vendredi 6 juin 2008
Le journal Le Soir va publier ces prochains jours, sous le label « Pas d’avenir, 100 projets », 5 suppléments regroupant une centaine de contributions cherchant à ouvrir le débat sur l’avenir de la Belgique.
Dans ce cadre, j’ai écrit, avec John Pitseys et Bernard Swartenbroekx, un plaidoyer pour un fédéralisme à cinq, dont je serai heureux de lire les éventuels commentaires qu’il vous inspirera.
Faire deux régions, sortes de petites Wallonies, moins peuplées et moins riches que les 3 autres, ce n’est, il me semble, pas une solution. On se retrouve à nouveau avec les régions riches majoritaires.
chez nos voisins il y a des régions plus ou moins riches et peuplées, c’est gérable (ex. la France qui a 20 régions avec des différences de 1 à 10) (ex. le royaume uni dont les plus riches soutiennent les plus pauvres)
L’objectif principal de la proposition - du moins comme je l’ai comprise - n’est pas de créer des régions "homogènes" sur le plan économique (comment serait-ce d’ailleurs possible ?), mais bien de proposer un système qui puisse nous aider à sortir de la logique de confrontation permanente que nous connaissons.
On ne changera pas facilement le fait que la richesse est plus importante en Flandre qu’en Wallonie, quelle que soit la tuyauterie institutionnelle déployée.
Par contre, on peut changer fortement sa perception (et donc la nature du débat le concernant), en cassant l’identification entre le clivage linguistique et l’enjeu de solidarité (ce qui permettra par exemple, et telle est notre idée, de recréer de nouveaux mécanismes de solidarité puisque ça ne sera plus un enjeu "communautaire"). En effet, la région regroupant les provinces de Liège, Namur et Luxembourg serait probablement auto-suffisante et ne demanderait pas de la solidarité de la part des autres régions. De sorte que la seule région demandant des transferts nets sera le Hainaut, qui sera aidé par les quatre autres régions.
comment se fait-il que (apres avoir lu l’article dans le supplément du soir), je ne puisse pas voter pour cette proposition sur lesoir.be ? (Chickon)
Si vous avez envie de soutenir cette proposition, je pense que la meilleure chose à faire, pour le moment, est d’écrire au courrier des lecteurs du Soir pour leur communiquer cette opinion...
je suis presque admiratif de votre engagement à encore proposer des solutions pour ’ce pays’...
Peut-on en conclure que vous y croyez encore ?
Ou est-ce l’impossibilité d’accepter le fatalisme ambiant, la renonciation quasi généralisée(?) qui vous amène sur ce terrain ?
ou alors, ce texte traînait dans vos tiroirs depuis 3 ans ?
Dites-nous...
Note : en écrivant ce pays, je me rappelle la première fois ou j’ai entendu cette expression de la bouche, me semble-t’il, de Mark Eyskens, il y a 15-20 ans. Cela m’avait fait tiquer. Il y avait dans l’usage du démonstratif à la place du possessif une distance vis à vis de l’objet qui me paraissait incongrue ; après tout, il s’agissait de la Belgique, notre pays... Depuis lors, le mot Belgie/Belg est devenu de plus en plus rare en Flandres, et je suppose que le démonstratif de proximité (ce ..- ci) est devenu un démonstratif d’éloignement (ce ..-là) ...
Je pense que le « fatalisme » ambiant — qui alimente abondamment les spéculations sur une partition de la Belgique — se nourrit d’une idée fausse implicitement admise par beaucoup de monde (et très peu verbalisée) selon laquelle les choses seraient faciles si on scindait le pays.
A entendre par exemple le plaidoyer des rattachistes (qui ne manquent pas de verve assurément — qui, je l’avoue, exerce une certaine séduction sur moi), on sortirait d’une bonne partie de nos problèmes en optant pour leur proposition. De même, les séparatistes flamands sont peu ou prou persuadés que tout serait simple dans une Flandre indépendante, etc. Ce sont là d’authentiques chimères. La Flandre comptera toujours sur son territoire des minorités linguistiques avec lesquelles elle devra composer et qui ruineront, en toute hypothèse, son projet d’homogénéité culturelle. Le rattachement de la Wallonie à la France serait d’un cout exorbitant eu égard à la culture politique jacobine sur laquelle s’est construite ce pays. Même les Bruxellois — que la perspective d’un "Brussels DC" peut peut-être séduire — se retrouveraient dans une situation très déplaisante.
Bref, la lucidité affectée de certains est en fait un aveuglement et à trop prétendre vouloir regarder les choses avec détachement, certains se détachent à mon avis... de la réalité. À cet égard, il me semble important de prendre en compte que, dans toute situation sociale, les prophéties ont, marginalement, un caractère auto-réalisateur. Autrement dit, la principale force qui pourrait entraîner la partition de la Belgique, c’est tout simplement le fait que beaucoup de gens répètent que c’est ce qui va arriver. Je n’ai pas de jugement de valeur à porter là-dessus (la Belgique n’est pas pour moi un "bien en soi") ; je constate simplement qu’une bonne partie de ces prophètes amateurs se lamentent, en même temps qu’ils l’annoncent, de ce sort funeste qu’ils réservent à la Belgique. Ce qui est pour le moins contradictoire.
À l’inverse, proposer un projet fédérateur (une porte de sortie "vers le haut", disons), pragmatique (réorganiser le pays selon une logique de cohérence territoriale et non selon une logique identitaire), en tenant compte des réalités complexes que nous vivons (et notamment les conflits linguistiques) et cohérence avec une philosophie politique progressiste (la démocratie sera multilinguistique ou ne sera pas) peut créer, dans l’hypothèse où beaucoup de gens se retrouveraient dans cette proposition, un mouvement centripète qui pourrait faire du bien.
Quant à la proposition de fédéralisme à cinq, pour répondre à votre question, j’avoue que je l’ai sous le coude depuis quelques temps, mais le texte n’a été écrit que ces dernières semaines ; la demande de contribution du Soir constituant un heureux motif de formaliser sur papier.
PS : Je me permets de copier votre question et ma réponse dans le forum de l’article, où elles seront plus lues.
ne faudrait-il pas aller plus loin et proposer un mécanisme pour arriver à mettre en place cette solution (ou une autre) ?
En fait, ne faut-il pas pousser à la convocation d’une forme d’ Etats-Généraux ?
Très bon article, comme j’ai déjà eu l’occasion de te le dire, si ce n’est que j’aurais trouvé mille fois plus logique d’accoler les provinces de Liège et de Limbourg, plutot que de mettre le Limbourg avec Anvers, et Liège avec le Luxembourg et Namur...
L’impayable Eric van Rompuy (CD&V) mentionne brièvement votre proposition de fédéralisme à cinq sur son blog :
Waarom het land niet herinrichten op basis van 5 provincies met het tweetalige Brabant, Antwerpen (met Limburg), Vlaanderen (hoofdstad Gent) , Luik en Henegouwen. Een federalisme met 5 ! Gedaan met de gemeenschappen en de gewesten !
Moet ik nu lachen of huilen als ik deze “creatieve” projecten doorneem ?
Au passage, cet article fait parler de lui aujourd’hui dans la presse francophone et flamande, mais pour une autre raison : dans sa conclusion, le parlementaire y affirme en effet sans ambages que "L’Etat belge est en train de mourir"... (« De lectuur van Le Soir dit weekend sterkt mij in deze overtuiging. Er ligt een Staat te sterven... »)