre le mouvement de lutte pour les salaires (et tant qu’à faire de le généraliser à l’échelle du continent) plutôt que de pleurnicher pour le compte des patrons.
Parce que lesdits patrons — alors que trois quarts de la population rame sérieusement pour se loger, pour se chauffer voire bientôt pour se nourrir — continuent à s’en mettre plein deriière la cravate sans la moindre décence (le patron de la SNCB, Marc Descheemaeker, tout en exigeant de la part de ses employés de la « modération salariale », vient de se faire octroyer une petite augmentation de 30.000 par an).
Parce que les revenus du capital bénéficient d’une fiscalité outrageusement avantageuse. Et que les partis politiques en place ne bougent pas le petit doigt pour changer cette situation inique. Parce que l’Europe a la taille critique pour mener une politique économique égalitaire. Parce que l’inertie et le laisser-faire nourrissent la bulle de la finance mondiale dont les dégâts sont, là encore, pour la gueule du peuple.
Parce que c’est l’intérêt de tous qu’il reste dans cette société un contre-pouvoir syndical susceptible de barrer la route aux actionnaires qui se croient tout permis.
Pour toutes ces raisons, je soutiens la grève des cheminots (et je précise pour les inévitables aigris qui passeraient par là que je devais aller à Bruxelles demain et que je suis sérieusement embêté de ne pas pouvoir y aller).
Tout à fait d’accord. Le contre-pouvoir est malheureusement bien faible pour l’instant. Il est grand temps qu’on se réveille.
Attention : Réponse incendiaire (nous n’avons visiblement vraiment pas la même vision de la politique)
« Parce que les inégalités n’ont plus été aussi importantes » seul point avec lequel je suis en accord. Par contre « la population rame sérieusement pour se loger, pour se chauffer voire bientôt pour se nourrir », c’est parce que les besoins de luxe ont augmenté. Tout le monde ne Belgique à aujourd’hui un salaire lui permettant de vivre comme il y a 30ans. Mais il y a 30ans une famille bas revenus n’avait pas 1 voitures, 2 PC, 3 téléphones, 4 TV,…
Le socialisme a apporté tout le confort actuel des travailleurs. Et ne pouvant aller plus loin il lutte maintenant pour des idéaux. Les libéraux sont les seul en Belgique a vouloir un vrais socialise : Tout gratuit pour tous. Ca c’est la seul façon de ne pas devoir épargner, de faire circuler l’argent et de faire prospérer notre économie. Le PS est bien loin de cette réflexion et pense encore que les patron sont la pour exploiter le prolétariat et qu’il faut les combattre.
Excuse moi mais un patron qui doit gérer une entreprise en grève 20 jours par an il fait comment ? Comment avoir de nouveaux clients (et dans le cas de la SNCB, diminuer les voitures sur les routes) ? Comment assurer une pérennité ?
Le droit a la grève : c’est une évidence. Mais ils défendent quoi là ? Ils veulent le droit de ne pas travailler… ok, démissionner. A la SNCB ils ont déjà tout les acquis sociaux, le salaire, les congés et la pension. A force de crier aux loups on ne les écoutera plus lors de vraies revendications.
Tu ne crois pas au client « otage de la grève » ! Et comment justifie tu la grève de la STIB du 19 mars (je pense) contre les agressions, au final entamée a couse d’un carreaux qui a éclater en raison d’un défaut de fabrication.
@ Edouard Seynaeve
Bonjour,
Les libéraux veulent le tout gratuit ? Moi j’ai entendu parler de supprimer la gratuité de toute une série de médoc, j’ai entendu parler de la privatisation de la SNCB en copiant le modèle anglais (qui a amené à une grosse augmentation des prix, plus de 25euros en angleterre contre 11euros pour une distance équivalente en Belgique, je le sais je l’ai vécu).
En ce qui concerne votre définition de la hausse des prix qui serait lié aux envies de luxe, on voit bien que vous n’habitez ni à Molenbeek, ni à Angleur. Les gens n’arrivent plus à payer leurs factures ou leurs essences il n’est pas question de télé ou de 3 bagnoles. Il y a toujours eu des gens endettés qui ne connaissent pas la valeur de l’argent et qui s’achètent une téléphone tous les mois mais c’est loin d’être la majorité des gens (très loin).
Vous trouvez qu’une réponse aux grèves serait d’augmenter le salair des patrons ? faudra m’expliquer ?
Pour la grève du carreau cassé, bien sur c’est une erreur, mais quand vous travaillez dans un tel climat d’insécurité ou chaque jour est un véritable combat, le moindre carreau cassé peut vous faire peté un cable.
Oui les libéraux sont les seuls en Belgique a prôner une sécurité total (santé, scolarité... ). Etre épargner est la pire chose qu’il puisse arriver a de l’argent.
"Vous trouvez qu’une réponse aux grèves serait d’augmenter le salaire des patrons ? faudra m’expliquer ?"
=> Je ne vois pas ou je fait allusion a cela. Je dis juste les patrons ne sont pas les mauvais de l’histoire. Tout le monde doit être bien payer pour son travail.
Et là ou je vais sans doute vous rejoindre : Par pitié qu’on augmente le salaire de l’ouvrier qui se fait chier a l’usine a assembler machinalement ce qui deviendra nos voitures de luxe (par exemple). Lui mérite d’être bien payer et une certaine sécurité d’emplois. Pourquoi travailler pour l’état à la SNCB donnerais plus de droit qu’a cet ouvrier ? C’est ça que l’on appel égalité au PS ?
Oui les libéraux sont les seuls en Belgique a prôner une sécurité total (santé, scolarité...).
Mm, vous seriez aimable d’étayer ce genre d’assertions. Parce que là, je ne comprends même pas ce que vous voulez dire... Mon avis : les libéraux en Belgique pratiquent le double discours : ils sont prêts à tout donner à tout le monde, mais ils sapent consciencieusement les acquis sociaux (à commencer par le caractère redistributif de la fiscalité) dès qu’ils en ont la possibilité.
Tout le monde doit être bien payer pour son travail.
Mwais. Et vous trouvez que le travail d’un PDG est tellement plus pénible qu’il mérite d’avoir un salaire 15 fois (ou cent fois) plus élevé que celui d’un employé lambda ? C’est ça ? Là, je vais avoir du mal à vous suivre, je pense.
Par pitié qu’on augmente le salaire de l’ouvrier qui se fait chier a l’usine a assembler machinalement ce qui deviendra nos voitures de luxe (par exemple). Lui mérite d’être bien payer et une certaine sécurité d’emplois.
Ah, ok. Et pas les autres ? Je ne comprends pas où vous voulez en venir, là... C’est parce qu’il fabrique des voitures de luxe qu’il mérite d’être bien payé ? Franchement, tout cela semble terriblement abscons.
Pourquoi travailler pour l’état à la SNCB donnerais plus de droit qu’a cet ouvrier
Ah la la, vous n’avez pas encore compris qu’en réfléchissant de cette manière, l’un et l’autre vont voir leur rémunération et leurs droits sociaux diminuer ?
Accessoirement, j’ai l’impression que vous réfléchissez sur base de stéréotypes : je ne suis pas du tout certain que le personnel de la SNCB gagne mieux sa vie que les ouvriers du secteur automobile (j’ai pas de chiffres, mais ça vaudrait la peine de sourcer ce genre d’affirmations péremptoires).
En vous remerciant,
FS
Je vais encore en rajouter une couche.
Mais quelqu’un peu m’expliquer pourquoi il y a un plus haut taux d’absentéisme ("maladie") aujourd’hui à la SNCB. Il y a quelque chose a revendiquer en ce jour. Non, simplement pour pour se faire un W-E de 4 jours.
Comme les grèves les 25 et 31 décembre, uniquement parce que ça les arrangeait (d’ailleurs dans ce cas la direction a promis des primes a ceux qui venais, et beaucoup sont venus).
Conclusion de ces 2 d’exemples : Ils ne revendiquent rien mais veulent simplement le max en en foutant le minimum. Comme n’importe quel patron, employé, salarié, ouvrier,... sauf qu’il sont les seuls a avoir un telle pouvoir de pression en bloquant la Belgique.
Moi aussi je peux mettre un cadenas sur toutes les portes des sociétés de la capital pour empêcher les gens de travailler et me faire entendre afin d’avoir une augmentation de salaire. Sauf que dans mon cas j’aurais pas d’augmentation et j’irais en prison... pourquoi ? Parce qu’il est interdit de bloquer l’économie d’un pays quand on est pas a la SNCB !
Vous savez : Bloquer un pays comme ça. C’est du terrorisme économique (moins de gens qui travailles et produisent) et écologique (moins de gens qui passeront un jours aux transport en commun)
Je vais encore en rajouter une couche. Mais quelqu’un peu m’expliquer pourquoi il y a un plus haut taux d’absentéisme ("maladie") aujourd’hui à la SNCB.
Il semble qu’il y a beaucoup d’intox sur cette question. La SNCB a annoncé que certaines lignes étaient perturbées alors qu’elles ne le sont pas, ainsi qu’en attestent de nombreux témoignages, notamment postés sur les forums des journaux. Je serais donc prudent avant de conclure. Il faut considérer, je pense, l’hypothèse selon laquelle la SNCB diffuserait des informations inexactes pour délégitimer le mouvement de grève ?
FS
Absolument d’accord ! La grève m’embete un peu niveau logistique, mais si je pouvais j’irais manifester avec eux !
Comment les gens ne descendent-ils pas dans la rue malgré toutes ces inégalités et ce gouvernement qui n’en fout pas une ? ? ? ?
Parce qu’il n’y a pas de trains pour aller à la manif.
Tout à fait d’accord aussi. Puissent les autres travailleurs et salariés suivre les cheminots dans la grève.
ça fait du bien à lire !!
Merci François
... mwais... c’est joli, c’est lyrique, mais pas très convaincant. On dirait du Besancenot : saturé d’idéologie, de grand constats, mais pas beaucoup de factuel. La preuve, je sais toujours pas pourquoi les cheminots font grêve
... mwais... c’est joli, c’est lyrique, mais pas très convaincant. On dirait du Besancenot : saturé d’idéologie, de grand constats, mais pas beaucoup de factuel. La preuve, je sais toujours pas pourquoi les cheminots font grêve
Certes, le ton peut-être un polémique de ce billet peut décourager certains lecteurs (c’est la contrepartie, sans doute, à la propagande anti-gréviste qu’on peut lire partout). Pour autant, ce billet n’est pas dépourvu de référents factuels, et je serais heureux que vous le relisiez plutôt que de balayer cela d’un revers de la main au motif de son caractère « idéologique ». Une question comme celle de la part des salaires dans la richesse nationale, par exemple, est exceptionnellement importante pour comprendre une situation sociale et je regretterais beaucoup que vous ou d’autres l’ignorent le cas échéant.
Quant à la grève, elle a pour motif la question des salaires, ainsi qu’on peut l’apprendre en lisant les médias qui font leur travail. D’où le lien avec ce qui précède.
tu m’as mal compris... moi, ce que j’aime particulièrement sur ton blog, c’est justement l’alchimie entre polémique, idéologie, et assertions factuellement bétonnées. Le genre raisonnement implacable. Ici, je trouve que tu glisses un peu vers la déclaration de principes, assez consensuelle pour tout qui se définit "à gauche". Ceci dit, rien de mal à ça, entends moi bien. C’est juste moins passionnant à lire, en tout cas de mon point de vue.
Demain, je prendrai le bus : je suis donc finalement un privilégié qui a 2 modes de transport possibles pour se rendre à son travail. Je pourrais même y aller en Brompton, mais j’en profiterai plutôt pour faire des courses en ville. En plus, il fera beau...
Trève d’ironie, une grève n’est jamais agréable pour les usagers mais après un minimum de réflexion (et la lecture.. édifiante des réactions sur le forum de l’article de La Libre), je fais les constats suivants :
* demain, personne ne va mourrir de faim ou être en danger de mort à cause de la grève. Si je devais rater un jour de boulot, personne n’en mourrait non plus. Et si une catastrophe nationale demandait dans l’heure le transport de personnes ou de matériel à des fins humanitaires, je ne doute pas que des cheminots se remettraient au travail, avec le même sens des responsabilités qui les pousse aujourd’hui à mettre la sécurité en tête des priorités, bien avant la ponctualité ou la "rentabilité". Dès lors, entendre des gens hurler pour l’instauration du service minimum en pareille circonstance laisse songeur quant à l’extension que pourrait prendre pareille mesure. Sur le forum précité, une personne (un Sarkozien avant-gardiste ?) a été jusqu’à écrire : "Les fonctionnaires jouissent du PRIVILEGE INOUI de la sécurité d’emploi. Il me semble qu’en compensation, ils doivent renoncer au droit de grève." Eh ben, si on en est là...
* avoir sécurité ET ponctualité ET qualité du service ne s’obtient pas en muselant des syndicats ou en privatisant (ni par des mesures inverses, d’ailleurs). Comme ailleurs, c’est une question d’organisation et de moyens (et donc ici, de volonté politique forte). A lire les échos du rapport Berger ou le communiqué d’IEW à propos du volet mobilité du printemps de l’environnement", on n’est pas vraiment optimiste pour la SNCB.
* beaucoup de gens, moi y compris, râlent sur les dommages colatéraux de pareille grève qui touche le public et pas les décideurs. Mais au fond, quelle action alternative ? Si je songe une minute à ce que je ferais à la place d’un cheminot à qui on propose la grève, je me rends compte que je n’ai finalement rien de génial à lui proposer (à part un grand complot vélorutionnaire : la moitié d’entre eux fait rouler les trains et l’autre bloque les routes, en ne laissant passer que les bus et les vélos !... Faut m’excuser, le soleil m’a tapé sur le crâne dimanche à Bruxelles -)
* d’autres dénoncent le manque de finesse de syndicats qui font grève de manière isolée sur le pouvoir d’achat (un pince-sans-rire écrivant sur le forum : "Si les syndicats étaient fins, ça se saurait..."). Mais que l’on soit pour ou contre la grève, et même si on pense qu’une grève ne changera rien à ce problème, pourquoi faire le reproche d’un manque de concertation au syndicat qui part en grève plutôt qu’aux autres ? N’est-ce pas là le signe d’une certaine dérive ? La même dérive qui, dans l’interview du prof. Gathon citée par François, transpire de phrases comme "Toute revendication salariale est toujours légitime, mais elle doit être équitable par rapport aux autres travailleurs." ou encore "La revalorisation des salaires des uns ne doit pas se faire au détriment des autres" ? Un lecteur du forum de la Libre (un gauchiste, certainement ;-) note très justement : "Navetteur satisfait, la grève de la SNCB me coûtera bien moins cher que ma facture d’électricité dont l’essentiel ira engraisser les richissimes actionnaires de l’opulente société Suez-Electrabel". Effectivement ; et, comme pour les autres travailleurs, je suppose que les premiers à ressentir le coût de la grève seront les grévistes de la SNCB qui percevront pour demain une indemnité de grève au lieu de leur salaire. Ou je me trompe ?
Le problème de cette grève, c’est qu’elle ne pénalise pas les dirigeants de la SNCB ou la SNCB en tant qu’entreprise puisqu’il font des économies sur les frais de fonctionnement alors que la plupart des titres de transports sont déjà payés et que la plus grande part du financement vient de l’état. Finalement, à part une image pourrie les cheminots risquent de bien de ne rien y gagner. Il serait peut-être plus opportun de mobiliser toute la fonction publique d’un coup. Ça ferait déjà plus réfléchir alors qu’ici tout le monde râle ou soutient le jour même et oublie que ça a eu lieu deux jours plus tard.
La grève d’aujourd’hui est inattacable dans son principe dans la mesure où elle a été faites dans les régles avec dépôt de préavis etc.
Par contre, qu’on fasse quelque chose pour les grèves sauvages ou spontannées, souvent un vendredi fin d’après midi. Se retrouver dans la gare du trou de cul de la Belgique parce que la correspondance est annulée pour cause de contrôleur qui a été regardé de travers (le genre de type qui vous fait payer une amende parce que vous avez écrit Lg Guillemins sur votre Go Pass au lieu de Liège), ça le fait moyen. Ces grèves là devraient être durement sanctionnées. Dans le privé on appelle ça faute grave.
Paralysante, à la grève générale pourrait se substituer la grève d’un secteur particulier : la vente et le contrôle des titres de transport ! Les trajets sont alors assurés, leur sécurité de même, les clients ne deviendraient pas otages mais complices à l’insu de leur plein gré !
Happening qui parait peut-être surréaliste, mais je crois que si les travailleurs de la SNCB tiennent ce système-là durant une à deux semaines, la réaction des hautes instances ne prendra pas trop de temps à venir !
tickets internationaux compris ! là ça ferait un plus gros boom !
Encore une fois, la plupart des titres de transports étant payés à l’avance (abonndement, billet TGV réservé des mois à l’avance (la date d’émission des billets est indiquée dessus ainsi que le lieu, ils peuvent facilement être déclarés non valides). Sur le fond c’est une bonne idée, mais dans les faits ça encore moins d’effet qu’une grève comme celle d’aujourd’hui. Faudrait que ça dure au moins une dizaine de jour pour que ça commence à avoir un impact.
La meilleure réponse à tout ceci se trouve dans un message des forums de La Libre ( http://www.lalibre.be/forum/10/1035... ).
Il est intitulé "Grève et pouvoir d’achat." et son auteur est alex.
"La SNCB fait grève en front commun, comme on dit, pour le pouvoir d’achat. Je ne prends plus les transports publics depuis un bout de temps, et cela me laisse indifférent. Pas égoïstement, mais simplement parce que cette situation est irréaliste. La SNCB est un service public, financé par les citoyens. La SNCB va mieux parce que l’état a pris à sa charge son immense dette. Donc vous et moi payons pour la mauvaise gestion, involontaire, par l’incurie habituelle des pouvoirs publics, mais aussi volontaire, par désinvestissement dans le sud du pays au profit du nord, par le fait de cet endossement. Soit.
On sait qu’un service public n’est pas destiné per se à être rentable. Son critère premier est celui de l’accessibilité à tous, de la disponibilité.
Moi je suis pour les services publics. Que gagnera-t-on quand la poste belge sera aux mains d’un gigantesque conglomérat anglo-néerlandais, ou quand la sncb sera franco-allemande, et ne desservira correctement que Liège, Bruxelles et Gand parce que ce sont les seuls axes rentables ? Rien. Il faut accepter qu’un service public soit moins efficace, et que cette absence d’efficacité soit compensée par un apport autre au citoyen. Après tout, tout le monde n’a pas la capacité et l’envie de faire son trou dans la jungle, il en faut aussi pour les moins doués et les moins ambitieux, et pour eux, le service public est là.
Qui sait que pendant des années un quota d’emplois à la poste était réservé pour les handicapés ? Ce genre de service au public, et à tous les publics, est absolument crucial.
Mais service public ne peut signifier gouffre financier. Et c’est là que le bas belge blesse encore une fois. Incapacité à se réformer, égoïsme, petits intérêts privilégiés, baronnies, micro-pouvoirs…
Le problème n’est pas seulement celui de la SNCB : la Belgique offre le service public le plus cher d’Europe, il coûte en moyenne 30% plus cher que celui de ses voisins, pour une offre similaire. Entre 1998 et 2008, l’emploi public a augmenté, toutes catégories confondues (fédéral et entités fédérées) de près de 10%. (Chiffres ocde cités par Aernoudt dans la presse du w-e)
Le problème n’est pas tant l’existence de services publics, mais simplement que l’on ne peut les financer que via l’impôt ou l’endettement. Or, aucune de ces voies n’est possible : l’impôt, à l’heure actuelle est la première dépense des ménages belges. Il est la première cause d’appauvrissement des classes moyennes, la première dépense avant le logement, la nourriture, le chauffage. Et la voie de l’endettement nous est fermée par l’Europe (Et heureusement, sans ce garde fou ou serions-nous ?).
En somme, le message que la SNCB nous donne en ce jour est le suivant : « Nous sommes une entreprise publique et nous coûtons cher. Nous ne voulons pas nous réformer, mais nous voulons plus d’argent pour nous, pour notre pouvoir d’achat. Comme nous sommes des fonctionnaires, cela signifie qu’il faut que vous payiez plus pour nous. Vous payez déjà les impôts les plus élevés au monde, mais on s’en fout : soyez solidaires avec nous (et dans ce sens là uniquement). Nous voulons plus de pouvoir d’achat pour nous et vous pouvez crever ».
Je ne suis pas certain que ce type d’action soit interprété en faveur de la conservation de services publics forts et bien gérés. Au contraire. En ce sens, cette action est totalement irréaliste.
Aussi irréaliste que la notion de pouvoir d’achat telle qu’utilisée par les grévistes et les syndicats : jamais la part des biens essentiels (notamment la nourriture) n’a été aussi basse et elle diminue chaque année. Par contre, chaque année, la part du budget des ménages pour les vacances et les loisirs augmente. Tant que ce rapport de croissance reste le même, peut-on parler de perte de pouvoir d’achat ? La première action afin de rendre au citoyen une part de son pouvoir d’achat est de mettre l’état au régime et de corriger la folie fiscale."