Je pense que le « fatalisme » ambiant — qui alimente abondamment les spéculations sur une partition de la Belgique — se nourrit d’une idée fausse implicitement admise par beaucoup de monde (et très peu verbalisée) selon laquelle les choses seraient faciles si on scindait le pays.
A entendre par exemple le plaidoyer des rattachistes (qui ne manquent pas de verve assurément — qui, je l’avoue, exerce une certaine séduction sur moi), on sortirait d’une bonne partie de nos problèmes en optant pour leur proposition. De même, les séparatistes flamands sont peu ou prou persuadés que tout serait simple dans une Flandre indépendante, etc. Ce sont là d’authentiques chimères. La Flandre comptera toujours sur son territoire des minorités linguistiques avec lesquelles elle devra composer et qui ruineront, en toute hypothèse, son projet d’homogénéité culturelle. Le rattachement de la Wallonie à la France serait d’un cout exorbitant eu égard à la culture politique jacobine sur laquelle s’est construite ce pays. Même les Bruxellois — que la perspective d’un "Brussels DC" peut peut-être séduire — se retrouveraient dans une situation très déplaisante.
Bref, la lucidité affectée de certains est en fait un aveuglement et à trop prétendre vouloir regarder les choses avec détachement, certains se détachent à mon avis... de la réalité. À cet égard, il me semble important de prendre en compte que, dans toute situation sociale, les prophéties ont, marginalement, un caractère auto-réalisateur. Autrement dit, la principale force qui pourrait entraîner la partition de la Belgique, c’est tout simplement le fait que beaucoup de gens répètent que c’est ce qui va arriver. Je n’ai pas de jugement de valeur à porter là-dessus (la Belgique n’est pas pour moi un "bien en soi") ; je constate simplement qu’une bonne partie de ces prophètes amateurs se lamentent, en même temps qu’ils l’annoncent, de ce sort funeste qu’ils réservent à la Belgique. Ce qui est pour le moins contradictoire.
À l’inverse, proposer un projet fédérateur (une porte de sortie "vers le haut", disons), pragmatique (réorganiser le pays selon une logique de cohérence territoriale et non selon une logique identitaire), en tenant compte des réalités complexes que nous vivons (et notamment les conflits linguistiques) et cohérence avec une philosophie politique progressiste (la démocratie sera multilinguistique ou ne sera pas) peut créer, dans l’hypothèse où beaucoup de gens se retrouveraient dans cette proposition, un mouvement centripète qui pourrait faire du bien.
Quant à la proposition de fédéralisme à cinq, pour répondre à votre question, j’avoue que je l’ai sous le coude depuis quelques temps, mais le texte n’a été écrit que ces dernières semaines ; la demande de contribution du Soir constituant un heureux motif de formaliser sur papier.
PS : Je me permets de copier votre question et ma réponse dans le forum de l’article, où elles seront plus lues.