Les archives des Bulles

Le cryptage informatique, activité terroriste ?

lundi 9 juin 2008

Le Soir de ce jour en dit plus long sur les motifs probables de l’arrestation des cinq personnes dans le cadre du dossier dit (abusivement) des « CCC » (lire le billet de vendredi). Outre le fait qu’on aurait retrouvé chez l’un des inculpés du matériel pyrotechnique ayant servi à organiser... un feu d’artifice (oui, on nage en plein surréalisme), outre qu’on aurait retrouvé des données personnelles desdites personnes lors de perquisitions effectuées en Italie dans le cadre de l’enquête sur le PCPM [1], on leur reprocherait d’avoir... protégé leurs données informatiques.

Le deuxième motif de leur arrestation concerne le recours par le quatuor à un système de cryptage de leurs courriels et à des programmes informatiques permet tant d’écraser leurs données enregistrées sur leurs disques durs. Il y a quelques mois, un « hacker » de la branche suisse de l’organisation « Le Secours rouge » était venu de Zurich enseigner aux membres de l’association l’utilité de crypter ses messages. Cette réunion s’était tenue à l’espace Karl Marx, au centre de Bruxelles. Des sources internes au « Secours rouge » confirment le recours quasi systématisé au cryptage, « par souci de confidentialité » et « pour éviter que des actions soient interdites ».

Ce qui est totalement délirant, c’est que le cryptage et, de manière générale, la protection des données informatiques sont non seulement parfaitement légaux mais aussi totalement légitimes. Le seul fait qu’on puisse invoquer, du côté des autorités judiciaires, pareil argument pour justifier une inculpation, est la marque d’une dérive extremement grave, menaçant les libertés fondamentales. Car il y a de très nombreuses raisons de crypter son courrier électronique (notamment). Celui-ci est aussi transparent qu’une carte postale : toute personne ayant accès à un serveur par lequel il transite peut potentiellement le lire. Quiconque veut protéger sa vie privée — mais aussi, par exemple, le secret professionnel — doit donc crypter son courrier...

Pendant ce temps, une mobilisation syndicale importante a lieu cette semaine, la cour de cassation se penchera, pour la deuxième fois, demain sur l’affaire DHKP-C, le procès en appel de l’occupation de l’ONEM de Liège en 1999 aura lieu demain (venez au rassemblement et signez l’appel)...

Notes

[1Exemple typique de la logique anticonstitutionnelle du délit d’association instauré par la législation anti-terroriste : on ne reproche pas à quelqu’un des actes criminels ou l’intention d’en commettre, mais le simple fait d’avoir des liens avec des personnes à qui on le reproche.